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151. Eloge de l'émotion

martine


Bulletin 151. Janvier 2015


Eloge de l’émotion…


On a pour habitude de se plaindre des excès de nos émotions ou en tout cas de nos ressentis négatifs, source de souffrance. On voudrait surtout les faire taire, sorte de solution magique censée nous apporter au delà de l'apaisement et du calme la recette du bonheur. En effet tout irait si bien si ... si je ne m'angoissais pas à tout propos, si je n'étais pas si émotif, si je pouvais trouver un peu de confiance en moi, si je n'étais pas si irritable, etc. C'est du moins un discours assez largement répandu et relayé tout aussi largement, tant par certaines formes de thérapies qui confondent suppression du symptôme et épanouissement de l'individu, que par l'industrie pharmaceutique, voire parapharmaceutique qui propose à chaque mal de vivre sa solution chimique ou plus naturelle, relayé également par le discours socialement admis qui lamine de plus en plus les vécus subjectifs "dissonants" au profit d'une image policée de l'individu, jeune, riche, beau, en bonne santé, performant, fort, et bien sûr maître de lui même et heureux en toutes circonstances . Plus de place donc pour le mal être, le mal de vivre et les questions existentielles, qui tombent d'emblée dans le domaine de la pathologie. Plus de place pour le deuil, la dépression, bref le non accordage fût-il temporaire à ce diktat socio-économico-culturel, ceci ayant pour effet de creuser l'écart entre d'un côté les laissés pour compte , les inadaptés de ce grand mouvement vers l'uniformatisation des consciences, qui, outre leur souffrance , culpabilisent de leur "marginalité", et les gens dits normaux, souvent pris pour modèle idéal par les précédents, qui ont mis sur leur visage le masque du faux self imposé par le discours social.

Mais il se trouve que l'être humain nait et vit dans l'émotion, une émotion qui naît dans le corps et se doit de trouver un chemin d'évacuation, soit par la voie royale de la mentalisation, soit par la décharge comportementale , soit encore au pire par le retour au corps et l'implosion psychosomatique. D'ailleurs, seule la première forme de traitement, la mentalisation mériterait le nom d'émotion , en tant que qualifiable (tristesse, colère, etc.), en partie partageable, en tout cas appropriable par le sujet qui en est affecté, ce qui ouvre la voie à toute une palette de traitements, allant de l'expression au contrôle, voire au refoulement, tout en permettant une réduction de la charge énergétique brute qui en fait la violence quand elle n'est qu'affect corporel.

Mais ceci n'est pas inné, ni même une conséquence de la maturité. Je ne dirais même pas que cela s'apprend, même si c'est en partie vrai, mais surtout que cela se transmet. En effet le tout petit enfant n'a pas la capacité de mentaliser ses affects qui ne sont ressentis que sous forme de tension physiologique violente, tellement violente qu'elle le menace de destruction, si un secours extérieur ne lui vient pas en aide pour contenir cette tension. C'est en effet la mère ou son substitut qui aura dans un premier temps la charge, et on peut même dire la lourde responsabilité de jouer le rôle de "psychisme auxiliaire" pour pallier à l'incapacité du bébé de se reconnaître comme affecté de tel ou tel besoin ou malaise, mais aussi de telle ou telle sensation positive . Mais l'émotion ou plutôt l'affect princeps reste la détresse, la "désaide" ou sentiment de perte de soi sans aucun palliatif possible interne ou extérieur. Vécu de véritable agonie, de destruction de soi, il nécessite que la mère puisse en être l'interprète, prête à l'enfant sa propre capacité à traiter les affects, afin de lui permettre de les apaiser, les canaliser, et au-delà, s'approprier cette capacité pour la faire sienne.

On comprend dès lors tous les accidents de parcours qui peuvent se produire très précocement dans la mesure où ce n'est pas la bonne volonté de la mère qui est en cause mais son propre développement affectif. Dans ce rôle de miroir qu'elle est amenée à jouer, un miroir dans lequel l'enfant va pouvoir se reconnaître, disons qu'elle doit se trouver assez neutre pour ne pas être miroir déformant en renvoyant à l'enfant une forme pervertie de son ressenti auquel elle peut par exemple substituer le sien, assez empathique donc pour être affecté de cette "folie maternelle" qui permet cet accordage affectif à son enfant, elle doit également se trouver assez réflexive pour ne pas être un miroir qui ne renvoie rien (cas des mères dépressives par exemple ou elles-mêmes coupées de leurs émotions), ou encore un miroir rejetant l'image qu'il est censé refléter, ou peut être pire que tout un miroir qui se transforme au gré de sa fantaisie (cas des mères borderline par exemple). Bref, pour se reconnaître il est indispensable d'avoir été reconnu, reconnu cela s'entend dans sa vérité propre.

Faute pour une raison ou une autre d'avoir pu obtenir ce secours extérieur, l'enfant confronté à cette insoutenable tension qui menace de le détruire, n'aura d'autre recours que de se couper de lui même, de se cliver, se séparer de sa propre expérience qui le menace de mort ou de folie, en clair séparer son psychisme de son affect corporel, rendant impossible le développement ultérieur de cet affect corporel par le travail de mentalisation qui est son devenir normal. Ainsi, schématiquement, l'affect restera coincé dans le corps, vécu comme étranger, hors sens, alors que le psychisme pourra par ailleurs suivre un développement normal, voire brillant dans la mesure où un pur intellectuel non perturbé par l'émotion peut à la limite mieux se développer qu'un autre, si ce n'est que ce développement se fera comme celui d'une machine ultra-performante, mais à laquelle manquera toujours cette étincelle de vie qui fait l'humain. Ce type de personnalité a donné lieu à de nombreux développements théoriques, allant du « faux self » de Winnicott, aux personnalités "as if" de Deutsch, en passant la personnalité opératoire de Marty ou encore l'alexithymie de Sifneos et Nemiah. Autant de développements qui se basent sur des descriptions très proches dont la meilleure pour moi reste celle de Corcos dans "Alexithymie : une émotion sans qualité" (dans : "Le silence des émotions; clinique psychanalytique des états vides d'affects" collection "Inconscient et
Culture" ).

Au delà de l'aspect descriptif, le lien est souvent fait entre ces personnalités et le risque de développement de maladies psychosomatiques, l'affect corporel devant être déchargé, ne trouvant d'autre issue que celle du corps. Ceci ne veut pas dire qu'il suffit pour se "faire un cancer" de ne pas exprimer ses émotions, ou plutôt devrait-on dire ne pas y avoir accès, comme une certaine littérature l'a souvent soutenu. Disons simplement que si la maladie est en général multifactorielle (il n'est nullement ici question de nier l'effet de prédisposition génétique ou d'hygiène de vie), on ne peut nier non plus ces cas qui interviennent très souvent sur des personnalités "sans problèmes" au décours d'un évènement de vie tel qu'un deuil ou une séparation, voire un simple changement de conditions de vie, tout changement incluant obligatoirement la séparation d'un état antérieur. La séparation qui je le rappelle est à l'origine du premier affect corporel de l'enfant incapable de subvenir seul à ses besoins.

Il n'est donc pas question ici de faire un lien direct de cause à effet, ni de nous livrer à une généralisation abusive qui serait vite démentie par les faits, mais simplement souligner ce type particulier de personnalité qui vit "sans émotions", et à qui à priori ça ne réussit guère !

Je ne reprendrai pas ici l'intégralité de l'article de Corcos que je vous incite très fortement à lire, mais je tiens quand même à en souligner les traits essentiels dans la mesure où ils mettent particulièrement en évidence ce type de coupure de soi de plus en plus valorisée de nos jours dans cette forme d'asepsie de la souffrance humaine à laquelle on veut nous livrer.

D'abord , rien ne nous pousserait à voir en ces personnalités des personnes "à problèmes". De fait leur contact déclenche deux types de réactions radicalement opposées : soit on les admire pour leur calme et leur équanimité en toutes circonstances, leur adaptation sans faille qui peut passer pour une sorte de "zénitude" à toute épreuve, soit ,en particulier si on est soi-même en bon contact avec son intériorité, ils nous mettent d'emblée mal à l'aise, car, pour reprendre l'expression de Deutsch on sent "qu'il y a quelque chose qui cloche". Quelque chose de faux, de décalé, voire de malsain, qui ne va pas jusqu'au malaise éprouvé face à la discordance psychotique, mais s'en rapproche toutefois un peu. Car il y a bien une forme de discordance entre ce qui est exprimé d'une part et ce qui n'est pas perçu de l'autre. Une forme de discordance entre une expression émotionnelle de pure forme et le regard vide d'affect qui l'accompagne, ou encore le ton monocorde (désaffecté étant le mot le plus juste) qui ne marque pas la moindre trace de vécu interne de ce qui est exprimé.
On voit ici un effet direct du clivage d'origine, un clivage salutaire au départ, mais qui, sous le coup de la menace du retour de la partie clivée, se doit d'être maintenu bien après que ladite menace ait disparue, en s'efforçant de maintenir tout au long de la vie séparés affect et psychisme, corps et esprit, évitant pour cela les deux dangers majeurs : la passivité qui laisse revenir la détresse de ce manque de l'autre qui a le pouvoir, et le lien même à cet autre , l'étranger susceptible de réveiller les dangereux affects. Défense radicale donc contre le contact à soi-même, d'autant plus radicale d'ailleurs que le besoin est immense de voir advenir ce qui n'a jamais été, la rencontre de cet autre secourable, dans une relation d'accordage affectif et de confiance enfin permise.

L'adaptation sociale de ces personnes est toutefois bonne, on pourrait même dire trop bonne, dans la mesure où nulle individualité est là pour se manifester en opposition à "ce qui se fait". Pas de présence interne, pas d'individualité et bien sur nulle révolte ou nulle originalité qui viendrait signer une vie interne en conflit avec l'autorité quelle qu’elle soit. D'où un discours policé , politiquement correct mais de pure logique factuelle, inhumain, impersonnel, fait souvent de lieux communs, quand ce n'est pas de pure logique ou de retranscription d'opinions ou de croyances empruntées à un leader ou un courant de pensée quelconque, social, historique ou privé, ces personnages restant quand même extrêmement dépendants de l'extérieur qui les fait vivre par un ersatz de protection. Protection qui débouche sur l’idéalisation, par exemple d'un conjoint tenant lieu de rôle maternel auquel ils se soumettent inconditionnellement, vivant par procuration à travers lui qui semble posséder ces qualités idéales dont l'alexithymique se sent tellement dépourvu. Le trait qui permet de le repérer le plus étant très certainement sa position de spectateur de sa propre histoire, son caractère d'étrangeté à lui-même, visible dans sa manière de relater les évènements qu'il a lui-même vécu en termes de description purement factuelle du contexte, voire des sentiments et des propos des autres à l’exclusion de tout fait relatif à son propre vécu. Ainsi, un diner en amoureux donnera lieu à une description méthodique du cadre et du menu, voire du comportement et des propos du partenaire, sans qu'on ait l'impression que le narrateur y ait vécu quoi que ce soit de particulier, et surtout pas des sentiments. L'affect, on l'a dit, est l'ennemi, il le fuira comme la peste, et évitera soigneusement toute situation ou tout propos qui pourrait le réveiller. Ainsi ses centres d'intérêts resteront scientifiques, mécaniques, historiques, avec une véritable haine de tous ces "coupeurs de cheveux en quatre " que sont les artistes, les "intellectuels", les littéraires, les philosophes et pire que tout les psychanalystes auxquels ils assimilent les "psys" toutes tendances confondues, définitivement vécus comme des individus dangereux et intrusifs d'une intimité avec laquelle il est de la plus haute importance de ne surtout pas entrer en contact ! Ainsi sont-ils grands consommateurs de médicaments auxquels il est fait appel dès la moindre défaillance du système, tout comme de tous ces ouvrages de recettes magiques, sortes de guides censés donner les clés du savoir faire avec la vie. Ceci est du à leur conception d'un corps-machine à maîtriser dont les dysfonctionnements ne sont que des défauts de "réglage" qui nécessitent plus le mécanicien que le psychologue.
Leur corps même est en effet vécu comme étranger et ses manifestations appréhendées comme un spectacle incompréhensible qu'il s'agit de faire taire au plus tôt par un moyen de préférence chimique ou mécanique. Cette étrangeté peut donner lieu à des scènes tragi-comiques, car leur protection, si rigide soit-elle n'est pas infaillible, et l'émotion peut venir parfois les submerger telle une vague physiologique étrange dont il est urgent de dénier la source : un rougissement deviendra cause d'une subite montée de la chaleur ambiante, une larme ne pourra jamais être autre chose qu'une poussière dans l'œil ou une allergie, même si l'évidence hurle le contraire. Mais contrairement aux apparences, il n'est ici nulle question de pudeur, simplement de l'urgence de couper le lien qui tente de se refaire entre l'affect et la conscience. L'affect qui, quand il fait malgré tout surface les confronte à une forme de tension non identifiée et non identifiable qui menace de les engloutir , les détruire et de ce fait amène le retour urgent du clivage qui les a une première fois sauvés de la destruction.
Autre caractéristique typique : le manque d'empathie. Car outre le fait que le contact un peu intime est générateur d'émotions et de ce fait fui en tant que tel, l'absence de contact avec soi-même entraîne forcément le manque de contact à l'autre dont les manifestions émotionnelles insupportables du fait de l'effet miroir qu'elles risquent d'entraîner sont très vite soit ignorées, soit disqualifiées comme "hystériques" ou au mieux surfaites, à pure visée démonstratives ou manipulatrices. Comment croire en effet à une émotion vraie si l'émotion n'a pas droit de cité ? Aussi réagiront-ils par la fuite, ou une réaction en total décalage , ou encore conventionnelle, apprise, toujours "ce qui se fait dans ces cas là". Eux-mêmes sont parfois d'excellents comédiens et savent pleurer "quand il faut" ou faire la mine de circonstance si nécessaire, simplement nul vécu réel ne vient sous-tendre ce qui ne reste qu'un effet mimétique de surface.

Alors la question reste posée, peut-on au fond les envier ? « Oui !!! » criera spontanément le personne en proie aux affres de l'angoisse quotidienne dans un moment de découragement ! Et au pire, même si la maladie psychosomatique est au bout du chemin, qu'est-ce que quelques années de souffrances à côté d'une vie gâchée par les symptômes ou aucun jour ne peut-être appréhendé autrement que comme une nouvelle lutte. Ceci se défend dans la mesure où le portrait dressé serait le modèle d'un fonctionnement sans faille, ce qui est très rarement le cas.
Quand au vécu interne d'une telle situation, je vais laisser pour le décrire la parole à Fritz Zorn dont le livre "Mars" est un modèle du genre . Fritz Zorn est un pseudonyme, celui d'un jeune homme de bonne famille, qui, selon ses propres dire a été "éduqué à mort" . L'ouvrage empli de cynisme et d'humour noir, est d'une rare lucidité, (l'auteur est lors de la rédaction de l'ouvrage atteint d'un cancer qui finira par l'emporter à 32 ans, mais qu'il dira jusqu'au bout préférer à sa vie conformiste, sorte de fatalité de la maladie, seul moyen d'émancipation , cher payé, de différenciation d'avec ses parents, moyen pour lui de se sentir enfin vivre, fusse dans la souffrance ), mais il est aussi de par son style le modèle par excellence du vécu que j'ai tenté de décrire ci-dessus :

" Je suis jeune, riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descend d'une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich, qu'on appelle aussi la Rive dorée. J'ai eu une éducation bourgeoise et j'ai été sage toute ma vie...Naturellement j'ai aussi un cancer, ce qui va de soi si l'on en juge d'après ce que je viens de dire. [....] La question hamlétienne qui menaçait ma famille se présentait ainsi : être en harmonie ou ne pas être. Tout devait être harmonieux; quelque chose qui posât un problème, cela ne devait pas exister car c'eût été la fin du monde. Tout devait être sans problème; ou, si ce n'était pas le cas, il fallait le rendre comme tel. Il ne devait y avoir surtout qu'une opinion, car une divergence d'opinion eût été la fin de tout[...]nous ne pouvions pas nous disputer. J'entends par là que nous ne savions pas comment on s'y prenait pour se disputer[...].Dès lors nous en étions réduits à ne jamais en arriver à la situation de devoir nous disputer : tout le monde était du même avis [...].Ceci ne doit pas être sans rapport avec le fait que non seulement dire non était du domaine de l'impossible mais qu'il nous était, souvent aussi, extrêmement difficile de dire quoi que ce soit. Quiconque disait quelque chose était plus ou moins obligé de se rappeler que tous les autres devaient et voulaient toujours répondre oui à ses paroles, de sorte que par délicatesse nous évitions toutes les paroles que les autres conformistes auraient eu du mal à approuver avec naturel[...]il fallait, comme aux cartes envisager les réactions possibles des autres avant de jouer la sienne, afin de ne pas risquer de dire quelque chose qui ne fût pas assuré de l'approbation générale[...]. Mais ce qui était "bon", c'était toujours les autres qui en décidaient et jamais moi. Je perdis toute aptitude à la spontanéité dans le domaine des sentiments et des préférences. J'avais appris que la musique classique était "bonne", mais que les chansons à succès et le jazz étaient "mauvais". C'est pourquoi j'écoutais de la musique classique, comme mes parents et je la trouvais "bonne", et j'abhorrais le jazz, dont je savais qu'il était "mauvais", bien que je n'eusse encore jamais entendu et que je n'eusse pas la moindre idée de ce qu'était en réalité le jazz. J'avais seulement entendu dire qu'il était "mauvais" et ça me suffisait."

Autre passage significatif : " Personne n'aime avoir le cancer, et moi pas plus que d'autres. Mais je ne puis pas non plus lui accorder plus d'importance qu'il n'en mérite. Même le cancer, même le fait que je suis en train de mourir de cette maladie n'est pas pour moi le principal. Le cancer n'est que l'illustration corporelle de l'état de mon âme. Qu'on ait peur de la mort et qu'on soit chagriné quant on meurt, ce n'est que normal à mes yeux; et tout ce qui est normal chez moi ne m'a jamais donné de grand chagrin. L'angoisse devant la mort est aussi un sentiment mais petit et insignifiant comparé aux crises émotionnelles qui me torturent VRAIMENT. L'angoisse et le désespoir en moi n'on plus de cesse[...].C'est la douleur de l'âme , sans voile et sans masque , qui jette le corps de tous côtés dans un désespoir impuissant et sans issue"

« Réveillé » par sa maladie, Fritz Zorn jette un regard impitoyable tant sur le milieu dont il est issu et ses préjugés pathologiques que sur son fonctionnement passé. Alors certes, se réveiller et prendre conscience du processus en souligne l'horreur, d'où la question : n'aurait-il pas mieux valu vivre dans l'illusion jusqu'au bout et mourir tranquillement dans le lit de ses certitudes ? Il eut fallu pour cela que le fonctionnement ne lâche pas, que les défenses soient bétonnées, et on sait leur fragilité quand l'enjeu est la survie. D'autant que toute une graduation se fait jour chez ces "handicapés de l'émotion" que l'on peut retrouver :
- Chez certains dépressifs dont l'émoussement affectif et l'inhibition prennent le pas sur la tristesse généralement admise comme symptôme principal. Cet émoussement affectif est alors régulièrement l'enjeu d'une plainte comme s'il y avait un "avant" où on était encore "vivant" et un "après" où émotions et désir ont laissé le champ libre à une souffrance informe. Un état qui peut être passager dans la mesure où l'émotion et le désir peuvent être moins inaccessibles qu'interdits par exemple au nom d'une culpabilité sous jacente. Hors mélancolie avérée ou dépression essentielle telle que décrite par Marty, on ne peut classer systématiquement ces cas dans les handicaps de l'émotion ici décrits.
- Chez les pathologies narcissiques où la clinique du vide prend le pas sur un ressenti conscient et avéré. Un vide source de malaise informe et dépourvu de sens parfois transpercé de montées de tension , d'excitation toute autant dépourvue de sens, et qu'il s'agit là encore de faire cesser à tout prix : hyperactivité, compulsions, drogues, alcool, processus auto-calmants, passages à l'acte sont alors les solutions comportementales choisies pour évacuer cette excitation corporelle ingérable faute d'être mentalisable. Moyen également par l’excès de sensations recherchées et provoquées de se sentir vivre là où les banales sensations de la vie de tout un chacun ne sont pas ressenties. Il va de soi que nombre de profils alexithymiques ont régulièrement recours à ces additifs pour soutenir leur système de défense parfois insuffisant.
- Enfin, last but non least reste la solution perverse qui consiste à faire supporter à l'autre ce qui est dénié chez soi, une solution qui peut tenir la route, mais qui est rarement aboutie au point de déboucher sur une réelle structure perverse qui mettrait plus solidement l'individu à l'abri de ce retour tant redouté.

J'espère par ce petit détour chez les personnes trop tranquilles, vous avoir donné non pas le goût de la perturbation émotionnelle qui reste tout de même un problème à traiter mais une vision un peu moins négative de ce qui vous remue et prouve avant tout que vous êtes suffisamment vivant pour produire des symptômes.

Et avant de vous quitter, permettez moi de finir en vous souhaitant à toutes et à toutes une excellente année 2015, et surtout...la santé émotionnelle !

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 28/12/2014

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