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148."Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont amenés à le répéter"

martine


Bulletin 148 Octobre 2014
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« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter » (Santayana)


« Je n’y crois plus, je n’en peux plus d’essayer, chaque fois que ça semble aller mieux, il faut que quelque chose vienne faire tout échouer, je n’y arriverai jamais, c’est toujours la même chose et je n’y peux rien ! ». Ainsi s’expriment certains patients dont les efforts réels semblent parfois se heurter à un point de butée infranchissable, qui semblent toujours voir revenir la même force obscure qui les conduit toujours dans les mêmes impasses relationnelles ou semble les forcer contre leur volonté rendue totalement impuissante à réitérer les mêmes comportements y compris dans la mesure où ceux-ci sont reconnus comme hautement préjudiciables pour eux. L’analyse aussi semble atteindre un point de butée au-delà duquel ses effets bénéfiques ne sont plus valables, tout comme d’autres méthodes thérapeutiques se voient rendues totalement inefficaces. Ce qui semble se dégager de ces situations c’est la force aveugle qui s’empare du sujet, shunte sa conscience et sa volonté et le conduit inlassablement dans une voie unique…force que Freud qualifie de « démoniaque ». Nous sommes ici face à ce que l’on qualifie après Freud de « contrainte de répétition ». Pour l’illustrer Freud pose entre autres en exemple les névroses de guerre et leurs cauchemars répétitifs qui sans cesse remettent le patient face à l’horreur des scènes vécues, mais aussi le jeu des enfants, en particulier le fameux « jeu de la bobine ».

Le jeu du For-da : Ce jeu devenu célèbre dans la littérature psychanalytique, parfois sous l’appellation de « jeu de la bobine » a été observé par Freud sur son propre petit fils Ernst lors des absences de sa mère. Un petit objet est attaché par un fil, cet objet se voit lancé au loin avec colère alors que l’enfant exprime de manière déformée le mot « for », qui signifie « loin ». Dans un second temps, l’objet est ramené grâce au fil, ce qui s’accompagne du mot « da » qui signifie « voilà ». Ce jeu analysé par Freud a pour objectif de symboliser les absences et retours de la mère de l’enfant. La première partie donnant lieu à une prise active sur une situation passivement subie, le départ de la mère, tout en expulsant sa rage contre celle qui l’abandonne ainsi, les deux parties conjointes permettant de maîtriser, élaborer cette alternance absence-présence , lui enlever son caractère originaire de perte définitive catastrophique. Mais pour que ce but soit atteint, le jeu va devoir être reproduit un très grand nombre de fois, pour être abandonné quand son but sera atteint.

Ceci nous ouvre sur un concept de la plus haute importance dans l’œuvre freudienne, celui de la contrainte de répétition, définitivement théorisée en 1920 dans « Au-delà du principe de plaisir » comme tendance à répéter de manière réitérée et sans sembler en tirer les leçons des situations traumatiques d’un passé même si ce dernier est depuis longtemps oublié. Ce passé se voit ainsi « présentifié », remis au goût du jour par la création inconsciente de situations propices à voir se répéter le traumatisme en question. Ainsi peut-on interpréter ces vécus individuels faits de successions d’échecs, de déceptions amoureuses, de trahisons…ou autres formes de vécus en général malheureux qui pourraient faire penser à un hasard cruel qui semble s’acharner sur le sujet alors qu’il ne fait que remettre inconsciemment en scène sa propre histoire. Ce mécanisme est en outre fondamentalement opposé à la prise de conscience de la réalité interne et de la causalité des souffrances dont le personne se plaint, d’où un des obstacles majeurs à la guérison. Qu’est-ce qui donc va se répéter ? Ce n’est pas un hasard si Freud évoque dans son article les névroses de guerre, ce qui va se répéter est en effet de l’ordre du trauma.

Ce qui nous incite, avant d’aller plus loin de faire un retour sur cette notion complexe de traumatisme.

La pensée freudienne va évoluer sur ce concept particulier. Tout d’abord le traumatisme est d’ordre sexuel. On sait que Freud a attribué très tôt aux névroses une origine traumatique et que ses premières élaborations prenaient en compte un trauma réel, une réelle séduction de l’enfant par l’adulte, avant de devoir face à la généralisation de la perversion dans les familles que cette théorie impliquait « renoncer à sa neurotica » et se tourner du côté du fantasme. Le trauma se voit alors lié à la force des pulsions sexuelles infantiles et les conflits qu’elles entraînent. Il est à noter toutefois que si le trauma a une origine précoce, ce n’est que dans un second temps qu’il prendra son effet traumatique, lorsqu’un nouvel évènement viendra rappeler le premier, alors même que l’enfant aura eu accès à une conception de la sexualité et pourra donner sens à ce qui lui arrive, parfois un évènement anodin, mais qui se chargera de porter la charge traumatique initiale. C’est la théorie de l’ « après-coup ». Le cas princeps est le cas Emma, jeune enfant de 8 ans qui subit des attouchements de la part d’un commerçant. Elle ne peut alors comprendre l’afflux d’excitation qui l’envahit, et la scène se voit soumise au refoulement. Ce n’est que quelques années après qu’une seconde scène, anodine, elle, (le rire de deux commis lorsqu’elle entre dans une boutique), va réactiver la première scène traumatique et lui donner sens, tout en se chargeant de la charge traumatique. Dès lors Emma va produire un symptôme : une phobie d’entrer seule dans une boutique qu’elle reliera sans mal à ce second évènement. Explication fausse dans la mesure où ce second évènement n’aurait certainement jamais eu cet impact sans l’existence du premier. Une lecture superficielle laisserait penser qu’il est bien malheureux pour Emma que ces deux commis se soient mis ainsi à rire lors de son entrée dans la boutique faute de quoi, le premier souvenir, refoulé, aurait continué bien sagement à dormir au fond de son inconscient et elle n’aurait pas eu de ce fait à construire le symptôme phobique. Et c’est là où le fameux « tournant de 1920 » dans la pensée freudienne vient prendre toute son importance, en effet on peut extrapoler en fonction de cette révision de la notion de traumatisme que si par hasard cette seconde scène n’avait jamais eu lieu (ni aucune autre du même registre pouvant avoir les mêmes effets) Emma se serait probablement vue contrainte de se mettre inconsciemment et de manière répétitive, dans des situations entraînant pour elle une agression sexuelle à son encontre.

En effet dès 1920, la conception du trauma change pour devenir celle d’un évènement ayant entraîné un surcroît d’excitation non assimilable par le psychisme, c'est-à-dire débordant ses capacités de liaison. Cet excès d’excitation qui ne peut prendre sens laisse le moi sidéré, dans un état de totale détresse, sur le modèle de la « désaide » du nourrisson, le soumet à une totale passivation, situation extrême à laquelle il ne peut échapper qu’en se dissociant de l’expérience. Ce sont de telles effractions psychiques privées de sens qui n’ont pour autre issue que de se soumettre à la contrainte de répétition, elle aussi le plus souvent hors-sens. Quant à la nature du trauma, on pense bien sûr aux situations d’extrême violence survenues sans que le psychisme ne s’y attende, par surprise, ce qui a empêché un développement d’angoisse protecteur, ce qui est le plus souvent le cas dans les névroses de guerre où les cauchemars à répétition sont une tentative de développer l’angoisse qui n’a pas eu lieu, mais ce n’est pas le seul cas, loin de là. En effet plus que l’intensité quantitative de l’évènement et la non préparation psychique, compte l’aptitude du psychisme à élaborer l’évènement, ce qui peut également se comprendre en qualité du pare-excitation et capacité de mentalisation, donc en terme de maturité psychique. D’où l’importance des traumatismes précoces qui ne sont pas forcément des catastrophes au sens où nous l’entendons, mais peuvent l’être pour l’enfant immature et incapable de les assimiler, catastrophes instaurant des failles narcissiques durables affectant le développement ultérieur de l’enfant.

Freud n’a pas attendu 1920 pour repérer le phénomène de répétition, notamment dans le transfert, où elle était déjà comprise comme un substitut à la remémoration et un obstacle à cette dernière. En effet le patient ne se souvient pas de ses premières relations et surtout des émois qui les ont accompagnées, mais va rejouer les émois en question dans la relation avec l’analyste : c’est ce qu’on appelle le transfert. Rébellion, soumission, haine ou amour, crainte, idéalisation, diabolisation, sentiment de trahison, d’abandon…se donnent ainsi libre cours dans la relation actuelle et ont à être analysées en fonction de l’histoire du patient qui les remet en scène faute de pouvoir s’en rappeler. Mais jusque là la répétition reste soumise au « principe de plaisir » qui pour Freud gère l’ensemble du psychisme, en effet il y a de fait recherche dans le transfert, soit une situation substitutive, de la satisfaction qui n’a pas eu lieu à l’époque. Recherche on s’en doute qui a peu de chances d’aboutir car nul ne peut se substituer à l’objet premier définitivement perdu, et ceci ne concerne pas seulement la situation analytique, relations amoureuses et professionnelles sont également un excellent terrain de jeu ! (entre autres). Ce n’est qu’en 1920 que Freud va réviser sa théorie des pulsions et placer la contrainte de répétition « au-delà » du principe de plaisir, non pas contre lui, mais prioritaire sur lui. Il y a une contrainte qui prévaut sur le principe de plaisir, celle d’un travail psychique qui n’a pas été fait et reste à faire, le travail de liaison des évènements traumatiques.

Ceci nous amène au concept de travail psychique qui est essentiellement un travail de liaison et de transformation des expériences vécues. Un exemple particulièrement parlant du principe de Lavoisier (rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme).

Roussillon relève trois formes d’inscriptions psychiques chez Freud (et non deux tel qu’on a l’habitude le concevoir) : la première forme de trace vient de la mémoire perceptive, sorte d’enregistrement brut de l’expérience vécue sur un plan perceptif, sensoriel et pulsionnel comprenant à la fois ce qui est arrivé de l’extérieur et la réaction interne à cet évènement. Cette trace, sorte de « matière première » du psychisme ne peut en aucun cas devenir consciente sous cette forme. Elle doit pour cela subir un travail de représentation, de transformation, de conceptualisation, impliquant une réorganisation de l’expérience première. Nous en avons un exemple avec l’après-coup du cas Emma. Une troisième étape consistera à lier l’expérience aux traces verbales grâce auxquelles elle pourra devenir consciente, se transformer en « souvenir » et s’inscrire dans l’histoire du sujet, ceci au prix d’une nouvelle transformation. Malheureusement ce devenir idéal n’est pas toujours possible et certaines traces resteront « coincées » sous leurs formes premières. Si la représentation de l’expérience est le moyen de la « lier », la contrainte de répétition est un autre moyen de tenter de traiter l’expérience, sorte de tentative de liaison primaire des expériences insuffisamment transformées. D’où l’importance de la précocité des traumatismes, en particulier ceux survenus avant l’acquisition de la parole, vécus comme des expériences désorganisatrices, catastrophiques dont le psychisme va parfois éviter le retour à tout prix en raison de la destructivité qu’il leur prête comme étant toujours d’actualité. Ce qui fait parfois considérer deux aspects à la contrainte de répétition, un positif qui reste tentative de réactualisation dans le but de lier ce qui ne l’a pas été, un négatif qui consiste à éviter à tout prix le retour de telles expériences. On note également souvent la distinction entre les effets des traumatismes précoces et ceux survenus ultérieurement dans la vie du sujet : les traumas précoces restés la plupart du temps non transformés donnent lieu à des clivages du moi, dans lesquels l’expérience traumatique se voit enkystée, coupée du reste de la vie psychique, au prix d’une dépense d’énergie considérable pour maintenir le clivage qui ampute le moi d’une bonne part de ses fonctionnalités. Le retour inévitable de l’expérience non remémorée peut alors se faire sous forme hallucinatoire ou encore dans des formes de passage à l’acte parfois violents, des troubles de comportement et de caractère, ou encore des somatisations. Les traumas ultérieurs, après acquisition du langage ont beaucoup plus de chances de se voir soumis au refoulement et ressortir sous forme de fantasmes, souvenir-écran, symptômes, angoisses, et même sublimations.

Donc, nous l’avons vu, plus l’expérience est survenue précocement, plus elle risque d’être difficile à transformer, donc soumise à la contrainte de la répétition ; ainsi en est-il des expériences dues à une inadaptation de l’environnement aux besoins du bébé, et les expériences de séparation précoces. Il n’est pour cela nul besoin de penser à des abandons réels ou des mauvais traitements, qui bien sûr font partie du lot et ont des conséquences graves, mais il est extrêmement important aussi de se souvenir que c’est essentiellement la capacité d’intégration du psychisme qui est en jeu, ainsi Winnicott nous exposait-il que le bébé ne peut supporter que pendant un laps de temps relativement court (pour nous) la solitude, temps au-delà duquel il est soumis à des angoisses de désintégration (et tout comme peut être toxique un empiètement de l’adulte par excès cette fois sur l’enfant). On pense aussi à la notion de « traumatisme cumulatif » de Khan, sorte d’accumulation de micro-traumas sur la durée ayant même valeur qu’un évènement traumatique unique. Ce qui revient à dire qu’une ambiance familiale peut être traumatique.

Mais parmi les profils des patients soumis à la contrainte de répétition, s’en dégage un particulier, celui de personnes qui ne se souviennent de rien de particulier et même s’attribuent une enfance calme et heureuse. Ce sont en général d’ex-enfants calmes, sages, à la maturité intellectuelle précoce, aux résultats scolaires en général excellents et à une forme d’autonomie également apparemment précoce. Encore aujourd’hui ces patients restent extrêmement attachés à leur milieu familial, le plus souvent à leur mère dans un climat qui va de l’idéalisation absolue au conflit ouvert avec haine sous-jacente, mais le lien excessivement fusionnel, souvent en emprise mutuelle ne semble pouvoir se défaire. Patients qui présentent une culpabilité hors du commun à la simple idée de prendre un tant soit peu d’autonomie et vivre pour leur propre compte, qui se targuent très souvent de faire passer le bien être de l’autre avant le leur (et ne semblent avoir beaucoup le choix). Patients qui se présentent souvent comme « ne sachant pas ce qu’ils pensent ou désirent » et cherchent à se voir indiquée leur voie de l’extérieur, et qui sont même parfois victimes de gros doutes sur leur propre ressenti physique ou leur mémoire : il suffit de leur affirmer qu’il fait chaud pour qu’il enlèvent leur veste, même s’ils grelottent ou de leur affirmer qu’on est mardi pour bousculer leur certitude d’être dimanche.

L’histoire familiale révèle souvent des failles non chez le patient lui-même mais chez le parent du patient, souvent la mère, parfois le père ou encore les deux. Parfois cette faille est apparente, maladie physique ou encore psychologique avérée, mais parfois le parent semble particulièrement fort et équilibré malgré une histoire particulièrement difficile dans laquelle on retrouve deuils, abandons, violence, abus sexuels ou autres…mais qui ne semblent pas les avoir empêchés de mener une vie « normale ». Une normalité le plus souvent sociale et toute relative quand on se penche sur les interactions à l’œuvre dans le secret du clan familial…

Quant à l’enfant il semble présenter tout simplement….le symptôme dont le parent aurait, lui, du être affecté ! On ne peut alors que se tourner vers une forme de transmission intergénérationnelle du trauma, qui, on le comprend est loin de faciliter son intégration : si tout trauma se comporte dans le psychisme comme un corps étranger, on se doute que cet effet ne peut qu’être décuplé quand il s’agit du trauma de quelqu’un d’autre !

Plusieurs auteurs se sont penchés sur la question : on pense bien sûr à Racamier et sa conception de deuils non faits et expulsés chez l’autre sous forme méconnaissable, cet autre chargé du travail psychique refusé par celui qui aurait du le faire, on pense aussi à la « crypte » et au « fantôme » tels que développés par Abraham et Torok , mais c’est vers un contemporain de Freud que je vais aujourd’hui me tourner pour développer une forme de traumatisme mis à jour par lui bien avant que la clinique moderne ne s’en préoccupe ,je veux parler de Ferenczi dont je vais tenter de donner un aperçu succinct de certains concepts .

Dans « Confusion de langue entre l’adulte et l’enfant », Ferenczi, avant Anna Freud qui lui a « piqué » le concept parle d’ « identification à l’agresseur » et le postule comme résultant d’un traumatisme précoce ayant entraîné un clivage narcissique du moi. Ainsi nous dit il : « La peur, quand elle atteint son point culminant, les oblige à se soumettre automatiquement à la volonté de l’agresseur, à deviner le moindre de ses désirs, à obéir en s’oubliant complètement et en s’identifiant totalement à l’agresseur. ». Nous connaissons l’identification à l’agresseur comme cette forme bien particulière décrite dans le « syndrome de Stockholm » qui a d’ailleurs fait l’objet d’un précédent article. L’agresseur se voit donc perdre sa qualité d’altérité pour être intériorisé par l’enfant. Plus d’agresseur, plus d’agression, et le lien à l’autre peut alors être maintenu, le maintien de ce lien étant je le rappelle vital pour l’enfant. Parmi les effets principaux de cette introjection, Ferenczi note un développement intellectuel intense et précoce (le « nourrisson savant ») et l’introjection de la culpabilité de l’adulte, chose que l’on remarque très régulièrement chez les victimes d’inceste mais aussi l’introjection de l’omnipotence supposée de l’adulte-agresseur. Toutefois le développement de l’intellect dont il est question est essentiellement tourné vers la survie : sens de l’observation ultra développé qui se livre à un véritable scan de l’environnement, capacité intuitive à appréhender les situations, les rapports de force, les intentions, la survenue d’une émotion chez l’autre, le but étant bien entendu protecteur. Ceci s’accompagne on l’a vu d’un clivage du moi, une partie, celle mise en avant, apparemment morte ou du moins totalement passive et soumise au désir de l’autre, une partie à l’arrière plan, vivante, en alerte qui veille au grain et prend un rôle parental, protecteur, vis-à-vis de la première.

Les deux personnes (agresseur et agressé) ayant fusionné, le conflit n’est plus possible, mais un travail de reconstruction se remet parfois à l’œuvre, création d’une fausse personnalité, hyper adaptée à l’environnement (on pense bien sûr au faux self de Winicott théorisé sur des bases semblables), parfois hyper performante, mais fruit d’un clivage et d’une faille narcissique qui en fait la fragilité dans la mesure où il a fallu pour cela tuer toute spontanéité, toute pensée et tout désir propre pour se soumettre aux exigences de l’environnement.

La composante destructrice est prédominante bien sûr dans cet « auto-sacrifice » mais n’en est pas moins une source de jouissance et d’omnipotence, renversement de la détresse absolue à l’origine du mécanisme. Car dans l’identification à l’œuvre il y a confusion des limites entre l’adulte et l’enfant, ce dernier pouvant alors s’attribuer l’omnipotence fantasmée de l‘adulte agresseur, tout comme par empathie projeter sur ledit agresseur sa propre détresse et se positionner en tant que « sauveur tout puissant », véritable enfant –thérapeute de ses propres parents. On comprend alors que renoncer à cette omnipotence qui sous tend des attitudes d’apparence masochistes peut être un obstacle supplémentaire à la prise de conscience.

Si Ferenczi s’attache tout d’abord aux véritables abus commis par les adultes sur les enfants, il va par la suite élargie ce concept aux punitions passionnelles et au terrorisme de la souffrance qu’il nous décrit ainsi :

« La peur devant les adultes déchaînés, fous en quelque sorte, transforme pour ainsi dire l’enfant en psychiatre ; pour se protéger du danger que représentent les adultes sans contrôle, il doit d’abord savoir s’identifier complètement à eux. C’est incroyable, ce que nous pouvons vraiment apprendre de nos « enfants savants », les névrosés […] . À côté de l’amour passionné et des punitions passionnelles, il existe un troisième moyen de s’attacher un enfant, c’est le terrorisme de la souffrance. Les enfants sont obligés d’aplanir toutes sortes de conflits familiaux, et portent, sur leurs frêles épaules, le fardeau de tous les autres membres de la famille. Ils ne le font pas, en fin de compte, par pur désintéressement, mais pour pouvoir jouir à nouveau de la paix disparue, et de la tendresse qui en découle. Une mère qui se plaint continuellement de ses souffrances peut transformer son enfant en une aide soignante, c’est-à-dire en faire un véritable substitut maternel, sans tenir compte des intérêts propres de l’enfant. »

Introjection de la culpabilité de l’adulte et de son omnipotence, soutenue par la supériorité parfois réelle de son « intelligence » face à un monde de fous, grandiosité du rôle de sauveur, autant de choses qui sous tendent et soutiennent l’identification à l’agresseur , et sa répétition ultérieure dans le rôle de sauveur omnipotent de tous ceux qui voudront bien être sauvés, de fait confusion extrême entre la partie mourante de soi et l’autre au travers duquel la partie vivante se soigne. Mais aussi introjection de la problématique infantile parentale selon Ferenczi, ce qui ouvre bien sûr sur le transgénérationnel. Introjection qui n’a toutefois rien de magique, qui n’est en rien du à une forme de télépathie qui laisserait l’enfant deviner ce qui dans l’histoire de son parent l’a blessé, mais introjection qui est la conséquence de la contrainte de répétition du parent lui-même, quand elle se délègue à quelqu’un d’autre, comme cette femme, enfant abandonnée qui a traité sa propre fille en orpheline tout en étant bien présente, ou telle autre qui victime d’inceste et ayant elle-même introjecté la culpabilité de l’agresseur n’a eu de cesse de culpabiliser sa propre fille des intentions séductrices qu’elle lui prêtait envers son père tout en la poussant inconsciemment par certaines paroles et attitudes à faire justement ce qu’elle semblait tellement craindre.
Ce qui semble confirmer que quand les choses résistent au-delà d’un certain point, il n’est jamais inutile de faire un tour du côté des ancêtres.

En attendant, je vous donne quant à moi rendez vous au mois prochain
Très cordialement
Martine Massacrier

Envoyé le 28/12/2014

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