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146. Du trouble narcissique

martine


Bulletin 146 Août 2014
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Du trouble narcissique…
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Edouard Manet  est un peintre français célèbre de la fin du XIX° siècle (1832-1883). En raison de sa personnalité, nous l’avons choisi pour introduire ce bulletin consacré aux troubles narcissiques, nous inspirant de l’étude biographique et psychanalytique que lui a consacré Paul Denis (Revue « Que sais-je ? »  : Le narcissisme) ainsi que de sa biographie écrite par son ami Emile Zola.

Edouard Manet était le fils d’une famille bourgeoise, son père étant fonctionnaire de justice, sa mère fille de diplomate, et on a tout loisir de croire ce qu’on nous en dit quand on stipule qu’il reçut une éducation stricte, on pourrait même dire austère, si l’on s’en réfère au tableau qu’il a lui-même peint de ses parents « Portrait de Monsieur et Madame Auguste Manet », deux personnes qui ne devaient pas rire tous les jours ! Heureusement dans son entourage, vit un oncle qui passe pour plus « excentrique », et le soutiendra dans sa vocation. D’après Paul Denis, Manet n’a jamais pu acquérir l’approbation de son père qui aurait préféré une fille, mais faute de mieux destinait ce fils à une carrière juridique, et s’est opposé autant que possible à toute carrière artistique. Quant à sa mère, on nous décrit une relation tant fusionnelle qu’ambivalente pour ne pas dire paradoxale, alternance d’approbation et admiration inconditionnelle et critique (par exemple admiration inconditionnelle de son talent de peintre mais opposition ouverte quand il s’agissait de dépenser de l’argent pour exposer ses toiles). Denis en déduit que le jeune Manet a très probablement été le prolongement narcissique de sa mère, donc naturellement idéalisé quand il la mettait en valeur et dévalorisé quand il s’écartait de l’image idéale projetée sur lui. Ainsi nous dit-il citant Kathrin J Zerbe : « Lorsqu’il est récompensé par la mère (parce qu’il a satisfait ses besoins [narcissiques] à elle), il se sent alors excessivement stimulé, mais il se sentira humilié s’il ne parvient pas à ranimer sa mère ». Ceci expliquant ce qui se voit chez Manet à savoir l’alternance d’arrogance et de découragement dépressif. Même parvenu à l’âge adulte, Manet n’aurait pas supporté la séparation de sa mère et souffrait dès que l’éloignement durait plus que quelques jours.

Quoiqu’il en soit, très jeune, Manet fait preuve de comportements que l’on peut qualifier de provocateurs et anticonformistes, alliés à une scolarité médiocre. Peu intéressé de toute façon par les études, il refusera de s’inscrire à la faculté de Droit ce qui l’aurait conduit à épouser la carrière prévue pour lui par son père, hostile à sa vocation pour la peinture. Il tentera alors d’entrer dans la Marine en tant qu’officier, mais là encore échouera deux fois le concours. C’est là qu’il se tournera vers sa vocation, la peinture, et rejoindra l’atelier du peintre Thomas Couture auprès duquel il étudiera 6 ans.

Mais là encore, Manet se heurte à l’autorité et au cadre trop étroit de l’enseignement de Couture qui bride sa créativité. Il tient à peindre ce qu’il voit et ce qu’il ressent et non ce qu’on a envie qu’il peigne. Le conflit éclate et Manet quitte l’atelier de Couture pour peindre pour son propre compte. Ses premiers tableaux, s’ils sont largement appréciés de nombreux artistes de l’époque, n’en sont pas moins lapidés par la critique : le « Déjeuner sur l’herbe » crée le scandale, le « Buveur d’absinthe » se voit refusé à l’exposition de 1859, quant à « Olympia », l’œuvre sera également jugée scandaleuse et à son tour incendiée par la critique. Manet espérait que le public apprécierait et comprendrait intuitivement son génie, c’est loin d’être le cas, il rêvait de reconnaissance, de gloire et de succès, il se heurte au rejet et à l’incompréhension, il ne le supporte pas, et, trop éprouvé par la critique il quittera la France pour se réfugier en Espagne. Mais Manet ne renonce pas à sa quête, en témoigne le travail acharné auquel il se livrera toute sa vie et la quantité impressionnante de toiles qu’il lèguera à la postérité. Mis à part ceci, Manet nous est décrit comme un homme plein de distinction et de charme, extrêmement social et agréable, un homme aux multiples conquêtes féminines, qui se succèdent rapidement sur le principe du « un clou chasse l’autre ». Pourtant Manet n’est pas célibataire, il vit maritalement avec une certaine Suzanne, son ancien professeur de piano, et ceci pendant 16 ans, jusqu’à la mort de son père à qui il n’osera jamais avouer cette relation, chose rendue possible par la complicité de sa mère. Ce n’est qu’après la mort de son père qu’il épousera Suzanne, sans toutefois reconnaître l’enfant naturel qu’ils ont eu tous les deux, et envers qui il se comportera bien plus comme un frère aîné envieux que comme un père. Ce mariage ne l’empêche pas de tromper sa femme sans vergogne et sans préoccupation aucune pour ce qu’elle peut ressentir, attitude de « maltraitance » envers les femmes qui touche d’ailleurs également ses maitresses, dont une grande partie est recrutée parmi ses modèles, et dont il change selon ses humeurs. Ainsi blessera-t-il cruellement Berthe Monsot un de ses modèles, très amoureuse de lui et à laquelle lui-même semblait beaucoup tenir, en la remplaçant « au pied levé » et sans préavis par un de ses nouveaux modèles. Berthe finira par se marier avec son frère Eugène Manet ; à dater de ce jour, Manet cessera de faire son portrait : apparemment si lui pouvait la « jeter » sans préavis, il n’était pas question d’être remplacé ! Vieillissant, Manet vivra également très mal le fait que les femmes s’intéressent moins à lui, et que ses modèles se contentent de poser sans lui tomber dans les bras….

Le choix du cas de Manet a été fait dans la mesure où il éclaire les deux aspects du narcissisme, que l’on retrouve toujours, à savoir à la fois l’arrogance et l’autosuffisance et la faille qu’elles recouvrent qui menace sans cesse le narcissique en apparence si sûr de lui d’effondrement.

De fait si l’on révèle les axes principaux de l’histoire du peintre, on peut retenir :

- Une relation fusionnelle/ambivalente à une mère qui fit de son fils son prolongement narcissique à l’origine de la double face de Manet : le provocateur, sûr de lui, de son charme, de sa valeur, son « talent », le Manet à qui tout est dû, et et le Manet totalement dépendant du jugement de son public qu’il provoque par ailleurs sciemment, au point que sa non reconnaissance le menace d’effondrement. S’il est évident qu’un artiste a le droit d’exprimer librement sa créativité, et qu’à ce titre on ne pourrait que féliciter Manet de défendre son originalité, il n’en demeure pas moins qu’il sait pertinemment qu’il va « choquer » de par le choix de ses thèmes et sa peinture. En cela la réaction de la critique n’a rien pour le surprendre. Sa réaction excessive à cette critique, alors que par ailleurs il a ses admirateurs et non des moindres, (Delacroix , Baudelaire..pour ne citer qu’eux, ainsi que de nombreux artistes en vogue), montre à quel point derrière ce qui pourrait passer pour une volonté de nouveauté, voire de révolution artistique dont il serait le leader, reste une quête d’approbation, un désir d’être compris et reconnu pour ce qu’il est et non pour ce qu’il montre de conforme à l’attente d’autrui. Ainsi la non reconnaissance le déstabilise au point qu’elle met en cause les fondements les plus profonds de son être.

- Une relation de crainte du regard de l’autre donc, centrée sur un père aux vues rigides, père prédominant mais qui n’a peut-être pas pu jouer son rôle en raison même de cette dominance qui cache mal le fait qu’il considère également son fils comme son prolongement narcissique : « Tu seras juriste comme moi, mon fils ».

- Heureusement un oncle auquel le jeune Monet a pu s’identifier : un oncle contestataire, royaliste alors que les Manet étaient républicains, un oncle qui entretenait des débats houleux à ce sujet avec le père d’Edouard, et qui par-dessus tout aimait l’art, bref un oncle probablement à l’origine du côté contestataire qui a soutenu sa quête d’identité envers et contre tout malgré son hypersensibilité au jugement critique.

- La peur du père comme la relation fusionnelle à la mère sont pourtant restées en toile de fond dans sa vie comme le montre sa biographie.

- Dans ses relations amoureuses apparait le manque de considération des partenaires, tant de sa femme officielle que de ses maitresses, objets interchangeables, faites pour mettre en lumière son image, montrer au grand jour son pouvoir de séduction, bien plus que pour satisfaire une sexualité quelconque. On retrouve effectivement un trait essentiel du narcissique qui au fond n’aime que lui et cherche en l’autre un miroir qui reflète sa grandeur, d’où la nouvelle blessure en fin de vie quand les succès prétendument sexuels se sont raréfiés. Manque d’empathie pour l’autre liée à une incapacité d’amour « altruiste », autre inexistant dans sa différence non reconnue sont autant de traits narcissiques qui font de ces individus des destructeurs potentiels. Mais aussi, et dans le même ordre d’idées, caprice égocentrique : je te jette sans préavis mais suis incapable d’admettre que tu refasses ta vie (te détaches de moi).

- Le manque de maturité affective se repère régalement dans la non reconnaissance de son fils, plus rival narcissique que fils par ailleurs. Ce type de jalousie qui n’en est pas vraiment une se retrouve également très fréquemment chez ce type d’individus : là où un autre sera centrée sur une jalousie sexuelle dirigée envers un rival potentiel, le narcissique peut tout aussi bien être jaloux d’un enfant, de petits-enfants, voire d’amis ou de centre d’intérêts qui lui enlèvent l’exclusivité de l’attention de leur autre-pourvoyeur d’estime de soi.

- Par ailleurs la capacité de Manet à jouer le jeu social et même à s’y montrer brillant et séducteur est relatée, là encore on retrouve cette capacité à « faire semblant » d’être dans la relation à l’autre , un autre dont le seul intérêt est de faire partie de sa « cour » d’admirateurs, garante de son estime de soi en détresse, tout comme il est important de « connaître du beau monde », les connaissances étant là aussi un signe de valeur.

Selon Denis le côté dépressif qui sous tend le caractère de Manet n’a pas échappé à son ami Zola, auteur par ailleurs d’une biographie des plus élogieuses du peintre, dans la mesure où il s’en serait largement inspiré pour créer le personnage de Lantier dans « L’œuvre » personnage de peintre qui se suicide par pendaison faute de pouvoir achever son œuvre.

De fait le narcissisme est à l’image de Janus, double face ou plutôt conflit perpétuel entre une part de soi qui défend son indépendance avec l’énergie du désespoir alors que l’autre ne peut se passer d’une relation fusionnelle qui sous tend et supporte son existence.

Double face n’est peut être pas le terme le plus approprié dans la mesure où les faces sont moins en alternance qu’il ne le semble, en effet, les idées de grandeur et de toute puissance infiltrent volontiers la médiocrité affichée comme la plus vile. D’abord dans l’exhibition qui en est faite : d‘ordinaire on aurait plutôt tendance à cacher nos côtés les moins reluisants, comment se fait il alors que certains se complaisent à les exhiber ? La réponse se trouve peut être dans ce côté qui caractérise un bon nombre de mélancoliques, qui hors épisode maniaque semblent toucher le fond le plus absolu en ce qui concerne l’estime de soi. Ces mêmes mélancoliques qui semblent nous dire : « Quant à être l’individu le plus abject que la terre n’ait jamais porté en son sein, au moins qu’on me concède cette qualité d’être vraiment le pire de tous, le plus minable, tant que je reste « le plus », le meilleur, l’exceptionnel, qui même dans l’abjection me confère encore cette qualité d’être supérieur aux autres, qualité pour moi plus jouissive que tout ».

Dans tous les cas, quand on parle du narcissisme on parle du moi (ou du soi) sur lequel se concentrent tous les intérêts, tous les investissements, au point qu’avant d’être instauré par Freud comme stade normal du développement, le narcissisme a d’abord été appréhendé en tant que perversion, amour immodéré du moi pour lui-même, un moi qui se prend lui-même comme objet d’amour. Ultérieurement il sera abordé de par son côté régressif tel qu’on le rencontre dans le sommeil, la maladie organique où tous les investissements se replient sur l’organe malade, et la psychose. Freud a par la suite décrit l’investissement amoureux narcissique dans lequel l’autre, objet de l’investissement est choisi sur le modèle de « ce qu’on est soi-même, ce que l’on a été ou ce que l’on aimerait être », un choix en miroir donc, avant d’éclairer cet investissement particulier par la capacité de la libido à prendre deux directions opposées : celle de l’objet extérieur et celle opposée du repli sur soi des investissements normalement dirigés vers l’extérieur, ce qui est alloué d’un côté étant déficitaire de l’autre.

Cette opposition reste par ailleurs à tempérer dans la mesure où il est plus question d’un équilibre entre les deux types d’investissements, que d’un choix à proprement parler, nul ne saurait en effet faire un investissement d’objet digne de ce nom s’il ne possède pas par ailleurs un investissement se soi suffisant.

Cette sorte de « balance » entre investissement de soi et de l’autre est par ailleurs contestée, entre autres par Grunberger, s’appuyant sur l’opinion freudienne selon laquelle par exemple dans l’état amoureux, le moi se déprend de son narcissisme (son amour de soi) au bénéfice de l’objet aimé. Il est assez évident en effet que l’amoureux, loin de se sentir amoindri ou diminué par son amour semble au contraire s’en voir renforcé, dans une sorte d’élation, bien loin de l’inflation du moi postulée. S’il est vrai que l’objet aimé est le dépositaire de l’Idéal du moi de l’aimant, « dans le cas d’un couple amoureux, chacun est la projection narcissique de l’autre et participe à un état d’exaltation qui est hautement valorisant » (Grunberger : Le narcissisme). Si l’amoureux s’efface, en effet, ce n’est que devant son double, son image idéalisée, son miroir valorisant en quelque sorte, de même que le parent en adoration devant son « enfant roi » n’adore de fait que son prolongement (tout autant d’ailleurs qu’il peut s’en prendre haineusement à ce prolongement si pour une raison ou une autre il ne le fait pas briller en retour). On connait par ailleurs le rôle de ces « enfants poubelles » chargés de porter le côté noir d’un parent qui de ce fait se sent restauré dans sa vision de lui-même. Mais on sait aussi à quel point être esclave d’un idéal élevé de manière disproportionnée peut être source de mépris de soi, voire d’autoagression envers soi, dans la mesure où la réalité démontre quotidiennement qu’on ne peut être que défaillant par rapport à une image si hautement valorisée. Encore une fois entre mépris et survalorisation la frontière est ténue, « Ou César ou rien » résume bien cette soif de pouvoir et de gloire insatiable qui se retourne si facilement dans son contraire.

Pour Grunberger, le narcissisme prend sa source dans l’état prénatal, état où le monde extérieur reste indifférencié mais où le moi s’approprie en quelque sorte le « mérite » de ce bien être absolu dans lequel les besoins sont satisfaits avant même d’être apparus. Ainsi le fœtus, à la fois « tout puissant et autonome » (dans la mesure où il ne connait rien d’autre que lui) serait pour Grunberger le modèle même de l’état que recherche le narcissique : toute puissance, recherche d’autonomie, surévaluation de soi (avec son corolaire de dévalorisation si l’épreuve de réalité vient à démentir cette image surdimensionnée), besoin d’amour inconditionnel, quel que soit parfois les mauvais traitements infligés à l’autre. Car en effet le narcissique a tout de même besoin de la confirmation par l’autre de cette valeur qui dans l’absolu ne devrait rien devoir à personne, signe de la défaillance inévitable survenue à la rupture de cet état d’élation originaire. Le fœtus est avant tout un parasite (au sens de qui se nourrit de l’organisme d’un autre), trait qui se retrouve bien souvent également dans les pathologies narcissiques, entre autres la dépendance, mais aussi le besoin de se « nourrir » de l’approbation et l’admiration de l’autre et à l’extrême dans la fameuse « perversion narcissique » qui n’est que, comme son nom l’indique un narcissisme perverti, érotisé, qui prend plaisir à la destruction de cette altérité que le simple narcissique se contente d’ignorer, ce qui n’en fait pas moins un être potentiellement destructeur de l’autre.

Grunberger nous rappelle que « tout est donné au fœtus, et gratuitement, même si apparemment il n’est pas capable de l’apprécier »…ce qui bien sûr se met facilement en parallèle avec certaines tendances facilement reconnaissables chez ces individus. De même, les mythes du « Paradis Perdu », de l’ « Age d’Or » trouvent leurs racines à ce stade anténatal. La plupart des auteurs s’entendent toutefois à le situer à la toute première époque de la vie, dans cette sorte de fusion mère-enfant qui suit la naissance et représente une sorte de continuité de la vie fœtale. Mais cette continuité ne peut qu’être imparfaite, et laisser très vite apparaître un manque générateur de frustration, tout comme il va falloir désormais « faire avec » le monde pulsionnel, ses désirs et ses tensions. Ceci est à l’origine de deux courants qui vont plus ou moins s’intriquer ou coexister en parallèle selon les auteurs : le courant narcissique et le courant objectal. Ceci correspond à ce Racamier appelle le « conflit originaire », fondamental, entre l’attirance régressive de la « séduction narcissique » ou monde clos dans lequel la mère et l’enfant fascinés l’un par l’autre sont dans une sorte de « bulle » qui les isole, formant à eux deux un univers, et le courant objectal qui exige que cet état ait une fin pour que l’enfant puisse marcher vers son autonomie, l’autre, le monde et la vie. Encore faut-il que la mère le permette, ce qui devient très difficile quand l’enfant vient remplir chez elle un vide, nous ne reprendrons pas ce sujet sur lequel nous nous sommes par ailleurs longuement étendu.

Ce qui a posé le plus de problèmes au narcissique à cette époque de la vie est le renoncement à la toute puissance illusoire qui était la sienne pour prendre conscience de son impuissance et de dépendance réelle. Cette déchéance face à son Idéal est source de sentiments de honte, de non valeur, mais aussi d’insécurité.

Une insécurité qui se verra directement chez ceux qu’on appelle les « dépendants », véritables sangsues de leur entourage qui n’a jamais le droit de défaillir sans s’exposer à leur rage , réaction défensive contre la honte de ne pouvoir se faire inconditionnellement aimer, beaucoup moins chez les personnes affichant une superbe insolente et vantant leur indépendance haut et fort, mais dont l’entourage connaît bien l’infantilisme affectif qui les habite et la fragilité dépressive qui les habite tout autant et qui se manifeste au moindre aléas de la vie.

Dans tous les cas, la toute puissance et le déni d’altérité sont au centre de la pathologie, cette toute puissance qui, illusoirement ressentie, est la source des sentiments d’exaltation, de triomphe, de jubilation sur le mode de « je suis le meilleur, le plus fort », dont on retrouve un aspect dans la quête mystique du sentiment océanique parfois cherché dans la méditation prônée comme « union avec l’univers ». Mais cette toute puissance a aussi son côté sombre qui se manifestera dès que l’illusion sera mise à mal, ce seront alors au pire les états de dépersonnalisation, menace de désorganisation psychique, vécue comme étrangeté à soi et au monde, les vécus dépressifs suite aux échecs, humiliations, qui faute de pouvoir s’inverser en état maniaque de supériorité absolue, faute de pouvoir en projeter la cause sur l’autre source de tous les maux, ou faute de tourner à la rage, ou de manière plus nuancée à la « sainte indignation » laisseront filtrer un sentiment de honte désorganisatrice, vécue sous forme de dépression mélancoliforme. Autre besoin narcissique : s’appuyer sur l’autre pour exister, et si possible dans le reconnaitre : pour Manet c’était le public, ça peut être un conjoint, une voiture, une apparence physique, une appartenance à un groupe, une quelconque possession, une qualité, un savoir-faire, un talent, et au pire…un symptôme, comme l’échec ou l’insuffisance qui peuvent tout autant jouer ce rôle comme on l’a vu précédemment. De cet appui, de cette possession, le narcissique projetant sa propre envie sur les autres, se sentira jalousé, fantasmant que tout le monde lui envie un tel bien si précieux .

Dans le couple, le partenaire sera essentiellement un « faire valoir », les sentiments n’ayant que peu de place, étant même littéralement fuis, dans la mesure où ils réveillent cette dépendance à l’autre qui se comporte une blessure supplémentaire. Le sentiment étant l’ennemi n° 1, il n’est pas rare que le narcissique se masque derrière la sexualité prise comme besoin « physiologique » pour se protéger de l’amour, l’autre n’est alors plus qu’un objet de satisfaction, éventuellement interchangeable. Mais le narcissique attend avant tout de l’autre qu’il le « répare », et pour cela qu’il devienne partie de lui pour qu’il puisse enfin accéder à ce sentiment de complétude auquel il n’a pas accès et qui l’empêche tout simplement de profiter des simples plaisirs de la vie, du simple plaisir d’exister. Dans de tels cas, le besoin d’emprise devient prépondérant et remplace la relation amoureuse. On est aux portes de la perversion narcissique dont on comprend qu’elle n’est qu’une exacerbation de la pathologie narcissique dans laquelle le déni d’altérité se transforme en plaisir de détruire l’altérité. Pour le narcissique, il y aura simplement confusion entre soi et l’autre (qui est tout de même une forme de déni de la différence, donc de l’autre), d’où proviendra son manque d’empathie, son exigence que l’autre comble naturellement et entièrement ses besoins, sans que lui-même n’ait rien à donner en retour. En conclusion le narcissique, en tant que parasite de l’autre reste à classer dans les relations potentiellement toxiques, en particulier dans la relation de couple ou la relation parentale.

A tous je souhaite un excellent mois d’août et vous donne rendez-vous très bientôt
Cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 28/12/2014

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