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145 Phobie et séparation .

martine

Bulletin 145 Juillet 2014
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Phobie et séparation
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La phobie est, vous le savez tous, définie comme une « peur irrationnelle » d’un objet, d’une situation quelconque, ce qui l’apparente d’emblée à l’angoisse, d’autant plus que le modèle de la phobie isolée (moi j’ai juste peur des araignées sinon tout va bien) ne se rencontre que très rarement sur un terrain par ailleurs serein. Ou alors elle se manifeste plus volontiers sous la forme plus légère du « Beurk..quelle horreur, je ne supporte pas », sans donner lieu pour autant à un développement d’angoisse pénible. A moins qu’on se contente d’un « Moi je n’aimes pas », donc bien sûr …je n’y vais pas , solution pratique pour éviter la confrontation! La plupart du temps, en effet, la phobie se manifeste sur un terrain anxieux, en association avec d’autres phobies ou symptômes. Mais même dans ce cas, elle n’est irrationnelle qu’en apparence, dans la mesure où on ne se réfère qu’à à l’objet qui déclenche la peur , qui très souvent ne présente pas ou très peu de caractère dangereux. Elle devient immédiatement beaucoup plus rationnelle si l’on se penche sur le danger réellement en cause (intérieur au psychisme lui-même) et le mécanisme phobique. L’objet dit « phobogène », celui qui déclenche la phobie n’est en effet pour la psychanalyse que la projection sur l’extérieur d’un danger interne, pulsionnel.

Si la phobie peut paraître ridicule à celui qui la regarde de l’extérieur et la confond avec la simple peur, elle n’en est pas moins une réelle cause de souffrance pour celui qui en est affecté, et la plupart du temps amène par évitement de la situation angoissante une réelle limitation de la vie du sujet, limitation plus ou moins handicapante en fonction de l’objet ou de la situation phobogène concernés.

La phobie est à considérer tout d’abord en fonction de l’âge de celui qui en est affecté : les phobies infantiles dont le prototype est la peur de l’étranger ou la peur de l’obscurité sont en effet à la fois très classiques et très répandues et sont destinées à s’effacer toutes seules quand le psychisme sera suffisamment arrivé à maturité. Simplement la montée d’excitation psychique temporairement ingérable se projette sur l’extérieur, une meilleure aptitude à gérer l’excitation interne rendant cette projection inutile.

Donc, si l’on suit l’approche psychanalytique classique, le danger prétendument extérieur n’est que le résultat d’un déplacement sur le monde externe d’un danger interne, ce dernier étant d’origine pulsionnelle, la phobie étant alors vue comme un symptôme, soit un compromis désir/défense contre le désir. Le symptôme phobique se voit alors appréhendé comme une satisfaction substitutive d’un désir déguisé quelle que soit la souffrance ou la gêne que puisse entraîner le symptôme phobique. Le désir en question est le plus souvent à rechercher dans les désirs œdipiens, et la sexualité infantile liée à cette période de la vie.

Ce qui renvoie la phobie à la névrose, et à la fameuse « hystérie d’angoisse », structure intermédiaire entre la névrose obsessionnelle et l’hystérie, la névrose obsessionnelle étant plus marquée par les obsessions, les phobies d’impulsion et les rituels destinés à annuler l’angoisse.

Il apparait toutefois que les phobies sont loin de ne concerner que les seules structures névrotiques, et peuvent apparaître peu ou prou dans n’importe quelle structure, y compris celles où l’Œdipe n’est pas organisateur. Par ailleurs de nombreuses phobies se développent dans un contexte où la dépendance et la relation anaclitique à un autre protecteur sont au premier plan, laissant supposer que leur origine se trouverait tout autant dans une époque archaïque, pré-œdipienne que dans le cadre s’une névrose. C’est le cas en particulier des phobies qui semblent être en lien avec une sorte de « passage » dehors/dedans, de changement de lieu ou simplement de situation, d’état, quitter un endroit sûr pour en retrouver un autre incertain, situations que l’on peut rencontrer tout aussi bien dans la difficulté à sortir de chez soi, que dans les phobies des transports, lieux intermédiaires qui nous emportent d’un état à l’autre, que dans toute situation qui évoquent de près ou de loin un changement de situation fût-il normalement positif (promotion, réussite à un examen, etc…).

On peut également constater que certains passages de la vie sont plus ou moins favorables à la naissance de phobies dont le sujet ne souffrait pas auparavant : séparation, décès, déménagement ou changement de statut social, bref tout ce qui nécessite une nouvelle adaptation, un remaniement intérieur d’un équilibre resté jusqu’ici aménagé de manière suffisamment stable.
Il serait assez vite fait de parler de difficulté d’adaptation, de stress inhérent à tout changement, fragilisant le sujet et pouvant le livrer à des phénomènes angoissants, si on oublie que derrière tout changement se profile un deuil, une séparation, ne serait ce que la séparation d’un statut, un état antérieur, pour un autre encore inconnu, donc susceptible de receler des dangers tout aussi inconnus. Ceci d’autant plus que le phobique s’est déjà vu par le passé qualifié d’ « anxieux ». Mais le phénomène inverse s’observe aussi : telle personne verra disparaître une ancienne phobie à l’occasion …du fait de tomber amoureux par exemple, ou d’entrer en psychothérapie, ou de se voir apprécié ou confirmé dans sa valeur à l’occasion de tel ou tel évènement , d'une réussite , ou de telle ou telle rencontre. Quitte à retrouver son ancienne phobie un peu plus tard, quand les circonstances favorables auront disparu.

Tout ceci nous amène à nous tourner bien plus vers le sujet phobique que vers la phobie elle-même, et encore moins l’objet phobique qui, bien qu’il ne soit pas réellement du au hasard, loin de là, n’a qu’un rôle mineur dans cette histoire. Le problème étant bien sûr que l’objet phobique entraîne une véritable « fixette » sur lui : on ne voit plus que lui, on ne pense plus qu’à lui, on cherche à éviter à tout prix les situations qui risquent de nous y confronter….et on passe à côté de l’essentiel, tout en renforçant la phobie en question selon le mécanisme bien connu de « la peur de la peur » et l’autosuggestion qui en découle et enferme le phobique dans une certitude : « la panique ne pourra qu’arriver demain puisque je serai dans l’avion » .

Pourtant si la « peur » phobique, peut passer pour délire aux yeux de ceux qui, raisonnables, savent bien qu’aucun danger réel ne menace le phobique, en tout cas aucun danger qui puisse entraîner des réactions aussi disproportionnées, le phobique n’est pas fou. Il est lui-même tout à fait conscient en dehors de ses crises (certains mêmes pendant), de l’inadéquation de ses réactions. Ce qui lui en rajoute une couche pourrait-on dire, celle de la honte, honte de son état, besoin parfois de le dissimuler à tout prix aux yeux des autres là encore par différents évitements ou mensonges. Ce qui renvoie le phobique à une solitude douloureuse qui n’est pas faite pour l’aider vous vous en doutez ! Car si certains évitements ont pour but de fuir l’angoisse créée par la situation ou l’objet, d’autres se renforcent par l’impossibilité de se montrer ainsi aux yeux des autres.

La souffrance phobique a elle-même ses caractéristiques propres : au-delà des symptômes physiques bien connus qui sont ceux de l’angoisse : tremblements, tachycardie, sueurs, maux de ventre, etc…et qui la font très souvent assimiler à une grande peur, les phobiques décrivent très souvent un sentiment de vertige, des sensations de sol qui se dérobe sous leurs pieds, d’effondrement, de sensation de devenir fou, de se perdre, d’être étrangers à eux-mêmes, de totale perte de contrôle…autant de descriptions qui ne peuvent pas ne pas faire penser à une angoisse plus archaïque que l’angoisse de castration névrotique.

La présence d’un objet contra-phobique montre par ailleurs qu’une autre personne peut également être utile dans la lutte contre la phobie, ainsi un agoraphobe pourra éventuellement sortir sans trop de malaise à condition d’être accompagné d’une personne de confiance, voire d’une personne tout court. Cette réassurance qui passe par la présence de l’autre peut s’analyser de différentes manières, mais peut faire également penser à une faille narcissique à l’œuvre chez le sujet phobique.

L’approche d’Irène Diamantis («  Les phobies ou l’impossible séparation ») est particulièrement intéressante et je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage facile d’accès par ailleurs à toute personne affectée de tels symptômes phobiques. Diamantis s’écarte tout autant de l’approche comportementaliste qui consiste à désensibiliser le sujet par rapport à sa peur, que de l’approche psychanalytique classique, qui pour elle, bien que prenant en compte le sujet phobique et non sa simple phobie, reste encore trop centrée sur l’objet en question et sa signification symbolique.

C’est délibérément du côté du sujet qu’elle va se placer, en négligeant l’objet dont on sait qu’il n’est que le support d’une angoisse qui ne le concerne pas vraiment mais qu’il permet de drainer à l’extérieur. Ainsi « l’appréciation de la dangerosité de l’objet dépend de la position du sujet ».

Cet ouvrage étayé de nombreux cas cliniques commence par explorer la phobie des transports, significative du mécanisme général de la phobie : quitter un lieu en général sécurisant et familier pour aller vers un inconnu menaçant. La phobie se met en place en effet de manière privilégiée quand il est question de changer d’état (externe ou interne) ou de lieu. Mais l’objet ou la situation phobique ne le deviennent pour Diamantis qu’en raison d’une défaillance narcissique du sujet, qui rend l’objet anodin redoutable. La phobie parle pour elle de menace identitaire, de menace d’effondrement et marque une séparation ratée avec la mère, une immaturité psychique laissant croire au sujet que ce qui normalement est irréversible (le non retour au giron maternel) est possible, dans le cadre d’un imaginaire prédominant sur le mode du « tout peut arriver ». Cette menace entraîne un gel de tout mouvement, une impossibilité de s’éloigner du trop familier. Il est à noter que cette analyse ne s’applique pas seulement au cas du déplacement géographique mais parle aussi de changement d’état interne ou de situation.

Diamantis nous rappelle alors que la place donnée aux objets et au monde extérieur dans son ensemble dépend de nos premières relations, et de la régulation du narcissisme primaire : le bébé entièrement narcissique ne connaît ni l’autre, ni la peur ; celle-ci apparaitra dans le lien à l’autre, s’attacher à l’autre entrainant forcément le risque de le perdre, et dans la mesure où cet autre est indispensable à sa propre survie, risque concomitant de se perdre soi-même. Le risque de perte, nous en avons déjà souvent parlé est donc à mettre en parallèle avec la découverte de l’altérité, ce qui va dans le sens d’un certain « prototype de la phobie » dans l’angoisse de l’étranger dite aussi angoisse du huitième mois. Cette reconnaissance de l’altérité se verra ainsi empêchée quand le manque de signification de l’objet renverra au rapport archaïque à la mère.

Ainsi met-elle l’agoraphobie en parallèle avec la peur du noir que connaissent pratiquement tous les enfants. L’agoraphobie est classiquement analysée comme une défense contre un fantasme sexuel, quant à la peur du noir, elle est souvent rapprochée d’un désir œdipien de rejoindre les parents dans leur lit. Or, ce désir peut aussi être peur de la solitude, de la séparation et perte totale des repères quand l’obscurité rend impossible la distinction nette du contour des objets, renvoyant à l’indifférencié, rendant menaçant, rempli de monstres imaginaires un endroit normalement familier. D’ailleurs une simple présence, voire une veilleuse suffit en général à redonner sens à ce monde dans lequel l’enfant s’engloutit, se perd au sens de perdre son identité, et apaise l’angoisse. En effet la phobie est avant tout confrontation au non sens, effondrement de la pensée logique conduisant à l’anonymat (ce qui pour elle se voit particulièrement dans la phobie de prendre l’autoroute que connaissent certains automobilistes qui conduisent par ailleurs sans problèmes en ville ou sur des petites routes).

Je me suis contentée ici de donner quelques grandes lignes de l’approche de Diamantis sur la phobie, dans la mesure où je le répète, c’est l’ouvrage entier qui est à lire pour ceux qui sont intéressés, un ouvrage qui articule sans cesse théorie et cas cliniques qui l’illustrent.

Pour ce qui est du traitement de la phobie (on me reproche souvent de « zapper » cette partie, bien que j’ai souvent rappelé que je ne suis pas adeptes des recettes toutes faites censées remplacer un véritable travail thérapeutique), je ne donnerai encore une fois pas de recette miracle, car vous l’aurez compris, je partage l’approche de Diamantis sur le fait que le sujet phobique est au cœur de sa phobie, et que c’est lui qui est à traiter en priorité, par contre, je vais me permettre de citer la fin de la conclusion du livre  :

« Comment se ‘ soigne’ la phobie, et qu’apporte la psychanalyse ? Certaines thérapies – nous les avons mentionnées – (ndlr : TCC) se proposent de « guérir » les symptômes phobiques. Elles s’adressent dans leur majorité à l’objet de la phobie ; or nous avons vu que la phobie ne peut se réduire à l’objet. Nous avons mis l’accent du côté d’une menace et d’un effondrement narcissique du sujet. L’analyse n’a pas pour visée première la disparition d’un symptôme, car une telle attitude serait contraire au but recherché. Le bénéfice secondaire de la phobie, même si le sujet l’ignore, consiste à mettre en place tout ce qui l’empêchera de se séparer. C’est du côté du sujet que s’analyse la phobie, c’est en cela que la cure psychanalytique est irremplaçable. Le travail de séparation ne peut s’effectuer que par la levée du refoulement où le sujet prend conscience de la place qu’il tient au sein de la structure familiale. Cette place l’empêche de s’aimer lui-même parce qu’il est dans l’identification à l’autre comme non-séparé. L’analyse opère une séparation que le sujet peut affronter sans danger. Il apprend à reconnaître plus surement quelles sont les conditions qui l’enfermeraient à nouveau dans l’état phobique, et partant, à s’en tenir éloigné. L’état phobique agit comme une pensée incestueuse qui se fige devant l’impossible séparation. En surinvestissant un objet, elle tente de maîtriser en la symbolisant cette impossibilité primordiale. Reconnaître le lieu de son aliénation conduit à pouvoir s’en séparer ». (Diamantis :' les phobies ou l’impossible séparation' p 249).

Encore un petit mot sur le fait d’affronter quand même l’objet de la peur…Freud lui-même concédait que c’était une étape parfois indispensable. Ceci est vrai dans la mesure, où, on l’a compris, la phobie transporte avec elle son lot de bénéfices secondaires, mais également a tendance à gagner du terrain chaque fois que l’on recule devant elle. Céder à l’angoisse par exemple et renoncer à sortir de chez soi, peut très vite amener à un enfermement douloureux pour une partie de soi, mais bien profitable à une autre qui ne rêve que de retour dans un cocon protecteur. Cà peut être aussi l’occasion de mettre en place une relation d’emprise à la limite de la perversion sur la personne tenant lieu d’objet contra-phobique. Mais en dehors de celà, fuir une situation phobique laisse la part belle à l’imaginaire qui le charge de plus en plus de signification dangereuse, qui n’a plus alors aucune épreuve de réalité pour la tempérer. C’est l’escalade bien connue qui réduit de plus en plus le champ d’activité de la personne qui diabolise à loisir une situation d’autant plus qu’il évite la confrontation à la situation en question qui devient de plus en plus irréelle , donc capable de se charger de tous les fantasmes. A noter que la phobie se dévoile également sous un certain nombre d’inhibitions : inhibition au travail, par exemple, inhibitions sexuelles, échec scolaire, etc.. comme forme de paralysie, d’empêchement à avancer, à se séparer, bien entendu.

La confrontation à la phobie est d’ailleurs une solution instinctive que trouvent tous les enfants dans leurs jeux dont une partie vise à répéter la situation qui les a traumatisé : une visite chez le docteur génératrice d’angoisse, et voici l’enfant qui va « jouer au docteur », soit sur le mode de l’identification à l’agresseur, il sera alors le docteur qui fait la piqure à son camarade de jeu, soit dans le rôle du malade, soit dans l’alternance des deux. Cette confrontation à la situation dangereuse se retrouve également dans un certain nombre de choix de carrière : l’ex phobique des serpents deviendra dresseur, l’ex personne sensible aux vertiges fera de l’escalade, erc…Il s’agit d’apprivoiser l’ennemi, s’en faire un allié et retrouver à cette occasion la part de plaisir que masque la phobie.
Mais ceci ne réussit pas à tout le monde et il faut encore concevoir que tout dépend de la gravité de la faille narcissique à l’œuvre, et aussi du fait que l’objet ,n’étant au bout du compte pas si important que ça, une phobie peut très vite se déplacer sur un autre objet .

Et c’est en vous souhaitant de bonnes vacances sans phobie (s), que je vous donne rendez vous au mois prochain.

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com





Envoyé le 28/12/2014

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