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143.De la psssion fusionnelle à la violence dans le couple

martine

Bulletin 143 Mai 2014
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De la passion fusionnelle à la violence dans le couple
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C’est loin d’être la première fois que j’entreprends d’écrire sur les liens fusionnels dans le couple, mais jusqu’ici je m’étais surtout intéressée aux difficultés inhérentes à la séparation, et à la souffrance qui en découle parfois quand la relation devient plus nuisible qu’autre chose aux deux partenaires ou au moins à l’un d’entre eux. Je ne me suis jamais jusqu’ici appesantie sur la violence latente qui y règne, en général clivée et projetée sur l’extérieur, mais qui parfois devient visible au grand jour quand les circonstances s’y prêtent. Outre la violence perverse qu’on y rencontre régulièrement, (du moins si on la rencontre, ce sera la plupart du temps dans ce type de couple), il existe d’autres formes de violence qui s’y exercent souvent et qui peuvent prendre de multiples formes : jalousie morbide, possessivité étouffante, violence physique, verbale, etc.. C’est le mécanisme qui conduit de cette fusion idyllique à ce ravage dont je vais vous parler aujourd’hui, en m’appuyant sur le célèbre développement qu’en a fait Didier Anzieu (« Créer-Détruire », aux Editions Dunod pp 245-261). Il y a quelques temps de cela j’avais parlé du concept de « Moi-peau » de ce même auteur (bulletin 140), c’est à partir de ce même concept qu’Anzieu va aborder ce couple particulier, soudé par la passion, dans tout ce qu’elle a d’extatique, mais aussi de destructeur.

D’abord, il est peut-être encore une fois utile de rappeler les deux temps principaux de la vie d’un couple : le temps passionnel, fusionnel, la lune de miel, suivi du temps de la désillusion, (ce qui implique que le premier n’était bien de fait qu’une illusion), donc le temps de la réalité qui normalement va déboucher sur un réaménagement de la relation de couple, une sorte de défusion-individuation, ou bien, si ceci est trop insupportable sur la rupture pure et simple. On reconnaît déjà dans ces deux phases le revécu de ce que chacun traverse à l’orée de sa vie, avec son premier partenaire : sa mère, et ce pour les deux sexes.

Cette phase fusionnelle se fonde pour Anzieu sur ce qu’il appelle « illusion duelle » ou « illusion gémellaire », en référence à l’image de Narcisse fasciné par l’image de sa sœur jumelle qui se reflète à la surface de l’eau (ce qui est une version moins connue du mythe de Narcisse). Cette illusion se base sur l’intimité psychique. C’est l’époque où les partenaires sont en ravissement devant tout ce qui les rapproche : leurs goûts communs, leur vision commune de la vie, ils s’émerveillent de dire ou penser la même chose en même temps, sont certains de deviner l’autre sans même qu’il ait à parler, et se sentent de la même manière entièrement compris par l’autre, dans une sorte de télépathie sans cesse à l’œuvre entre eux. S’ils en viennent à remarquer quelque différence, alors ils la verront comme une forme de complémentarité, mais une complémentarité bien particulière, non dans la différence, justement, mais dans l’unité d’un psychisme commun parfait : ainsi si l’un est plutôt réservé et passif et l’autre entreprenant et actif, ils formeront à eux deux Le Psychisme Parfait, à l’activité tempérée. Mais de manière générale, cette complémentarité se doit de rester restreinte car trop évocatrice d’une différence qui n’a pas vraiment sa place, car elle pourrait les amener à jouer des rôles justement trop bien définis dans le couple alors que leur objectif est d’être « un couple de jumeaux imaginaires, unisexes et à la limite interchangeables ».

Voici comment Anzieu décrit ce couple par rapport aux différentes fonctions du Moi-Peau (dont je rappelle qu’il est succinctement une peau psychique, une enveloppe qui jouerait pour le psychisme le même rôle que la peau qui enveloppe le corps):

Pour ce qui est de la fonction de maintenance, chacun sera le support (maternel) de l’autre. C’est une demande implicite qui débouche souvent sur le reproche de ne pas se sentir assez soutenu, ce qui bien sûr renvoie à la détresse primitive du nourrisson. En effet, dans ces couples symbiotiques, on a souvent affaire à deux partenaires dépendants qui selon Anzieu , n’ayant pas acquis chacun un « Moi –Peau » autonome, « n’ont pu se séparer de leur famille d’origine qu’en emportant avec eux la peau imaginaire de leur mère ». Le couple s’enveloppe alors dans ces deux peaux imaginaires maternelles, ce qui réalise une enveloppe narcissique idéalisée à l’intérieur de laquelle le couple se sent exceptionnel (en tant que couple).

Pour ce qui est de la fonction de contenance, on a vu que l’illusion était de n’avoir qu’un psychisme pour deux, mais ce psychisme est en souffrance d’avoir deux corps différents (donc séparables). D’ailleurs avoir un secret pour l’autre est souvent ressenti comme une trahison, une sorte d’adultère psychique, au point que même les séances de thérapie, espace privé par excellence, donnent lieu à des « comptes rendus » ou déclenchent de la part de l’autre de véritables scènes de jalousie, l’idéal étant bien sûr de faire des séances de couple pour que rien de ce qui est dit par l’un ne puise échapper à l’autre.

Quant à la fonction pare-excitation, c’est la double enveloppe maternelle qui va les faire vivre dans une espèce de bulle , bien à l’abri de la réalité, quoique cette dernière ne cesse de se rappeler à leur bon souvenir, ce qui constitue autant d’attaques de l’extérieur à l’encontre de la protection de ce paradis privé qui se voudrait un univers à deux. On reconnait là encore tout le côté régressif de la chose, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas agréable !

Quant à l’individuation, il est évident qu’elle n’a pas sa place. Si projet il y a, c’est celui du couple au détriment des individus, un couple idéalisé, c'est-à-dire qui ne reproduira pas les failles des couples parentaux, imparfaits par essence. Il est amusant de voir comment ce beau projet se termine, souvent en reproduisant justement ce qu’il était question d’éviter !

Pour ce qui est de l’espace sensoriel, celui-ci aussi, bien sûr, doit être commun : ce que sent l’un doit immédiatement être ressenti par l’autre. Anzieu nous dit que « Ce qui sous tend leur relation, c’est le fantasme d’avoir un corps unique pour eux deux, avec une même peau, une seule bouche, un seul nez, trois ou quatre yeux et oreilles, c'est-à-dire un corps doté des organes sensoriels et d’un cerveau, mais dont les caractéristiques sexuelles sont plus ou moins estompées ».

En effet la « fonction de soutien de l’excitation sexuelle » est plus ou moins inhibée, les relations sexuelles ne jouent pas un rôle prédominant dans la structure fantasmatique du couple. Ceci ne veut pas dire qu’elles n’existent pas, bien au contraire, mais c’est plus dans le sens d’un rapprochement, d’un collage peau à peau, dans lequel le contact épidermique est essentiel, les soude ensemble en quelque sorte, plutôt que de mettre l’accent sur une pénétration qui met trop en avant la différence des sexes. Les cas d’impuissance ou de difficultés sexuelles ne sont d’ailleurs pas rares, et jouent souvent leur rôle dans la violence quand elle se produit.

Le couple s’organise autour d’un idéal commun (un Moi idéal) qui les rend en général actifs et dynamiques, et dans lequel l’objet couple est surinvesti. Il est plus important que tout d’être un « bon couple ». A ce titre la négativité et la haine sont clivées et projetées vers l’extérieur (l’étranger, le haï…).

Mais il arrive que cette projection vers l’extérieur censée faire régner dans le couple une harmonie sans faille et sans conflit, se révèle insuffisante. Elle va donc revenir sur le couple, à moins que l’enfant quant il y en a un, ne serve de « tampon » et devienne le bouc émissaire de cette haine qui n’a fantasmatiquement pas de place entre les deux partenaires.

Avant d’étudier plus avant le retour de cette haine, nous allons nous attarder un peu sur l’espace psychique imaginaire d’un tel couple :

D’abord il se base sur la croyance partagée et réciproque que le partenaire est l’objet qui compte le plus et que lui-même a le désir d’être cet objet primordial (tout comme la mère l’a été pour le bébé auprès de qui elle jouait ce rôle). En effet le besoin d’étayage est très fort pour chacun des deux partenaires, car toujours selon le modèle maternel primaire, c’est cet étayage qui protège des états de détresse primitifs ressentis comme de véritables désintégrations de l’être lorsqu’il fait défaut. Ce rôle d’étayage et le danger de sa perte pour l’identité même de l’individu joue un rôle très important dans la survenue de la violence, comme nous le verrons ultérieurement.

Nous avons affaire à un couple auto-engendré dont la vie a commencé le jour de la naissance du couple, effaçant ce qui a pu se passer auparavant individuellement. Nous avons vu que le couple se situe imaginairement dans un espace clos protégé par la double peau maternelle, si l’on dessine cet espace sous la forme d’un cercle et qu’on trace le diamètre de ce cercle, celui-ci figurera une sorte d’ « organe de communication directe » entre les deux « moitiés » (c’est le cas de le dire !) du cercle-couple. Ceci en dit long sur les attentes de chacun par rapport à l’autre, tout autant que sur les reproches qui émergeront si ces attentes sont déçues :

- Il y a d’abord le besoin impérieux et constant de la présence physique de l’autre, ou du moins d’être en contact virtuel avec lui : téléphone, SMS, et autres moyens de communication sont très largement mis à contribution. Ceci renvoie bien sûr à ce manque de construction d’un objet interne suffisamment bon pour supporter l’absence de l’autre sans croire l’avoir à jamais perdu. Dans sa version négative, le reproche qui en découlera sera « Tu n’es jamais là ! » avec parfois le pendant : « Tu m’étouffes, tu m’empêche de vivre !  » qui peut laisser supposer que l’émetteur de cette plainte est plus « indépendant », ce qui là encore reste à prouver. En effet, il est loin d’être impossible que ce dernier ne soit pas prêt à accorder à l’autre la liberté que lui-même revendique !

- Il y a le besoin de totale exclusivité, on se veut à totale disposition de l’autre ou du moins on est certain de l’être (ce qui parfois reste aussi à vérifier), et bien sûr on exige la même chose en retour, d’où le reproche qui risque d’émerger : « Tu ne t’intéresse pas à moi, je ne compte pas à tes yeux », voire « tu ne m’aimes pas (ou plus) » dès que l’autre a le malheur de s’intéresser à quelque chose ou à quelqu’un d’ « étranger » à la dyade. Ceci peut passer pour de la jalousie (plus sexuelle et plus mature) alors que ce n’est là encore qu’une demande d’exclusivité très régressive. Dans le même ordre d’idée, l’autre partenaire a pour mission de pallier aux déficiences du premier, ne pas le faire est une trahison, un abandon. Par exemple, si un des deux partenaires a des difficultés de communication et se sent perdu dans la foule par exemple lors d’une réception, le fait que l’autre le laisse un instant seul peut facilement virer au drame, de par son manque de disponibilité totale comme on vient de le voir, mais aussi devant la faille dans son rôle de complémentarité (qui est ici d’assumer le contact social du couple).

- Toujours sur ce grief tellement récurrent de l’ « abandon » on trouvera le fait de ne pas être immédiatement compris (sans avoir à s’exprimer), soutenu dans ses plaintes ou ses griefs (donc que l’autre ressente la même chose et surtout ne se positionne pas différemment par rapport au problème : si je n’aime pas untel, pas question que tu y trouve la moindre qualité, ou c’est comme si tu me trompais !)

- Enfin l’autre a la mission hautement irréalisable de donner un sens à la vie de son partenaire, un sens qui ne peut se trouver donc individuellement, et qui bien sûr donne lieu aux plus gros drames en cas de « trahison » de ce devoir de garantir l’identité de l’autre.

Tous ces phénomènes ne sont pas forcément anormaux dans ce qu’on appelle la lune de miel, les premiers temps du couple , le temps de la passion d’amoureuse sauf bien sûr s’ils prennent d’emblée un caractère extrémiste. Mais on l’a vu, cette belle illusion n’est pas faite pour durer, et durera d’autant moins longtemps que le couple est constitué de personnes relativement autonomes, donc qui ne confondent pas sur le long terme amour et illusion gémellaire, et sont capable d’accueillir la différence comme une richesse et non une blessure. A ce passage en seconde phase de la vie de couple, Anzieu donne quatre issues :

- Cette désillusion n’est absolument pas supportée, la séparation psychique (sur laquelle l’enfant a visiblement buté jadis) signe la fin de l’aventure, le couple se sépare, non sans avoir rejeté la faute sur l’autre « qui a changé ». Mais si ceci signe effectivement la fin de ce couple ci, l’illusion gémellaire peut tout à fait perdurer et aller chercher ailleurs ce jumeau idéal, dans un autre partenaire au risque de reproduire le même schéma, avec la même illusion suivie de la même déception.

- Un des partenaires (ou les deux) va tenter de maintenir la stabilité du couple premier, garant de la relation « maternelle » tout en cherchant à vivre ailleurs la fascination amoureuse avec une tierce personne, amant ou maîtresse. C’est souvent vu comme un « bol d’air » dans une relation vécue comme étouffante, non par trop de proximité, (encore que cette dernière puisse réveiller des angoisses d’intrusion, voire de dévoration ou encore l’horreur du retour au sein maternel), mais surtout par impossibilité de se séparer de la manière dont on vient de le décrire dans le premier cas. Le couple va alors osciller entre les deux formules « Vivre ensemble nous tue, nous séparer est mortel » (Caillot et Decherf), à laquelle Anzieu préfère « Nous sommes un bon couple, dont chaque membre est mauvais pour l’autre », préférant réserver la première formule aux familles dans lesquelles un des membres est psychotique, anorectique ou somatique grave. L’introduction d’une tierce personne qui ne sera alors qu’on « objet annexe » à visée stabilisatrice, permettra un temps peut-être une fragile stabilisation sans cesse menacée dans la mesure où il y a dès lors trois voire quatre personnes garantes de cet équilibre, chacun ayant le pouvoir de le mettre à mal s’il s’estime lésé, ce qui ne saurait tarder dans un type de situation dont on connaît l’inconfort pour tout le monde à moins que le système se pervertisse et que ce soit justement cette « tension intersubjective » (perverse) qui prenne la place de la relation amoureuse .

- La troisième cas est le plus « normal » : le couple va transformer son espace imaginaire pour l’adapter à la réalité, c'est-à-dire l’ouvrir sur l’extérieur, sacrifier l’illusion gémellaire à un projet plus évolutif, respectueux de l’individualité de chaque partenaire, idéalisation et passion se tempèreront de tendresse et respect, les différences seront admises et reconnues, de même que l’ambivalence. Il est à noter que c’est justement admettre cette ambivalence : l’autre est à la fois bon ET mauvais, je l’aime ET parfois je le hais qui permet de canaliser la violence qui pourrait éventuellement faire irruption dans le couple. Un autre facteur d’équilibre est bien sûr de renoncer à toutes les attentes illusoires, donc destinées à être déçues, que l’on a projeté sur l’autre et qui ne sont que des attentes très régressives adressées à une mère idéalisée.

- Enfin dans la quatrième issue, le couple ne se sépare pas non plus, il est d’ailleurs hors de question qu’il se sépare, (sauf en paroles, en menaces ou en « jeu de rôles » théâtralisés), mais le mode de relation évolue et c’est la haine, qui retournée de l’extérieur sur laquelle elle avait été projetée va souder le couple en lieu et place de l’amour. De bon et mauvais on passe dans le registre bon ou mauvais, et là c’est…mauvais ! Mais Anzieu nous stipule bien que malgré les apparences, entre le couple amoureux et le couple haineux, la structure n’a pas changé, la seule chose qui a changé c’est le contenu pulsionnel : l’amour s’est transformé en haine. En clair, «  le contenant est toujours aimé, et les contenus haïs ». Au niveau du Moi-Peau, l’enveloppe maternelle du couple s’est rigidifiée, empêchant les partenaires de se séparer, mais cette rigidification a pour autre conséquence néfaste de maintenir encore plus clos et hermétique un espace dans lequel les tensions qui s’élèvent restent piégées à l’intérieur sans exutoire autre que de se régler « en interne ». Mais là encore il ne faut pas non plus se leurrer, la haine a son rôle à jouer dans l’ « équilibre » du couple : d’abord elle est préférable à l’indifférence, ensuite elle maintient le sentiment d’indifférenciation des deux partenaires, enfin elle entretient un climat passionnel qui apparemment est indispensable aux deux membres du couple. Souvent quand même des rôles se dessinent : il y a le conjoint violent qui, menacé dans son identité, dans son existence même par l’éloignement de l’autre (ou la crainte d’un tel éloignement ou la pseudo-trahison de l’autre) va tenter d’exercer par la force, par l’emprise la domination qui seule à ce stade peut lui garantir la possession du partenaire. En face, il y a le « dominé » où souvent c’est la souffrance ressentie qui est garante du sentiment d’existence, tout aussi menacé que dans le premier cas. La souffrance infligée ou subie permet au couple de perdurer en tant que couple, d’où l’attachement à cette souffrance comme ultime rempart contre l’effondrement.

La violence dans le couple (comme ailleurs) peut prendre trois formes principales : je ne reviendrai pas sur la violence perverse accompagnée parfois de violence physique, mais pas toujours. Sur cette violence j’ai déjà beaucoup écrit, voir entre autres « la haine de l’amour » (bulletin 98) qui reprend le livre célèbre de Hurni et Stoll, mais vous pouvez aussi vous référer au livre de Hirigoyen « Le harcèlement moral » qui a eu le grand mérite de faire connaître au grand public l‘existence de ces procédés de destruction qui ne laissent pas de traces et sont par ailleurs si difficiles à faire reconnaître tant de l’entourage que de la justice. Il y a bien sûr la violence physique qui est une autre forme d’emprise exercée sur un autre qu’on ne peut sans grave dégâts pour sa propre identité se permettre de perdre, la perte ressentie ou redoutée du lien étant menace pour l’intégrité même du sujet violent, ce qui peut bien évidemment le rendre potentiellement très dangereux, sachant que le passage à l’acte violent a pour autre « avantage » d’évacuer cette angoisse tout aussi insoutenable qu’inconnue du sujet lui-même. Dans un cas des plus extrêmes, cette violence peut aller jusqu’au meurtre dans la mesure où il ne faut pas oublier non plus qu’un objet mort est un objet qu’on ne peut plus perdre, tout comme le suicide qui suivra éventuellement le passage à l’acte criminel peut réaliser la symbiose ultime, dans la mort, la proximité de la passion et de la mort étant par ailleurs largement évoquée dans la littérature et la poésie. Mais le plus souvent la violence physique est cyclique, par crises, interrompues par des périodes d’accalmie, de réconciliation effectuée sur le déni de la scène violente, la réparation et la reconstruction de l’idéal amoureux d’origine.

Ce qui nous conduit à une autre forme de violence, moins dramatique, qu’Anzieu décrit dans « la scène de ménage », entendons par là scène de ménage qui devient comme un rituel, une forme de mode relationnel habituel, lui aussi marqué par son caractère cyclique. Là, la violence est verbale, sorte de « soliloque à deux » ou chacun renvoie à l’autre des propos déformés et rabâchés, généralisés, hors du temps comme l’est la temporalité de l’espace psychique du couple (« Tu ne m’as jamais aimé !).

Citons encore une fois Anzieu : « Cela peut devenir une passion, comme le jeu, la drogue, ou l’idéologie. « Passion » convient aux deux sens du terme : la scène de ménage humilie, avilit et fait souffrir (elle est faite pour cela) ; en même temps, elle fait monter le potentiel du couple vers un paroxysme qui l’apparente à certains rituels religieux et qui introduit les partenaires, à travers des sentiments d’épouvante et de grandeur, à la dimension du sacré ».

Suit une description que je trouve personnellement très humoristique de la scène de ménage comme caricature de la perversion d’une séance analytique : interprétations sauvages jetées à la figure de l’autre, silences ressentis comme méprisants…le but étant essentiellement de ne pas s’entendre (au propre comme au figuré). Il analyse cette scène sur le modèle du rêve : d’une part, on s’empresse de l’oublier, d’autre part le point de départ, le déclencheur est comme le « reste diurne », bribe de souvenir d’un évènement réel de la veille, qui là est un évènement allant d’un litige réel aux « poils dans le lavabo », évènement qui va donner lieu à toute une série d’associations verbales qui vont révéler le contenu latent des griefs qu’Anzieu classe en deux motifs principaux : le partenaire ne permet pas au sujet de réaliser ses désirs (tout comme le refoulement), ou encore, derrière les reproches se cache un « appel au secours » plus profond.

Quant à la « dimension du sacré » elle se trouverait dans l’expérience du Mal : faire du mal à celui qui a détruit la croyance en un bonheur possible avec lui ou elle. Le partenaire est alors mis en accusation et déjà condamné, tenu d’avouer et d’expier sa faute, ce qui d’ailleurs ne servira pas à grand-chose, dans la mesure où c’est du « côté obscur » que le couple a basculé (dans la mesure, je le répète où c’est une scène de ménage, cyclique, répétitive, et mode relationnel du couple, rassurez vous la scène de ménage occasionnelle est tout ce qu’il y a de plus banal !). Il s’agit ici d’un mode relationnel qui tend à faire tenir un couple qui n’a su passer à la seconde étape, en le soudant autour de la haine, là où l’amour est mis en échec.

Mais il n’en demeure pas moins que le retour de la violence dans le couple est largement tributaire : de son exclusion par refus d’une relation où l’ambivalence à sa place, donc dans laquelle on ne peut être qu’ange ou démon ; d’exigences régressives et irréalistes envers l’autre idéalisé tout autant que vital, dont la présence assure la survie de l’identité de l’autre ; et bien sûr de l’incapacité à reconnaitre que la séparation rime parfois avec libération avec tout son corollaire de dépendance et de haine de la dépendance à la fois.

Et c’est en souhaitant la paix dans les ménages que je vous donne rendez vous dans un mois !

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com


Envoyé le 28/12/2014

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