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142. Au delà de la relaxation, la thérapie ?

martine

Bulletin 142 Avril 2014
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Au delà de la relaxation, la thérapie ?
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La relaxation est synonyme de détente, de bien être, d’abandon des tensions, le moment de ressourcement par excellence, celui qui nous permet de « récupérer » face au stress de la vie quotidienne. Toutefois, il ne faut pas confondre relaxation et détente, telle qu’on l’entend couramment au sens de repos ou loisirs. Ces derniers ont par ailleurs une grande valeur, mais c’est un autre registre : on peut prendre beaucoup de plaisir à regarder un bon film par exemple, mais ce n’est pas de la relaxation qui vise à la fois le domaine physique et le domaine mental ou plus exactement passe par le physique pour atteindre le mental. De nombreuses méthodes se sont intéressées aux bienfaits de la relaxation, qui d’ailleurs se répand de plus en plus : massages, shiatsu sont régulièrement proposés dans les instituts de beauté, de nombreuses séances de gym, ou de théâtre par exemple, finissent ou commencent par une relaxation, et le yoga continue à avoir un nombre de pratiquants non négligeable.

Par ailleurs l’hypnose, est la plus ancienne psychothérapie du monde, même si elle n’a acquis ses lettres de noblesse et son appellation officielle qu’au XIX° siècle avec James Braid, et plus officieusement un peu avant avec Mesmer et son célèbre baquet. Toutefois Braid nous a appris quelque chose d’essentiel, c’est que l’hypnose ne doit rien à un quelconque pouvoir de l’hypnotiseur, ni à une quelconque force plus ou moins magique ou spirituelle. La capacité à être hypnotisé réside dans le sujet lui-même, la preuve étant dans le fait que la simple concentration sur un objet brillant suffit à mettre un sujet réceptif en état de transe hypnotique.

Il est alors très naturel qu’hypnose et relaxation se soient rencontrées, dans la mesure où la simple relaxation met le sujet dans un état modifié de conscience, dans lequel prédominent les ondes alpha, état très proche de l’état hypnotique, du moins tel qu’il est aujourd’hui conçu. De là, franchir le pas et faire de la relaxation une thérapie en utilisant cet état modifié de conscience pour induire ou auto-induire des suggestions à visée thérapeutiques, fut une chose facile.

Mais avant d’aller plus loin, il va falloir rappeler comment les idées ont évolué et comment l’état hypnotique, prototype et ancêtre des états modifiés de conscience s’est vu expliqué au fil du temps :

Nous ne remonterons pas aux débuts de l’hypnose, mais simplement au XVIII/XIX° siècle : un mystérieux magnétiseur dit pouvoir manipuler le « fluide universel » ou « magnétisme animal » et réguler ainsi chez les autres les déséquilibres de ce fluide à la source de leurs maux : son nom est Franz Anton Mesmer, nous sommes dans la seconde moitié du XVIII° siècle. Grâce aux nombreuses guérisons qu’il obtient il devient très vite une célébrité, jusqu’à ce qu’il soit désavoué par les autorités médicales officielles et réduit au statut de charlatan.

Mais la pratique du magnétisme ne s’arrête pas là pour autant, Mesmer a fait des émules. Nous l’avons vu, il faudra environ un siècle pour que Braid démystifie le magnétisme, le rebaptise hypnose, et ouvre la voie d’une pratique qui sera la base de ce que l’on appellerait aujourd’hui la psychothérapie. C’est d’ailleurs avec l’hypnose que Freud commence sa carrière de « médecin des maladies nerveuses » avant de l’abandonner au profit de ce qui deviendra la psychanalyse. Freud en effet constate très vite l’écueil de cette pratique qui pour lui, au mieux n’a pas d’effet durable, au pire déplace le symptôme, engageant alors patient et thérapeute dans une course poursuite interminable et épuisante. Mais ce n’est qu’avec la théorisation du transfert, que va se dégager l’explication des effets thérapeutiques de l’hypnose. Le moyen d’action est la suggestion, phénomène universel dès que se met en place une relation intersubjective, mais qui là prend une dimension particulière dans la mesure où on retrouve face à face un patient en demande, passif, qui se remet entre les mains d’un hypnotiseur autoritaire , plus ou moins soupçonné de détenir science et pouvoir, bref un patient régressé face à un parent tout puissant. Ceci n’est rien d’autre que le mécanisme du transfert qui consiste à projeter une figure du passé (en général parentale) sur un individu du présent en particulier quand les conditions s’y prêtent comme le soin médical- maternel ou autoritaire-paternel. Ce transfert explique l’obéissance à la suggestion comme l’enfant obéit à ses parents, l’hypnose ne fait donc qu’utiliser cette propriété universelle humaine pour faire cesser tel ou tel symptôme ou comportement gênant. L’hypnose accroit et suscite le phénomène de transfert, mais il n’est nul besoin d’hypnose pour que celui-ci ait lieu, preuve en est que malgré tous ses efforts pour éliminer la suggestion et le transfert de la technique analytique, Freud a du se résoudre à admettre qu’une part de suggestion irréductible restait à l’œuvre , et tant qu’à faire l’utiliser dans un premier temps comme outil de connaissance des relations anciennes du patient, analyser ce transfert, puis dans un second temps « liquider le transfert » .

C’est ainsi que Freud en est venu à opposer « l’or de la psychanalyse au cuivre de la suggestion », débat toujours d’actualité dans la mesure où toute thérapie déclenche le transfert, et doit ses résultats au transfert, qu’elle le reconnaisse ou non. Je vous suggère si le sujet vous intéresse le livre de JC Maleval « Etonnantes mystifications de la psychothérapie autoritaire ».

La psychanalyse poursuit donc sa route sur ces nouvelles bases, mais n’élimine pas pour autant les autres formes de thérapies et l’hypnose continue à être pratiquée en évoluant, se modifiant, plus dans la forme que dans le fond comme nous allons le voir.

Au début donc une hypnose autoritaire, un hypnotiseur maître de la séance, un patient passif. L’hypnotiseur n’a plus de pouvoir magique, il n’en garde pas moins le pouvoir, en tout cas fantasmé, car l’hypnose a ses limites qui sont celles du transfert.

Ce type d’hypnose ne se pratique aujourd’hui plus guère ailleurs qu’au cirque. On voit alors naître une forme d’hypnose plus douce, plus respectueuse du patient, avec l’hypnose dite éricksonienne dont on ne comprend pas bien le nom dans la mesure où celui qui l’a inspiré, Erickson, a toujours quant à lui pratiqué l’hypnose classique autoritaire, de même qu’il a toujours eu une pratique « thérapeutique » extrêmement autoritaire, y compris hors hypnose. Il semblerait toutefois qu’Erikson ait eu un certain génie de la manipulation, pour amener le patient là où il le voulait sans d’ailleurs trop lui demander son avis. Plus aucun hypnothérapeute ne se comporte ainsi paraît-il, et je l’espère sincèrement, toutefois, on a « piqué » à Erikson quelques unes de ses tactiques, en les rendant plus respectueuses du sujet dans la manière qu’on a de l’aborder, mais vous l’aurez compris, la suggestion reste au premier plan. La « nouvelle hypnose » est une technique beaucoup plus douce, mais reste symptomatique et hautement suggestive. Vous pourrez trouver un descriptif sur le site : http://www.hypnose-ericksonienne.com/, dont je cite un passage : « Les techniques * dures * d’Erikson sont abandonnées…..elles ont évolué et sont devenues subtiles, douces et cachées (suggestion indirectes, subliminales, métaphores et symbolisme, etc.) »

On le comprend, la forme change, le fond reste, la suggestion. Mais je ne pointe pas du doigt l’hypnose comme LA technique suggestive par essence, donc inférieure aux autres. J’ai en effet dit que dans toute psychothérapie la suggestion se faisait la part belle via le transfert, et c’est le cas de toutes les psychothérapies dires « brèves », qu’elles utilisent ou non les états modifiés de conscience.

Mais ceci n’est pas vraiment le propos du jour, je me propose de fait de présenter quelques méthodes parmi celles qui utilisent les états modifiés de conscience pour réfléchir tant à leur mode d’action, qu’à leur validité en tant que psychothérapies, et surtout à leur possible compatibilité avec une approche psychanalytique, la seule actuellement qui va au-delà du symptôme pour traiter le sujet dans un référentiel clinique libre de tout contexte spirituel ou philosophique malgré ce que voudraient faire croire ses détracteurs.

Nous allons donc commencer par examiner :

- Le training autogène de Shultz : Celui-ci porte probablement le plus visiblement la trace de la fameuse méthode « Coué », avec répétition mentale de formules verbales induisant des sensations de lourdeur, chaleur, respiration calme, etc… Il s’agit d’induire de plus en plus facilement au fil de l’entrainement les sensations normalement éprouvées par la grande majorité des personnes en état de relaxation, pour atteindre justement l’état en question. A noter toutefois le terme « autogène » qui donne le rôle principal au patient qui auto-induit ces sensations, ce qui reste intéressant chez les personnes ayant du mal à lâcher le contrôle d’eux-mêmes et se laisser aller au « pouvoir » d’une tierce personne. Ce « premier degré » se complète d’un second à visée plus thérapeutique (Shultz considérait d’ailleurs son training comme une psychothérapie à part entière). On y trouve des formules de neutralisation (pour lutter contre des idées obsessionnelles par exemple ou un comportement à proscrire), des formules de renforcement ou encore des formules d’abstinence. Le troisième degré est une méthode de méditation mentale, dite méditation autogène, celle-ci a lieu en 7 exercices : visualisation des couleurs, sélection parmi ces couleurs, visualisation d’objets concrets, puis abstraits, visualisation de personnes et prise de conscience des aspects refoulés de sa conscience. La verbalisation sur les sensations par rapport auxquelles le patient se place de plus en plus en spectateur donne accès au matériel inconscient. On voit donc une progression dans ces trois degrés très succinctement décrits par ailleurs, allant de la pure relaxation induite, à ce qu’on pourrait rapprocher d’une thérapie comportementale, pour finir par un degré centré sur l’introspection.

- La sophrologie : je l’ai largement décrite par ailleurs, je ne m’y étendrai pas très longuement ici du moins au point de vue technique. Je me contenterai de vous renvoyer au bulletin 129 « Sectes, sophrologie et médecines douces » où dans un autre cadre je donnais quelques explications sur les différences, voire les dissidences qui peuvent se trouver dans sa pratique. Je résumerai là encore très succinctement deux approches : une qui se détourne sciemment de toute approche psychanalytique pour prôner la sophrologie comme méthode d’évolution de la conscience à part entière la guérison venant « de  surcroît », et une autre qui prend en compte les méthodes dites « découvrantes », allant à la source du symptôme. On parle alors en général de sophro-analyse ou de sophrothérapie. Il est difficile par contre de donner une définition globale de ce qu’est la sophro-analyse ou la sophrothérapie qui manquent d’unité tant dans leur corpus théorique que dans l’enseignement de leur pratique très variable selon les écoles.

En voici quelques exemples :

- Pour Abrezol, le plus classique, («  Tout savoir sur la sophrologie ») : « La méthode consiste à faire un cursus analytique, thérapeutique ou didactique, en bénéficiant de l’état sophronique. La voie sophronique sert de départ à l’analyse et même de support. Une fois le patient relaxé, le thérapeute le laisse s’exprimer. La séance dure environ une heure. Le thérapeute gardera sans cesse une ‘neutralité bienveillante’. Après la désophronisation de fin de séance, le patient s’exprime librement sur ses vécus et ses impressions. Cette voie est fidèle à la psychanalyse freudienne (ndlr, je dirais plutôt inspirée de ). Un autre cheminement est de procéder à l’analyse des rêves en état sophronique, suivant la ligne de la psychologie analytique jungienne… »

Je me suis par ailleurs amusée à surfer sur le net avec pour mots clés sophro-analyse ou sophrothérapie, on y trouve…diverses choses dont voici un petit échantillon :

- De très nombreux sites occupent les premières pages, donc les plus récents ou les mieux référencés. Ceux-ci assimilent sophro-analyse et méthode Claude Imbert dont l’Institut Européen de Sophro Analyse. Les bases annoncées sont un mélange de sophrologie, d’analyse transactionnelle, de PNL, de régression dans les mémoires intra-utérines ( ?) et de travail sur les chakras ( !), le tout appelé « Nouvelle sophrologie ».

- Hubert quant à lui, que l’on peut considérer comme le pionnier de ceux qui ont pris leurs distances avec Caycédo, enseigne à la Faculté Européenne de Sophrologie ainsi qu’à l’Ecole des Hautes Etudes en Sophrologie et Bio-Analyse. Ici, on ne croit pas aux thérapies de la vie intra-utérine (moi non plus), l’influence est jungienne avec la présence de R. Cahen, traducteur de Jung qui a participé au programme initial de la formation, mais aussi on trouve à la base, la bioénergie de Lowen, inspirée de Reich et sa cuirasse caractérielle, ainsi qu’une approche bio-dynamique, la phénoménologie, Binswanger et la daisen-analyse, Shultz dans son cycle supérieur…

- Michèle Freud propose une approche par l’hypnose, la sophromnésie, Shultz, le rêve éveillé.

- Chez Pôle Sophro, on parle de « sophrologie thérapeutique », mentionnant les TCC, le coaching, l’approche non directive de Rogers, la psychanalyse ( ?).

- Enfin on peut citer la méthode Marc Lucas qui elle ne se base pas sur l’introspection et s’oppose à la psychanalyse au bénéfice d’un travail de « dégagement vibratoire » allié à une ouverture de conscience, je cite : « Tout est en nous sous forme vibratoire et c’est sur ces vibrations que l’on travaille ».

La plupart semblent proposer des formations de base en psychopathologie , sans préciser réellement l’orientation, difficile à cerner aux vues de ces références qui me semblent quand même parfois quelque peu antagonistes…. Le moins qu’on puisse dire est que tout cela semble dangereusement manquer d’unité et qu’il serait grand temps de normaliser soit les pratiques, soit les appellations. Juste par respect pour le patient qui la plupart du temps veut juste faire…de la sophrologie ! Donc encore une fois, je ne saurai trop vous conseiller l’outil Internet, la plupart des sophrologues ont un site où normalement leur approche est décrite, leur école de référence, aussi, et ils sont par ailleurs totalement aptes à répondre de leur formation qui peut vous convenir, ou non.

Mais continuons notre petite description avec des méthodes plus proches de la psychanalyse classique utilisant la relaxation :

- La relaxation à induction variable de Michel Sapir : Elle s’inspire du training autogène et de l’apport de Michaël Balint, psychanalyste hongrois, connu par ailleurs par son travail sur l’amour primaire et le défaut fondamental. Les inductions sont dites « variables » car elles sont toujours improvisées, donc imprévisibles. Elles dépendent de fait du thérapeute, qui improvise à partir de ce qu’il a analysé du patient, mais aussi de ce qu’il ressent de corps de celui-ci dans l’instant. Le contre transfert y prend donc une large part. Le thérapeute est en position d’analyste, derrière le divan sur lequel le patient est allongé. La première induction est relaxante, puis les inductions suivantes portent sur certains aspects du vécu corporel que le patient est amené à ressentir. Puis intervient le toucher du thérapeute, autre forme d’induction non verbale, lui aussi totalement modulable, puis après un temps de silence, vient la verbalisation du patient. C’est dans l’écart entre les inductions (verbales ou par le toucher) du thérapeute et ce qui en a été perçu que se lisent les fantasmes, les souvenirs, et même le mode relationnel du sujet. Tout cela sera bien sûr analysé, mais il est évident qu’au premier plan reste l’interrelation « corps à corps ». Ce « langage du corps » permet d’ouvrir le champ archaïque, celui des toutes premières relations et de leur défaillance, là où la parole n’a pas accès. C’est donc une voie très intéressante pour aborder en particulier les pathologies non névrotiques, psychosomatiques, etc. On peut considérer qu’il s’agit là d’une méthode d’inspiration analytique à médiation corporelle.

- La PPC (Psychothérapie Psychanalytique Corporelle). Elle s’inspire largement de la relaxation d’Ajuriaguerra. C’est une psychothérapie d’inspiration psychanalytique qui utilise la perception et la sensori motricité, dans ce qu’Ajuriaguerra appelle le dialogue tonico-émotionnel. On s’adresse là encore bien sûr au vécu archaïque des toutes premières relations là où le corps est médiateur de l’affect, avant que ceux-ci ne puissent être mis en mots et élaborés. C’est l’époque des mouvements de projection et d’introjection, le corps refuse et projette le mauvais à l’extérieur et incorpore le bon. D’où pour Ajurriaguerra un corps donnant et refusant et l’importance donnée à ce dialogue tonico-émotionnel. Une thérapie qui trouve son champ d’application privilégié dans les pathologies marquées par les difficultés de médiation par le langage verbal. C’est l’expression verbale du vécu corporel qui sera la base qui progressivement sera amenée vers la mise en mots et la représentation, l’analyste prenant la place de l’environnement primaire pour favoriser le travail de symbolisation entravé par les dysfonctionnements de l’environnement primaire réel. Là encore les indications sont celles où le travail de symbolisation a été bloqué et reste défaillant : psychosomatique, états limites, troubles narcissiques, etc.

Dans ces deux dernières approches, la relaxation n’est pas le but visé, celui-ci étant bien plus l’accès à un matériel préverbal, inscrit dans le corps et en difficulté de mentalisation. La base théorique psychanalytique est établie, le transfert et contre transfert sont partie prenante de la cure.

Ceci est un tout petit aperçu de ce qui peut se faire à partir de la relaxation et de son usage thérapeutique. La mauvaise nouvelle vous l’avez compris, c’est que c’est dur de s’y retrouver, la bonne, c’est qu’il y a le choix.

A tous un excellent mois de mars
Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 28/12/2014

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