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139 janvier 2014 Petit bilan des fêtes

martine

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Bulletin 139. Janvier 2014

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Petit bilan des fêtes…


Mais avant toute chose, permettez moi de vous souhaiter à toutes et à tous une année 2014 sous le signe du bonheur partagé, de la sérénité et la de la réussite de vos souhaits les plus chers !

Les fêtes de Noël et du jour de l’an se terminent, et il faut bien le dire, pour un certain nombre de personnes, non sans un réel soulagement. Ce sont ces mêmes personnes qui voient arriver les fêtes avec hantise, voire angoisse ou dépression.

Chez celles-ci les arguments les plus souvent retrouvés à l’encontre de ces périodes festives sont :

- L’obligation du fameux repas familial traditionnel au cours duquel il va « falloir » trop manger, faire bonne figure au cousin Untel que l’on déteste, supporter un rituel qui ne veut rien dire, etc, etc. Pourquoi le 25 décembre faut-il rencontrer et faire des cadeaux à des gens qu’on ne fréquentera plus le reste de l’année ?

- Sur un autre versant, il y a l’absence…de ceux qui sont trop loin, de ceux qui ont disparu…Une absence qui vient jeter son ombre et sa nostalgie sur ce bonheur qui se veut sans tâche.

- La cohue dans les magasins à la recherche de cadeaux « obligés » et « qui ne font même pas plaisir », la preuve étant la revente de ces derniers sur les sites Internet spécialisés. Tout ça génère stress et surmenage, auxquels s’ajoute le surplus de travail de la préparation d’un repas tellement copieux qu’on ne l’apprécie même plus lui non plus !

- Et bien sûr chez quasiment tous ces « opposants », on retrouve  le caractère éminemment commercial de Noël qui ne veut plus rien dire, qui n’est plus que la fête du dieu Consommation, savamment orchestrée par les grands magasins qui réalisent parfois plus de 25% de leur chiffre d’affaire à cette occasion. Noël devient alors synonyme d’une orgie de dépenses inutiles et d’obligations familiales dont on se passerait bien.

D’autres n’ont pas forcément d’arguments, simplement l’arrivée dans les magasins des illuminations et décorations de Noël, accompagnées du luxe et de la profusion des produits présentés sur les étals, les déprime, tout simplement. Quoiqu’il en soit, il est impressionnant de voir à quel point cette période amène à minima du vague à l’âme, chez un nombre non négligeable de personnes. On est très loin de l’image d’Epinal du bonheur des retrouvailles familiales, de la fête et du plaisir d’offrir et de recevoir. A noter également que le Jour de l’An, outre son côté libérateur, qui marque la « fin des fêtes », est d’ordinaire moins sujet à cette baisse de moral, sauf bien sûr si on se retrouve seul alors que tout le monde aux alentours fait la fête…et encore ! Toutefois on observe que malgré ces réticences, très peu de personnes se soustraient réellement aux obligations de Noël (et ceci en général par la « fuite » ou l’éloignement), Noël, sacrifice la plupart du temps consenti à la famille, et essentiellement aux parents à qui ça fait tellement plaisir de voir tout le monde réuni !

Noël, un diktat commercial ?

Si cet argument revient le plus souvent, c’est qu’il est de loin le plus fondé. En effet si l’on s’intéresse un tant soit peu à l’histoire de Noël, on découvrira que le 25 décembre était à l’origine une fête païenne, celle de la naissance du Soleil (dans la mesure où après le solstice d’hiver, les jours commencent à rallonger). Ce n’est que bien plus tard que l’Eglise Catholique se l’est approprié pour y situer la date de la naissance du Christ, faute de la connaître exactement. De nombreux symboles de Noël tel que la bûche, le sapin de Noël , etc…portent encore la trace des différentes cultures non chrétiennes qui ont précédé la fête de la Nativité, sans parler bien sûr de l’incontournable Père Noël. La tradition religieuse ayant perdu de sa valeur inversement à la montée en flèche de la société de consommation, Noël est maintenant grandement sous l’emprise de cette dernière, et, en particulier depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Noël est devenu la fête du dieu Consommation. Une consommation à laquelle apparemment nul ne peut se soustraire, puisque la majorité des personnes possédant un petit budget avoue « faire une exception » à cette occasion : « même si le reste du temps, on se serre la ceinture, Noël ce n’est pas pareil ». Et si quelques uns décident, faute de moyens, de limiter tout de même leur budget, en tout cas « pas pour les enfants » !

Ce qui nous amène à un second aspect de Noël :

Noël, la fête des enfants :

Qui mieux qu’eux en effet peut-être sensible à cette ambiance magique, ces chants, ces lumières qui scintillent devant leurs yeux émerveillés, cette débauche de jouets et de friandises qui s’étalent sous leurs yeux, ce calendrier de l’Avent qui leur apprend à compter les jours qui les séparent de la venue du mythique Père Noël qui viendra les combler de jouets ? Pour ceux qui ont connu des Noëls heureux dans une ambiance familiale chaleureuse, comment ne pas être pris d’un sentiment qui oscille entre nostalgie de cet émerveillement à jamais perdu et régression, éventuellement par identification à nos enfants si l’on en a. Par ailleurs, si les jouets prennent une telle place dans les achats de Noël, ceci révèle bien la tendance actuelle à placer l’enfant au centre de la famille.

Noël la fête de la famille :

Mais si l’enfant reste incontestablement le roi de la fête, Noël n’en est pas moins par excellence la fête familiale. Cette fameuse réunion de famille qui en fait frémir certains est avant tout dans l’idéal l’occasion de se regrouper, de se réunir autour d’un repas d’exception et d’échanger des cadeaux comme marque de notre lien et de notre affection mutuelle.

D’aucuns diront que l’affection, ça ne se manifeste pas à date fixe et que ça se prouve tout au long de l’année. De même, nous diront-ils (et ceci est loin d’être entièrement faux) que faire un cadeau ne veut pas dire aimer (la preuve j’ai fait un cadeau au cousin Untel !).

Donc retour à la case départ, Noël reste une grande affaire commerciale, une sorte d’obligation à consommer à outrance dans tous les domaines, bref, en dernière analyse une gigantesque affaire d’argent ! Malheureusement, prendre la décision de se rebeller et ne pas consommer est une difficulté majeure dans ce grand phénomène de masse, une décision qui revient d’une part à se marginaliser, d’autre part à blesser les personnes qui attendent de nous qu’on se soumette à la tradition qui pour elles reste synonyme d’amour et de bonheur familial. On joue donc sur la corde affective…mais ça reste au fond une histoire d’argent !

Sauf que si c’est bien d’argent dont il est question matériellement lorsqu’on offre un cadeau, deux choses importantes restent à prendre en compte :

La première est que l’argent ne se réduit pas dans notre psychisme à un métal à valeur marchande.

Déjà l’histoire de la monnaie marchande suit le cours de l’évolution psychique de l’humanité dont on retrouve les traces dans l’évolution de chaque psychisme individuel, de la naissance à l’âge adulte. Au début point d’échange, mais simplement l’appropriation du bien d’autrui par pillage : phase du « je veux-je prends », sans attente, sans considération d’autrui, une avidité et une absence d’échange avec l’autre qui n’est pas sans rappeler la phase orale du développement. A cette phase également se rapporte le vol, au moins dans la plupart des cas de ce qu’on a coutume d’appeler la « petite délinquance ». Puis vient la naissance archaïque de l’échange, avec tout d’abord le « vol compensé » (il est admis que celui qui a volé le sera à son tour) , puis le don compensé, et enfin l’avènement de la monnaie, d’abord sous la forme matérielle d’échange de produits de valeur (armes bijoux, troupeaux), puis les premières pièces de monnaie, quelques siècles avant JC, qui, pour la première fois marquées du sceau de l’Etat, viennent réguler un marché encore largement soumis à la loi du plus fort. La Loi s’en mêle pour régler les échanges et rendre égaux les deux partenaires du marché autour d’une valeur commune. Puis la monnaie d’échange deviendra de plus en plus une abstraction, jusqu’aux cartes de crédit et moyens de paiement électroniques largement répandus de nos jours.

Donc l’évolution de ce qu’on appelle communément l’argent suit l’évolution du symbolisme au cours du temps, donc l’évolution mentale de l’humanité, dont l’aptitude au symbolisme relève. Psychisme et argent, symbole d’échange avec l’autre, sont donc intimement liés.

La psychanalyse de notre rapport à l’argent nous le montre d’ailleurs en relevant les points de fixation auxquels ce rapport nous renvoie :
- l’acheteur compulsif, qui soulage par l’acte ses angoisses non élaborées et restaure son unité psychique par la possession avide d’objets qui n’ont aucun intérêt en eux-mêmes, qu’il ne déballera parfois même pas, nous parle de cette phase précoce avide, sans réelle relation à un autre non appréhendé comme tel, phase où être et avoir se confondent.
- Les Harpagon en tout genre, quant à eux, nous parlent de phase anale du développement et semblent démentir le proverbe qui dit que l’argent n’a pas d’odeur ! Il est ici question de pouvoir, de maîtrise, d’accumulation et de comptabilité obsessionnelle chez ce qui pourrait s’appeler ‘les grands constipés de la relation d’échange », ceux qui ont essentiellement peur d’être vidés, mais contrairement à la phase précédente, échange et symbolisme sont déjà là « en substance ».
- On peut citer l’argent pervers qui sert à acheter l’autre chosifié dans le meilleur des cas, l’avilir le plus souvent, les échanges incestuels dans les familles entre parents et enfants où l’argent est symbole d’inceste, l’argent qui vient en lieu et place d’une relation affective impossible...
- Et enfin, avec un Œdipe relativement bien résolu, cette valeur d’échange dans le respect de l’autre reconnu égal et différent de soi, avec la reconnaissance de la Loi et du manque : on ne peut pas tout avoir.

Tout ceci pour dire que l’argent n’est pas à blâmer, loin de là, bien plus condamnable, si condamnation il doit y avoir, est l’usage que l’on en fait, qui correspond dans ses ratés et ses excès à une régression par rapport au point d’évolution optimal qu’il est possible d’atteindre psychiquement.

Et là, on ne peut que rejoindre malheureusement ceux qui condamnent la grande fête du commerce en notant que Noël est le miroir grossissant de cette régression à laquelle la société nous incite, régression à l’avidité, à la confusion de l’être et de l’avoir dans une consommation débridée. L’acquisition d’un bien comme réassurance narcissique est d'ailleurs particulièrement bien exploitée dans cette publicité qui nous dit que « Nous le valons bien » ! Mais à Noël, il faut avouer que le phénomène est particulièrement puissant preuve que l’émotionnel est particulièrement de la partie, ce même émotionnel qui déclenche des affects de solitude et de dépression qui n’auraient normalement pas lieu d’être.

Ceci nous amène à considérer un aspect de Noël important, le rituel familial, la fête familiale et l’échange de cadeaux. Car on ne peut réduire le cadeau à sa valeur marchande. Le cadeau est avant tout un don dont la finalité est de marquer visiblement le lien affectif entre deux personnes, et de ce fait en renforcer la cohésion. D’ailleurs ce n’est pas par hasard si l’on prend bien soin de faire disparaître le prix sur le cadeau offert, et si un consensus se fait entre donateur et receveur pour feindre d’ignorer la valeur marchande du cadeau. C’est ceci qui fait aussi que beaucoup de personnes n’aiment pas donner d’argent directement, ni même de chèque-cadeau dans lesquels la somme est mise en avant. L’argent est beaucoup moins symbolique que le cadeau, beaucoup plus « marchand » que ce dernier .Ce n’est donc pas un acte anodin que d’offrir (ou ne pas offrir, ou ne pas vouloir recevoir…) de cadeau, un acte qui dépasse largement nos opinions sociopolitiques et même notre conditionnement. Car le cadeau est directement synonyme de marque d’affection, porteur d’un message relationnel, même si bien sûr il peut aussi être soumis à des dérives qui tendent à exhiber la valeur du généreux donateur, ou acheter le receveur…

Le cadeau reste quand même sous son aspect normal le symbole du prix du lien affectif qui nous relie à l’autre, du sacrifice qu’on y consent et bien sûr de la loi de la réciprocité attendue, faute d’être plus nuisible au lien qu’il ne lui est utile en créant de la dette, donc du déséquilibre. Tout ceci n’est pas anodin dans la difficulté à se démettre d’une tradition même quand on ne l’approuve pas, et des blessures suscitées par de telles dérogations.

On note toutefois là encore une évolution ( ?) dans le lien au cadeau : j’ai parlé de la revente sur Internet, on peut noter également une plus grande facilité à donner directement de l’argent qui correspond à une demande parfois directe du receveur. Le don d’argent qui jadis se limitait aux liens très proches et en général dans le sens parent-enfant se généralise, ramenant le cadeau à sa valeur marchande au détriment du symbole. Il est vrai que la consommation effrénée pour laquelle nous sommes sans cesse sollicités demande son pendant monétaire et prend alors le pas sur la valeur purement affective du cadeau qui se perd, avec l’investissement du donateur dans sa recherche, son choix, et le mélange qui en résulte où les goûts propres du donateur se mêlent aux attentes du receveur pour faire du cadeau « un peu de toi, un peu de moi », le vrai symbole relationnel..

Mais la fête de famille est aussi une réunion, une « reconstitution familiale » à laquelle toutes les générations participent, et dans laquelle chacun prend sa place. Encore faut-il s’y sentir à l’aise ! Encore faut-il ne pas se sentir l’exclu, le mal aimé, l’invisible ou le bouc émissaire de la famille.Encore faut-il ne pas sentir trop fort l’emprise familiale ou au contraire la trop grande indifférence qui y règne ! Car ce qui est douloureux, c’est que Noël reste quand même symbole de la famille idéalisée, celle où tout le monde aime tout le monde et où les conflits n’existent pas. C’est cet écart entre le mythe de la famille idéale et la famille réelle qui se fait là particulièrement sentir.

Sans compter qu’un mythe est éternel, et Noël dans sa réalité nous fait bien sentir que nous, nous ne le sommes pas, ne serait ce que par notre changement de place dans l’ordre des générations, et la disparition des plus anciens. C’est donc la nostalgie, voire l’angoisse du temps qui passe qui peut nous rattraper.

Et puis bien sûr, les conflits, les ressentiments qui viennent porter ombrage à ce tableau qui se veut idyllique.

Les conflits actuels certes entre certains membres et d ‘autres, qui amènent une certaine tension dans l’ambiance même si on a tacitement admis de « ne pas parler de ce qui fâche », le pouvoir du non dit n’est jamais à négliger ! Un non dit qui parfois émerge quand l’alcool commence à embrumer les esprits…

Mais bien plus que tout, ce sont nos conflits et attentes du passé qui causent le plus de souffrance. Face à cette famille que l’on voudrait idéale, et que l’on a réellement rêvé jadis idéale, donc pourvoyeuse d’amour et de sécurité inconditionnels pour l’enfant que l’on porte toujours en soi, on se retrouve parfois devant une dure réalité, d’autant plus déprimante qu’elle est inconsciente et refusée, que l’on n’a pas fait la paix avec nos anciennes blessures. Comment un ex enfant aujourd’hui en psychothérapie parce qu’il a manqué d’amour (ou toute autre raison) peut-il vivre ce rassemblement où semble renaître l’espoir que ses attentes de toujours pourraient être enfin comblées, alors qu’au fond de lui-même il sait bien qu’il n’en est rien, et que c’est irréversible ? Encore que celui qui est en psychothérapie n’est pas forcément le plus démuni, par rapport à celui qui vit intérieurement la même chose sans le savoir, juste en disant que « Noël ça le déprime ». Car Noël c’est avant tout un écart inévitable entre un rêve, propre à l’enfant et la réalité propre à l’adulte, donc avant tout un écart de soi à soi, qui peut dans certains cas devenir douloureux.

Ce rapide tour d’horizon n’est certes pas exhaustif, comment pourrait-il l’être ? Ainsi n’avons-nous pas pris en compte les familles recomposées, les familles réduites, les éloignés, les « sans famille », ni encore tous les cas de « Noëls à répétition » chez l’un, puis chez l’autre où là c’est la séparation, voire la dissension qui est mise en avant. Mais c’est en tout cas suffisant pour comprendre que Noël est porteur d’une très forte charge affective, positive ou négative, sans laquelle le conditionnement marchand ne saurait être aussi efficace. De quoi je l’espère réconcilier un peu les enthousiastes et les allergiques à cette grande fête devenue incontournable !

C’est là-dessus que je vous quitterai aujourd’hui, non sans vous avoir encore une fois souhaité un très bon début d’année…

Très cordialement

Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com


Envoyé le 26/03/2014

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