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134 : Relations toxiques et séparation impossible

martine

Bulletin 134 Août 2013
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Relations toxiques et séparation impossible.
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Elle est battue régulièrement, elle a même fait quelques séjours à l’hôpital, porte régulièrement des lunettes noires, ses enfants devenus grands lui reprochent d’être restée avec leur père, la supplient de partir avant qu’il ne la tue : rien n’y fait, elle reste, trouve des excuses, pense encore que ça peut s’arranger ou encore se dit qu’il est trop tard…

Pour une autre, pas de violence physique, elle est juste ignorée, méprisée, dévalorisée, ouvertement trompée, mais
pense que tout vaut encore mieux que cette séparation qui lui rendrait certes sa dignité, mais lui donne l’impression qu’elle la tuerait.

Pour une autre c’est le chantage à la séparation qui la fait « rentrer dans le rang », la rend docile si par hasard
elle avait des velléités de rébellion comme une trace d’envie de vivre pour elle en quelque sorte….Qu’elle n’espère surtout pas, cette menace pèse sur sa tête comme une épée de Damoclès et en fait une esclave prête à supporter tout ce qu’on lui imposera.

Une autre se dit qu’elle n’a pas de chance…son ex était toxico, elle l’a assisté jour après jour dans la tourmente du sevrage ; peu de temps après avoir renoncé à la drogue, il l’a laissé tomber…besoin de repartir à zéro ! Et voilà qu’elle s’aperçoit que le nouvel élu de son cœur a un sérieux penchant pour le jeu, ce qui explique ses ennuis financiers récurrents, auxquels bien sûr elle pallie….mais il promet de la rembourser….. Elle veut fuir tant qu’il est encore temps, mais impossible car elle pense que sans elle, il ne s’en sortira jamais. Une sorte de non
assistance à personne en danger en quelque sorte !

Une autre encore s’est faite « larguer », sans préavis, sans explications, depuis, elle ne vit plus, obsédée par son « ex », ses souvenirs, sa vie actuelle, qui il fréquente, ce qu’il devient, le pourquoi et le comment de leur rupture….Elle déprime, incapable de passer à autre chose, de faire le deuil de cette relation, bien qu’elle reconnaisse aujourd’hui qu’elle était des plus destructrices pour elle. Peu importe ce que la raison lui dit…son émotion ne lui laisse d’autre choix que de porter éternellement le deuil d’un vivant.

D’autres enfin, se séparent, puis se remettent ensemble, c’est cyclique, on se rejette, on se retrouve, et on recommence. Ceci peut être du fait de l’un des deux qui impose ses caprices, ses sautes d’humeur, ou s’il est plus pervers en fait une stratégie de soumission, ou indifféremment des deux partenaires, chacun leur tour.

Autant de cas, qui sont loin de recouvrir toute la gamme des situations de ce type où un individu, souvent une femme, mais ce n’est pas une règle générale, se voit souffrir d’une relation qui la détruit peu à peu sans pour cela pouvoir y mettre un terme.

Il est de coutume dans de tels cas de parler de dépendance affective, de véritable toxicomanie envers l’autre, de relation anaclitique où la présence effective de l’autre comble un vide interne, nous avons abordé déjà abondamment tous ces thèmes.

Certaines personnes sont indiscutablement et visiblement dépendantes, ne savent pas rester seules, ne savent rien faire seules, et passent directement de la relation enfant/parents à la relation amoureuse qui en tient lieu de substitut. D’autres souffrent de manque affectif, de dépression, de « malchance » sentimentale….D’autres tout aussi dépendants malgré les apparences, fuient toute forme d’engagement susceptible de les mettre justement dans une position qu’ils ne sauraient assumer.

Chez d’autres rien de tout ça. On se trouve en présence de personnes apparemment indépendantes, charismatiques, socialement bien intégrées, énergiques, heureuses, particulièrement dégourdies et efficaces, n’ayant pas
particulièrement besoin d’aide, ni de problèmes avec la solitude. Leur vie sentimentale n’est peut-être pas un
conte de fées mais pas non plus un désastre, et si elles ont plus tendance à faire passer les autres avant elles-mêmes, et ont un léger penchant pour l’hyperactivité au détriment de l’introspection, c’est tout au plus une composante discrète de la personnalité qui ne les range pas d’emblée dans le rang des « co-dépendantes ». Bref des personnes « normales » voire légèrement au dessus de la moyenne. Ce sont probablement ces personnes qui ont fait dire à M.F.Hirigoyen que tout un chacun est susceptible de devenir victime d’un pervers narcissique, chose qui personnellement ne m’a jamais convaincue.

Alors je vous propose de revenir, pour étayer notre sujet, sur ces femmes « normales » victimes de la pire de toutes les dépendances (paraît-il), la dépendance à un pervers narcissique. Ces femmes qui jusque là allaient bien et se sont retrouvées sous emprise, incapables de se libérer de leur relation toxique, quels que soient les dégâts que cette relation implique sur leur santé physique et/ou mentale. Car de relation plus toxique que celle-ci, il n’y en a guère, quant à la séparation, elle est réputée parmi les plus difficiles. On a pour habitude de mettre ça sur le compte de l’emprise, et d’attribuer cette dernière à ce fameux pervers, dont on trouve aujourd’hui le portrait un peu partout, avec sa communication mensongère, sa destructivité, son machiavélisme et surtout sa
toute puissance présumée. Image qui, ceci dit au passage, ne peut que le flatter. Il est dommage que personne parmi ceux qui nous mettent en garde contre la présumée « dangerosité du pervers » n’arrive à comprendre à quel point c’est rentrer totalement dans son jeu en alimentant à la fois la peur chez les victimes, l’image survalorisée qu’il veut donner de lui (fut-elle négative) et son fantasme d’omnipotence. Ne serait-il pas plus simple de les considérer avec Racamier comme des coquilles vides, à la pensée d’une rare pauvreté, aux fantasmes absents, et qui ont certainement plus besoin de l’autre que l’autre n’a besoin d’eux. Et de dire avec ce même Racamier : « Méprisez
les, ils en crèvent ! ». Il est en effet à mon avis extrêmement dommageable qu’on entretienne dans l’esprit des « victimes » leur sentiment que les pervers sont dangereux, tout puissants, qu’ils les harcèleront sans relâche, qu’elles auront le pire mal à s’en dépêtrer, les pires difficultés à se reconstruire, entretenant ainsi les sentiments et les peurs même dont les pervers ont justement besoin pour que leurs manœuvres aboutissent. On est en train de créer un mythe : le nouveau Dracula est né, terrifiant et fascinant, diaboliquement érotique, on lui confèrerait presque des pouvoirs magiques, à lui qui n’est qu’une baudruche vide dont le seul point commun avec le célèbre Comte reste le vampirisme né du besoin de survivre à l’état de mort-vivant en se nourrissant de la vie des
autres.

Si je reviens aujourd’hui encore sur ce thème de la perversion narcissique, c’est avant tout parce que c’est un type de relation où les séparations sont réputées être si ce n’est impossible, du moins de la plus haute difficulté. Mais c’est aussi, (comme vous l’avez compris, je ne crois pas au pouvoir magique du pervers), parce que c’est le prototype exact, côté victime, de ce type de lien qui emprisonne, y compris quand il n’y a pas forcément de perversion dans le lien. Je ne crois pas au pouvoir du pervers, mais je crois à la force d’un tel lien, à son pouvoir de fascination sur l’un ou l’autre des partenaires (la plupart du temps les deux). Je poserai comme hypothèse que le pervers est autant dépendant de l’autre que l’inverse, mais a la capacité de faire porter cette dépendance à l’autre, ainsi que la capacité de tellement déshumaniser le partenaire qu’il peut réellement en cas d’urgence en changer afin qu’un autre « ustensile » vienne tenir le même rôle…comme on change un appareil d’électroménager tombé en panne ! Le besoin est le même mais le pervers a des objets interchangeables afin d’être
sûr de n’être jamais « en panne ». C’est son seul avantage et la seule chose qui lui rend la séparation plus facile, cette interchangeabilité masquant son incapacité non seulement de faire le deuil, mais même de l’envisager, la seule blessure restant l’humiliation et la rage narcissique qui en découle si c’est lui qu’on repousse. Entre ces deux personnes « dépendantes » dont un le nie et le projette, l’autre le découvre parfois avec surprise dans l’incapacité de mettre un terme à ce fléau, c’est surtout aux « motivations » inconscientes  qu’a la « victime » de rester que je voudrais me consacrer afin de voir ultérieurement à quel point ce type de « motivations » peut s’étendre à tout lien de dépendance, à toute séparation dite « impossible », et en particulier chez ceux qui ont su jusque là mener une vie « normalement indépendante ».

« La femme du pervers narcissique » est le titre d’un article de Simone Korff-Sausse paru dans la Revue Française
de Psychanalyse, vol 67, 2003/3. L’auteur se penche sur ces mécanismes complexes qui unissent ceux que nous appellerons par convention le bourreau et sa victime, un lien dont on sait que la destructivité est à la hauteur de son corollaire : l’impossibilité de se séparer (ou l’extrême difficulté en tout cas). Il semble que dans de tels cas, l’instinct de survie ne joue plus, il a même été émis l’hypothèse que le pervers était l’allié inconscient de la pulsion de mort de la victime, une alliance qui lie bien plus fort que l’amour, malheureusement…

La lecture de cet article m’a semblé particulièrement intéressante dans la mesure où c’est une étude qui sort de ce
qu’on a l’habitude de trouver un peu partout sur le sujet, à savoir qu’on s’occupe un peu moins du pervers pour se centrer sur ce qui se passe chez l’autre. C’est pourquoi je vous invite dès maintenant à suivre les observations de Kaurff-Sausse, observations effectuées sur des « victimes de PN » mais qui comme je l’ai déjà dit pourrait concerner toute « victime de séparation impossible ».

Pour l’auteur, les femmes qui viennent consulter, viennent lors d‘un moment de crise faisant suite à un long vécu commun avec leur partenaire, une crise déclenchée par une forme de prise de conscience (souvent due à un regard ou une parole extérieure) qui les amène à envisager la séparation comme unique issue de secours possible, et qui se confrontent alors à une totale impossibilité de mettre en acte cette séparation qui les libèrerait (et ceci même parfois alors que l’amour est mort depuis longtemps, voire a fait place à la haine). Je me permets de nuancer quelque peu les propos de l’auteur, dans la mesure où j’ai moi-même pu constater à de nombreuses reprises que parfois on consulte justement dans l’espoir de ne pas se séparer : il est question alors de savoir quel comportement adopter soit pour faire changer l‘autre (nous allons voir à quel point cette idée de « changer l’autre » est importante), soit de s’endurcir à supporter l’insupportable. J’exclue bien sûr de ces demandes les
couples pervers/perverse qui ne consultent que lorsqu’ils s’ennuient et désirent mettre un peu de piment dans la
tension intersubjective perverse qui leur tient lieu de lien amoureux (voir bulletin 112). Pour aujourd’hui nous
resterons dans le cas où la victime est peut être complice à son insu mais pas aussi perverse que le bourreau, voire plus !

De ce qui ressort de l’observation de ces femmes l’auteur nous dit :

- Qu’elles minimisent largement les faits, des faits qu’un auditeur extérieur a tendance à considérer comme surréalistes : une femme que l’on traite en petite poupée , dont on choisit les habits, à qui on dit quotidiennement comment elle doit s’habiller, une femme que l’on force à marcher avec une jambe cassée « parce que ce n’est pas vrai, tu n’a pas aussi mal que ça  », une femme que l’on persuade qu’elle mérite les mauvais
traitements physiques qu’elle subit régulièrement, une femme qu’on trompe ouvertement parce qu’elle « n’a jamais su y faire »…Le tout relaté par elles-mêmes sur un ton détaché, comme si on parlait de banalité, comme si on était dans tout ce qu’il y a de plus « normal ». On peut voir là certes déjà à quel point ces femmes ont perdu tout sens de leur dignité propre, mais on peut peut- être surtout voir à quel point elles ne sont que l’instrument d’un discours qui ne leur appartient pas, celui du pervers qui depuis parfois déjà longtemps leur présente comme tout à fait normal, ce qui, très loin de l’être, relève du hautement scandaleux pour la dignité humaine. La question est
alors de savoir si c’est vraiment le pervers qui a le « pouvoir » de détruire tout sens de la dignité chez l’autre
ou si cette dignité n’était pas aussi solide que ça avant la rencontre…. Il y a là une véritable « identification à
l’agresseur », celle que nous appellerons la victime a totalement renoncé à sa pensée propre, à son esprit
critique, à son ressenti propre pour adhérer totalement à l’idéologie de son agresseur. Nous sommes en face de
l’horreur « aseptisée » décrite par une patiente totalement anesthésiée. Ainsi l’auteur nous dit : «  Dominique m’évoque un soldat dont la jambe aurait été arrachée dans la bataille et qui dirait : ‘je n’ai pas mal, ce n’est pas grave ».

- Lavage de cerveau et anesthésie sont donc de la partie, une anesthésie dont elles se plaignent parfois. De fait ce dont elles se plaignent le plus souvent, c’est de leur incapacité à se défendre, s’opposer à leur agresseur, que l’agression soit franchement physique ou « simplement » morale. Ceci s’explique par le clivage qu’elles mettent en place et qui les maintient quelque part hors de la scène qu’elles vivent, à la fois réelle et irréelle, au point que parfois elles doutent de ce qu’elles ont vu, entendu ou vécu. Certes le pervers sème la confusion, jouit de brouiller la frontière entre le vrai et le faux, manie le paradoxe et la disqualification à tour de bras, tout en
projetant sa propre folie sur l’autre (c’est toujours l’autre qui est folle quand elle ose montrer un soupçon de cette autonomie insupportable pour le pervers, ne serait que l’autonomie de sa pensée en n’étant pas d’accord !), mais il y a quand même fort à parier que le terrain s’y prêtait déjà quelque peu. Ce qui fait la force de pervers, c’est justement sa maladie : son incapacité à se remettre en question. Face à quelqu’un qui ne se met jamais en doute, toute personne qui se remet normalement en question a le désavantage, une personne qui douterait un peu trop d’elle ne peut que se faire laminer.

Aux vues de ces caractéristiques, il est difficile de ne pas faire le parallèle entre ces « victimes » et des enfants victimes d’abus qu’ils soient sexuels ou narcissiques ou à minima victimes de blessure narcissique. Comme ces enfants, ces femmes se sentent coupables de ce qu’on leur fait, et tâchent d’amadouer leur agresseur en étant « plus gentilles ». Comme ces enfants elles finissent par ne plus savoir où est le bien et où est le mal et appeler la maltraitance amour, afin de ne pas perdre la protection de cet être qui leur est bizarrement devenu
indispensable alors qu’elles devraient le fuir à toutes jambes. Comme ces enfants, ce sont elles qui portent le sentiment d’humiliation et la culpabilité de l’autre, et comme ces enfants elles finissent par se cliver, se couper d’une partie d’elles-mêmes, celle qui conserve les ressentis insupportables, pour survivre. Ceci est certes au service de leur survie et parfois même de leur formidable énergie, mais aussi de cette anesthésie qui fait que l’intolérable ne les choque plus, et qu’à la limite elles vont devenir complices de l’image idéale que le pervers
veut donner de lui à l’extérieur, se faisant complice de son clivage à lui qui se veut parfait, mais à condition de se couper de tout ce qui en lui pourrait jeter une ombre au tableau. Car un autre trait qui revient régulièrement est que non seulement elles ne se révoltent pas, mais encore elles le protègent, tout comme un enfant battu dira qu’il est tombé dans l’escalier pour ne pas qu’on fasse de mal à son papa ou sa maman. De là à penser que l’histoire ne fait que se répéter et que le pervers actuel n’est que le représentant d’une image du passée, il n’y a qu’un pas, que l’auteur franchit d’ailleurs très naturellement en envisageant à la source de ces relations
toxiques qui perdurent chez la victime, trois explications :

- La répétition d’une ancienne relation de souffrance narcissique (abus sexuel ou narcissique, mais aussi carence
affective, rejet, abandon, climat incestuel, etc…)

- La relation telle qu’elle est vécue protège de quelque chose de pire comme à minima un effondrement dépressif en maintenant la lutte toujours active probablement, en empêchant de devoir renoncer et faire une fois pour toutes son deuil du passé.

- Enfin le côté « complice » impliquerait une certaine perversion narcissique de la part de la victime également,
côté qui se révèlerait essentiellement lors de la rupture si elle a lieu où c’est la victime qui, sous couvert de se défendre, utilise ce qu’on pourrait appeler avec Racamier un « mouvement pervers » qui ne signe pas tout de même
sa structure. J’ajouterai pour ma part de l’eau à ce moulin en signalant que quelquefois on peut également observer des cas de « perversions en chaîne », la « victime »  étant à son tour perverse envers une tierce personne (enfant, amant, employé, etc..).

Mais l’idée qui m’interpelle le plus reste l’idée que la future victime est « choisie » (attirée ??) par le pervers parce qu’elle donne « trop à voir ». En clair ce n’est pas la personnalité dépendante type qui cherche une branche à laquelle s’accrocher, et « colle » à l’autre avec l’énergie du désespoir. Ce n’est pas non plus l’ « abandonnique type » qui hurle sa frustration et son avidité affective à qui veut l‘entendre, persuadée qu’on ne lui donne jamais assez, qu’elle se fait toujours avoir quelque part et éclabousse de ses reproches quiconque tente de l’approcher.

Celles-ci existent aussi bien sûr et leur route peut tout à fait croiser la route d’un pervers…mais pas longtemps !

Dans le premier cas, après s’être repu de l ‘admiration inconditionnelle qui lui est portée, le pervers risque fort
de s’ennuyer ; dans le second, il risque fort de s’enfuir devant le conflit insupportable sans cesse réactivé. La « victime » ne peut être non plus une personne réellement sûre d’elle-même, avec un narcissisme sain et un respect d’elle-même suffisant pour ne pas permettre de se laisser bafouer ainsi sur le long terme. Ce n’est pas une personne qui sait que l’amour est avant tout respect de l’autre.

C’est, selon l’auteur, quelqu’un qui donne « trop à voir », à savoir quelqu’un qui en fait un peu trop, dans un certain domaine : un peu trop d’assurance, de charisme, de séduction, un peu trop de dévouement, un peu trop de gentillesse, un peu trop d’extraversion, un peu trop d’énergie…Ce « un peu trop » qui signe la compensation. Ce soldat blessé qui n’a jamais mal même quand il a une jambe arrachée, peut sembler un modèle de courage…ou un modèle de négation de soi, une coupure totale de son ressenti, l’impression que sa souffrance ne mérite pas qu’on lui
prête attention. Ce sont ces personnes qui sont prêtes à se dévouer corps et âme à l’autre dans le total désintérêt
de leur propre personne qui ne « mérite »  pas qu’on y prête cas. Donc au fond, des personnes ayant une piètre estime d’elles-mêmes, peut être due à une culpabilité sous jacente qui cherche  sans cesse à réparer un autre fantasmatiquement endommagé. Des personnes dont la « méchanceté » ou la « nullité » supposées auraient conduit au fait qu’on ne les aime pas , qu’on leur préfère un frère, une sœur, qui n’auraient pas été à la hauteur démesurée des espoirs qu’on aurait placés en elles, ou qui auraient été amenées à penser que leurs parents étaient malheureux à cause d’elles, où dont les souhaits inconscients de voir disparaître telle personne de leur entourage (un rival bien sûr) se sont vus par hasard couronnées de succès… Les histoires peuvent différer, la blessure narcissique et la culpabilité avec son besoin à la fois de punition et de réparation sont là. Toutefois, elles ne semblent pas en apparence s’en être si mal tirées…Ce sont en général des personnes indépendantes, énergiques, intelligentes, responsables, débrouillardes, sur qui on a plus tendance à se reposer que l’inverse.

Ce trop d’énergie qui attire l’envie prédatrice du pervers va de pair avec cette faille narcissique qui lui rappelle la sienne en miroir, n’oublions pas que le pervers est avant tout narcissique, dont ne cherche en l’autre souvent que son propre reflet !

Alors l’illusion que le pervers va faire naître c’est que cette ancienne relation qui a laissé une cruelle blessure va pouvoir enfin être réparée : il sera le père ou la mère enfin aimant et protecteur, ou il sera celui qui comme le parent d’hier a besoin de l’enfant pour aller mieux : la mère dépressive que l’enfant n’a jamais réussi à réanimer, le père blessé que l’enfant n’a jamais pu guérir…une sorte de nouvelle chance de réécrire l’histoire, et cette fois de lui donner un happy end. Alors bien sûr, quand les choses tournent au vinaigre, ce second échec qui
vient entériner le premier est proprement insupportable, et on se bat pour que cette fois ce soit différent. Car accepter sa défaite et passer son chemin, ce n’est pas simplement se séparer d’un partenaire actuel avec qui ça ne va pas, c’est renoncer à l’espoir qui a sous tendu toute notre vie inconsciente : réparer le passé, et c’est se mettre en face du constat douloureux que le passé ne pourra plus jamais être changé, et que l’amour qui n’a pas été donné est perdu à jamais. C’est en cela que cette lutte éperdue pour faire marcher à tout prix une relation perdue
d’avance peut être lutte contre la dépression inévitable qui suivrait le deuil pourtant salutaire du passé.

Alors le pervers est actif, séducteur, manipulateur, destructeur, certes. Disons plutôt qu’il utilise à son profit
ce qui pourrait tout aussi bien arriver sans lui. Car s’il arrive à faire rêver quelqu’un qui au départ avait renoncé à espérer que les choses puissent un jour s’arranger (être enfin aimé, reconnu par le père, le mère, etc…) , et ceci grâce à sa séduction bien spécifique qui pourrait se dire : « A partir d’aujourd’hui et grâce à moi tout tes manques seront comblés, je t’aimerai plus que quiconque, tu seras, tu es l’idéal dont j’ai toujours rêvé, etc,etc…. », qui pourrait empêcher qu’en dehors de toute séduction volontaire et manipulatrice, on ne puisse
« flasher » sur quelqu’un au nom de quelques qualités ou quelques ressemblances avec le passé et très inconsciemment se séduire tout seul en pensant que grâce à cette personne largement idéalisée, tout ses manques vont avoir une chance d’être comblés, etc, etc….et finir par revivre de son propre chef justement avec cette personne et pas une autre, une relation malheureuse, un échec douloureux pour enfin le voir se résoudre positivement ?

Qu’est ce que je revis, qu’est ce que je répare, quelle culpabilité me pousse à subir ce que je subis ? Voici les trois questions clé qui peuvent permettre de retrouver à qui on a vraiment à faire, quel personnage du passé se cache derrière les traits de cet être qui au présent nous semble devenu tellement indispensable à notre survie.

Alors, les choses se simplifient très vite : l’individu en question perd très très vite de son intérêt au point qu’on se demande comment on a fait pour l’aimer et encore pire comment on ne s’en est pas débarrassé avant. Prise de conscience salutaire, au risque de la vraie rencontre, celle que le pervers (ou le non pervers mais élu au même rang) nous a aidé à éviter, prise de conscience entièrement libératrice….au risque du deuil jusqu’ici évité, mais au profit de la liberté retrouvée !

Très bonne fin d’été à tous

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrlogie.com

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Envoyé le 27/07/2013

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