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131: Ados en souffrance

martine


Bulletin 131 . Mai 2013
Adolescence en souffrance

Les adolescents ouvrent un champ clinique difficilement réductible à celui de l’enfant tout comme à celui de l’adulte. Ce ne sont plus des enfants, même si certains aimeraient bien le rester (je ne parle pas des parents qui n’arrivent pas à supporter que leur « bébé » ait grandi, ou qui refusent de se laisser « pousser en avant » dans l’ordre des générations), mais pas encore des adultes même si leur corps lui l’est devenu. Car la réalité est là et bien là et elle vient du corps, un corps qui se transforme et acquiert de ce fait toutes les caractéristiques du corps adulte, en particulier sur le plan sexuel.

Après la phase de latence, période de relative tranquillité due au fait que les pulsions elles-mêmes l’étaient, et peut être surtout qu’il n’y avait aucun problème à être dépendant de ses parents et s’appuyer sur leur protection (tout comme sur leur interdits), ces mêmes parents dont on ne mettait en cause ni la légitimité à tenir leur rôle, ni la vérité qu’ils étaient censés transmettre, tout à coup intervient un véritable tsunami. Ce tsunami n’est pas psychologique, du moins au début, il est on ne peut plus concret, le corps se transforme et ceci se voit dans le miroir tout comme dans le regard de l’autre. Un corps qui devient étranger , qui ne correspond plus à l’image que l’adolescent en a de l’intérieur (qui est toujours celle du corps infantile) , mais un corps qui devient surtout étranger, voire menaçant , en raison de ce qui s’y passe à l’intérieur : la montée des pulsions, essentiellement de la pulsion sexuelle qui , envahissant le psychisme qu’elle risque à tout moment de déborder, sexualise tous les liens sur son passage, y compris et peut-être surtout le lien aux parents : Oedipe est de retour !
A une différence près, mais elle est de taille : si l’enfant pouvait éprouver toutes sortes de fantasmes, ces fantasmes restaient sur un plan imaginaire, sans aucune chance de se voir mis en acte. Mais maintenant que l’adolescent est arrivé à maturité sexuelle, et que souvent il dépasse en taille et en force ses parents, plus rien ne vient s’opposer à leur réalisation. Les fantasmes sexuels et parricides qui sont au fondement de l’Œdipe n’ont plus aucune barrière, si ce n’est celle, morale, de l’interdit de l’inceste qui peut les arrêter.

Bien sûr, tout ceci est inconscient, encore que…. Combien d’adultes évoquent encore en psychothérapie l’immense gêne ressentie quand leurs parents, que ce soit au nom de la soi-disant liberté sexuelle qui taxe toute pudeur de « réactionnaire », ou au nom de leur impossibilité de considérer l’homme ou la femme émergeant de leur « bébé », se livraient à des comportements de trop grande proximité (en tout bien tout honneur pour eux) comme faire intrusion dans la salle de bain, se promener nus, dormir dans le même lit, etc. Il ne faut pas chercher plus loin que dans la résurgence de ces fantasmes œdipiens la honte caricaturale que les ados ont de leurs parents (« ne te montre pas avec moi ») ou leur réticence à faire le « câlin » dont l’enfant la veille encore était demandeur. Les liens parent-enfant doivent être réaménagés pour devenir des liens homme-femme, adulte-adulte, et la résistance à ce changement n’est pas forcément unilatérale !

De ces adolescents, dont on parlait hier encore comme de l’ « âge bête » dont on espérait que le temps soit le meilleur remède, on ne voit (quand tout se passe bien) que les conduites classiques :

- opposition à une autorité devenue illégitime : l’enfant idéalisait l’adulte, et ne mettait donc pas à ce titre en cause les « vérités » émanant de lui. Devenu lui-même adulte, il constate avec une certaine amertume qu’un adulte « ce n’est donc que ça ! », déception qui peut se généraliser à tout ce qui tisse le lien social dont la légitimité ne reposait que sur la parole parentale, et qu’il découvre dans toutes ses contradictions, ses insuffisances et son hypocrisie. Alors l’ado conteste, et rêve d’un autre monde, idéal, qui pourrait lui faire retrouver ce « paradis perdu » de l’innocence infantile, quête qu’on sait vouée à l’échec !

- L’ado est mal dans sa (nouvelle) peau, d’abord parce qu’elle est la cause d’un sentiment d’étrangeté à lui-même qui fait qu’il ne maîtrise pas forcément ce nouveau schéma corporel (témoin sa maladresse), ensuite parce qu’elle le trahit : les boutons d’acné, les rougissements intempestifs sont autant de signes qui semblent révéler à tous ce grand chambardement intérieur et ces pulsions envahissantes.

- L’ado est paradoxal : soumis à des sautes d’humeur, déjà, puis oscillant de manière visible entre des conduites de dépendance infantiles et des moments où il affirme haut et fort une maturité déjà là comme par magie, alternant entre moments de « spleen » (« je suis nul, je ne vaut rien ») et des moments d’omnipotence où il se sent invulnérable.

- L’ado a besoin de tester ses limites, de faire de nouvelles expériences qui parfois affolent les parents, des expériences qui passent souvent par le sensoriel : prise de risque, flirt avec la toxicomanie, conduites de défi….il se cherche par là une nouvelle identité, teste la validité de son narcissisme, mis à mal par ce « no man’s land » entre l’enfance et le stade adulte où, plus l’un mais pas encore l’autre, il ne sait pas vraiment qui il est, mais dans lequel il se sent surtout dans un état d’extrême vulnérabilité comme ce homard qui quitte sa carapace trop étroite et doit rester nu en attendant d’en acquérir une nouvelle, que nous décrit si bien F Dolto dans « Le complexe du homard ».

Les racines de ces conduites qu’on qualifie un peu trop vite de « bêtes » se trouvent dans la tache extrêmement complexe que l’adolescent doit accomplir, qui est dictée tant par sa maturité physiologique ,que sa déception au contact de la réalité une fois les « rêves d’enfants » réduits à néant. Cette tâche se centre sur l’impérieuse nécessité de « devenir adulte » et prendre sa place dans le monde, ce qui implique aménager un autre rapport tant à soi-même, qu’aux parents, au monde extérieur, à l’autre sexe, et s’inscrire dans un projet de vie, le tout sur fond de crise identitaire. Une tâche qui est censée le mener à ce qu’il pensait encore hier être la liberté et le pouvoir illimités de l’adulte et qui se banalise par une insertion dans une société décevante, qui demande beaucoup et ne promet que de l’illusion en échange. « A quoi bon ? » se demandent-ils, avec une mélancolique lucidité… quoi de plus naturel ?

On ne peut passer trop vite sur cette crise normale qu’est l’adolescence, sans dire que c’est avant tout la période par excellence de la séparation, donc celle des deuils. Il s’agit en effet de se séparer de son enfance, de ses illusions, de la toute puissance qu’elle impliquait, même renvoyée à plus tard « quand je serai grand », admettre que ce « plus tard » renvoie à un autre « plus tard » et ceci indéfiniment jusqu’à la mort (quand tu seras grand, quand tu auras ton bac, quand tu travaillera, quand tu seras à la retraite….) et surtout de ses parents et de leur protection omnipotente, protection qui laissait penser que tant qu’on pouvait faire appel à eux, tout pourrait s’arranger, et qu’on découvre finalement dans leur limite d’être humain.

Quand tout se passe, bien, ce n’est qu’une crise, dont effectivement la meilleure thérapie est le temps, celui là même dont ils ont besoin pour élaborer leurs conflits et leurs problématiques et se restructurer avant de passer à autre chose.
Tout parent aimerait ne pas avoir à affronter ceci et certains même se félicitent de ne pas l’avoir traversé. Sans savoir qu’une crise adolescence qui ne se fait pas est avant tout une « adolescence gelée » (Goyena) , une adolescence remise à plus tard par incapacité totale d’y faire face et qui n’est pas forcément un bon présage pour l’avenir de ces jeunes gens qui semblent miraculeusement passer du statut d’enfant à celui d’adulte sans problème, et dont la vie ultérieure sera une vie en « faux self », adaptée, suradaptée même, mais vide de ne pas être nourrie par un affect trop dangereux à ressentir.
Ceci dit il y a crise …et CRISE !

Car même s’il est particulièrement difficile, en particulier à cette époque de la vie, de faire la différence entre ce qui relève de la crise « normale » et ce qui est indiscutablement pathologique, faisant même considérer à certains que l’adolescence est un état limite (au sens borderline) « normal », il est évident dans certains cas extrêmes qu’on ne peut compter sur le temps pour arranger les choses. Car si souvent il est nécessaire de dédramatiser (non, un adolescent qui fume un « joint » de temps en temps avec les copains n’est pas irrémédiablement un futur toxicomane !), il ne faut pas pour cela ignorer que l’adolescence reste un « passage à risque » : c’est l’époque de prédilection pour les décompensations schizophréniques , on connait le taux de suicides prévalant à cet âge, tout comme on y situe les débuts des anorexies qui ont parfois des issues dramatiques, de la délinquance, de la réelle toxicomanie, des ravages des comas éthyliques, overdoses et autres conduites dites « à risque » se conjuguant sur tous les registres, allant de la conduite dangereuse, aux risques sexuels , en passant par toute la catégorie des « jeux avec la mort », des conduites auto ou hétéroagressives, etc, etc….

Ce que l’on sait de tels ados, c’est que ce sont des ados qui n’y arrivent pas, qui sont en échec devant le travail de l’adolescence, et contrairement à l’image qu’ils donnent, sont, non pas des adolescents « casse-cou » ou « voyous » ou « mauvais » mais essentiellement des adolescents trop dépendants, dépendance qui empêche la séparation nécessaire au processus normal.

Selon P. Jeammet plus l’adolescent est dépendant, plus il a besoin de s’appuyer sur son entourage (sur le modèle de l’enfant).Or cette dépendance du fait du processus adolescent (tant du rapproché incestueux qu’elle implique dans les fantasmes inconscients de l’ado, que des angoisses plus archaïques de passivation qu’elle implique, que de la dépression sous jacente qu’elle implique) devient dangereuse, et doit donc être évitée à tout prix. Le passage à l’acte, tout comme un éventuel toxique, vient alors s’interposer, mettre de la distance, entre l’adolescent et le parent dont il dépend, réussissant le compromis de quand même attirer l’attention dont il a besoin, mais dans un vécu négatif qui à lui seul garantit la distance salutaire. Ainsi, il est permis d’appeler « maman » pour venir chercher un ado trop « déchiré » pour rentrer seul à la maison ! L’acte fait rupture, donc sépare, permet l’appel et si la réponse vient, elle se fera dans une désapprobation garante de la distance. Avec bien sûr en toile de fond, la provocation, l’identification projective et le fait de montrer de par son corps déchu une souffrance mentale qui se voit de ce fait démentalisée, donc non ressentie en tant que telle, tout en étant exprimée.

Ce côté théâtralisé, tout en démonstration, est souvent de la partie. Il est rare qu’un adolescent ne laisse pas de traces de ses forfaits, comme autant d’indices qu’il sème sur son chemin. On peut même parfois se demander pourquoi il « s’est fait prendre bêtement » alors qu’il aurait très bien pu cacher ce qu’il nous a amené à découvrir (à moins qu’on ne s’y intéresse pas du tout ou qu’on soit soi-même dans le plus total déni !).
Xavier Pommereau dans « Ados à fleur de peau » étudie plus spécifiquement les différents marquages corporels (piercings, tatouages, scarifications, auxquels on peut ajouter le burning , les implants sous cutanés, et autres « délices » autoagressifs) qui, à minima, (avec par exemple un piercing ou un tatouage discret) peuvent être un moyen de s’approprier son corps , un phénomène de mode, ou encore équivalent à une preuve de « courage » quasi initiatique aux yeux des autres, en particulier le « groupe d’appartenance » de l’ado dont on connait la valeur de soutien d’une identité fragile, à maxima crier aux yeux de tous, la nature d’ « écorché vif » de l’ado qui est dans une impasse identitaire totale (Jeammet).

Il est souvent souligné à juste titre, la notion de passage à l’acte prédominante chez les adolescents. Je trouve personnellement que la manière de P. Jeammet («Le passage à l’acte ») et X Pommereau (Figurabilités corporelles à l’adolescence »), deux articles disponibles sur le site « cairn info », ont d’aborder ce problème en ce qui concerne les adolescents est particulièrement intéressante. En effet, lorsqu’on parle de passage à l’acte, on l’envisage traditionnellement (hors contexte psychotique) sous sa fonction de décharge d’une tension qui ne peut être mentalisée. Ceci est particulièrement visible dans les cas de scarifications dont le scénario est assez invariable : accumulation de tension interne, nécessité impérieuse de passer à l’acte, ouverture de la peau, et aspect de « purge » du sang qui coule, évacuant ainsi tout le « mauvais » qu’il soit du niveau de la tension ou des conflits et pulsions ingérables qui la sous tendent sans que l’ado n’en soit conscient. Tous parlent du soulagement apporté à la vue du sang qui coule, accompagné parfois d’un sentiment de triomphe de type maniaque. Il y a alors restauration du narcissisme, très temporaire, ce qui sous tend le risque de transformer les scarifications en une conduite addictive, à laquelle il est nécessaire de recourir de plus en plus souvent, voire de plus en plus violemment.

Les conséquences on les connait : l’acte, résultant d’un défaut de mentalisation des conflits internes est en lui-même un obstacle à leur mentalisation, renvoyant à un cercle vicieux sans fin. On est immédiatement amené à se poser la question : évacuer quoi ? Les réponses sont contenues dans ce qui sous tend la problématique adolescente :

- Une dépression sous jacente, résultat des failles de la toute première époque de la séparation-individuation qui se rejoue ici dans la mesure où l’adolescence est une sorte de retour de toutes les étapes précédemment franchies avec plus ou moins de succès. Ici, si l’on se place d’un point de vue kleinien, il y a réactivation de la position dépressive, intervenant autour du sevrage, et de la naissance de l’individu « entier ».

- Les conflits liés à la problématique œdipienne, avec ses scénarios incestueux et parricides.

- La nécessité inhérente à cette dernière de « prendre de la distance », rôle que l’agir, tout comme la drogue peut permettre en étant une sorte d’ « objet intermédiaire » qui fait une coupure, sépare et maintient la distance salutaire, représentant alors le tiers séparateur qui a fait défaut..

- L’acte évite le sentiment dangereux de passivité en le renversant en activité, ce qui permet de reprendre la maîtrise de ce qui sans ça serait subi passivement.

- L’acte est source de jouissance narcissique qui vient se substituer à une jouissance relationnelle, en particulier sexuelle qui ne peut être abordée. A noter que je parle ici de relation entre deux êtres et non de l’acte sexuel en lui-même effectué compulsivement avec un ou une partenaire-objet et où ce qui est cherché est la sensation sans la relation. Car c’est la relation qui fait peur en tant que source d’émotion qui marque d’une part la dépendance à qui nous fait ressentir cette émotion, d’autre part risque d’ouvrir la « boite de Pandore » de toutes les souffrances et émotions passées, qui, si elles n’ont pas été suffisamment élaborées constituent une menace pour le Moi risquant d’être englouti, submergé par ce flot brutal.
Mais ce n’est pas tant sous cet angle que j’envisagerai le problème ici, mais plutôt en suivant X Pommereau , je préfèrerai poser la question : qu’est ce qui se dit ici qui ne peut se dire autrement ? C'est-à-dire en envisageant l’acte comme porteur de sens, sorte d’équivalent d’une parole qui est mise en défaut, faute de symbolisation suffisante de la part de l’ado. C’est en cela que reprenant les termes de C. Chabert, X Pommereau parle de « tentative de figurabilité » de l’acte. Tentative de parler de ce qui ne peut se dire autrement, et qui à ce titre a besoin d’un spectateur à qui montrer faute d’un interlocuteur à qui parler. C’est en cela qu’il préfère parler de « conduites » plutôt que de « passage à l’acte » ou de « troubles du comportement ». Voici ce qu’il nous en dit dans l’article précité :

« Mais les conduites d’agir révèlent une intentionnalité inconsciente où la représentation et la figuration ne sont plus synonymes. On doit distinguer, d’une part, la représentation psychique qui est un acte de pensée rendant présente à l’esprit l’image d’un objet, et qui peut être consciente ou inconsciente, et, d’autre part, la tentative de figuration que nous proposons de définir comme une « pensée en acte » qui fournit une présentation (sensible, perceptible), en l’occurrence incarnée, donnant à l’insu du sujet forme et consistance aux représentations psychiques qu’il tente ainsi d’éviter ou d’escamoter. »

Et, dans un passage précédent :
« Cet aspect est au cœur du paradoxe suicidaire : d’une part, fuir toute menace incestueuse en se défaisant du corps propre ; d’autre part, exister davantage mort que vivant en occupant à jamais la mémoire de ceux qui restent et, ce faisant, accomplir la fusion incestueuse tant redoutée (Pommereau, 2001). »

La question se pose alors de savoir pourquoi tous les
adolescents ne se heurtent pas aux mêmes difficultés ou plutôt n’ont pas besoin d’en arriver à des solutions aussi extrêmes. Il n’y a pas de réponse univoque bien sûr qui exclurait de tenir compte des ressources propres à chacun pour surmonter même le pire, et qui au passage serait une sorte de déterminisme enlevant peu ou prou tout espoir, toutefois, dans «Le passage à l’acte », Jeammet nous suggère des éléments de réponse qui semblent correspondre tout à fait à ce que l’on peut rencontrer dans de tels cas. Partant du principe sous jacent que l’adolescence n’est pas un moment « à part » dans la vie, mais une étape de la vie dépendant en grande partie de celles qui l’ont précédée, il constate tout d’abord que les ados ayant tendance à adopter de telles conduites sont ceux qui n’ont pas de suffisamment bonnes « assises narcissiques » (comprendre n’ont pas acquis une sécurité de base suffisante) pour tolérer la pression interne suffisamment longtemps pour qu’elle puisse être traitée autrement (par mentalisation), de ce fait, il y a évacuation immédiate. Quant à la relation de l’enfant-ado aux parents, voici ce qu’il nous en dit :

« Mais si la continuité d’une relation stable et sécurisante est nécessaire pour assurer le propre sentiment de sécurité et de continuité de l’enfant, l’ouverture à la différence et au tiers lui est tout aussi indispensable pour échapper à l’emprise de ses objets d’attachement et pouvoir se percevoir lui-même nourri de ceux-ci et cependant différent avec une identité propre. On connaît les liens intenses, à la fois à caractère incestuel et faits d’une séduction narcissique réciproque, qui unissent ces adolescents à problèmes et l’un ou l’autre des parents et que vient renforcer l’exclusion de l’autre parent, la figure paternelle le plus souvent. Ce lien d’agrippement à l’un des parents, la mère en général, est d’autant plus aliénant qu’il est exclusif, totalitaire, et rendu nécessaire et même contraignant car fondé sur le manque de fiabilité, l’ambivalence des sentiments et le fait que l’enfant est investi en fonction des besoins du parent d’y trouver un complément narcissique avec la difficulté et parfois l’impossibilité d’investir son enfant comme une personne différente de lui-même avec des besoins propres. Tout ce qui différencie l’enfant menace de réveiller chez ce parent ses propres vécus d’abandon et de rejet et fait ressurgir le spectre des figures ambivalentes, sinon détestées, de sa propre enfance avec le vécu de détresse et de rage qui l’accompagne. »

En cela l’adolescence nous montre son côté « révélateur » de ce qui n’allait pas bien avant, mais pouvait tout à fait rester silencieux du fait de la « normalité » de la dépendance d’un enfant à ses parents. Il est en effet « normal » qu’un enfant ait besoin de ses parents pour le soutenir, le protéger, être une référence pour lui et (peu ou prou) lui dicter ses conduites. Toutefois c’est dans cette période que se prépare sa future indépendance, qui devra passer ce stade chaotique, ce « pot au noir », comme disait Winnicott de l’adolescence. Une indépendance qui implique d’avoir déjà assez bien établi la notion de différence avant, même si on ne s’en est pas encore vraiment servi concrètement, il s’agit je le rappelle avant tout de construction psychique. Sinon, l’adolescence risque fort de nous donner à voir un colosse aux pieds d’argile, dont les comportements choquants ne sont pas une dérive par excès des conduites d’opposition normales à cet âge, conduisant à la séparation, mais bien plutôt la marque d’une impossible séparation.

Mais on ne saurait conclure sans évoquer l’adolescent comme « symptôme social », dans une société qui privilégie l’individualisme et la réussite, donc le narcissisme, sur le lien à l’autre, entretient l’illusion du « tout tout de suite », de la jouissance à tout prix, la prévalence de l’avoir sur l’être, de ce qui se voit sur la valeur interne, de la performance sur la qualité, de l’excitation sur l’introspection, et a pour slogan la nécessité de « repousser les limites » toujours plus loin…

C’est sur ces réflexions que je vous donne rendez vous au mois prochain,

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 26/07/2013

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