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127 : Du traumatisme jamais advenu

martine

Bulletin 127 Janvier 2013
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Du traumatisme jamais advenu…..
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En 1991 paraît aux éditions PUF « Agonie, clivage, symbolisation », écrit par René Roussillon, psychanalyste et enseignant en psychologie clinique à l’université de Lyon…. entre autres ! Parmi ses travaux, ceux qui vont retenir notre attention aujourd’hui, et dont l’ouvrage précité pose les bases, sont ceux sur les pathologies narcissiques-identitaires et leur prise en charge. L’abord de ces pathologies postule selon l’auteur une origine dans l’échec des processus de symbolisation et par la même d’intégration subjective d’une expérience traumatique précoce qui est dès lors vécue comme « n’ayant pas existée » dans la mesure où le sujet n’a pu se l’approprier, bien que sa présence hante le sujet tout au long de sa vie.

Les pathologies narcissiques identitaires, aussi appelées « cas limites » ou plus pudiquement « cas difficiles » se caractérisent par des mécanismes de défense archaïques : déni, clivage, identification projective, idéalisation primitive, dépendance, recours au passage à l’acte, entre autres. Ayant déjà largement traité ces cas dans de précédents bulletins (dont je vous rappelle que vous pouvez tous les retrouver sur le site http://www.adps-sophrologie.com, rubrique archives), je ne m’étendrai pas plus avant sur ce sujet. Si ce n’est pour préciser que jusqu’ici l’approche en était principalement descriptive et en situait l’étiologie dans la relation précoce de l’enfant à son environnement, un environnement défaillant qui n’avait pas permis au processus de séparation-individuation de se faire de manière satisfaisante, laissant un sujet mal structuré, en quête perpétuelle d’un objet pourvoyeur sur lequel s’appuyer pour survivre, objet dont le manque s’avérait très vite insupportable. Dépendance et problèmes d’angoisse de séparation en découlent directement, de même que la labilité émotionnelle, le manque de tolérance à la frustration, et l’emploi de mécanismes de défense archaïques parlent de l’immaturité d’un moi mal différencié de l’autre.

L’approche de R Roussillon ne dément pas ce tableau, mais oeuvre une voie peut être pas encore suffisamment explorée vers la manière dont il est possible d’appréhender ces cas pour leur permettre de pallier à cette défaillance fondamentale au cœur même de leur être, ce « non advenu d’eux-mêmes », ce trou dans le psychisme qui n’a de cesse de vouloir se combler alors même que le sujet n’est pas conscient de sa présence. Plutôt que de considérer les symptômes comme le résultat d’un état de fait, il suffit de les considérer comme un langage, une manière de dire ce qui ne peut se dire autrement, par la parole, faute d’avoir été mentalisé au préalable.

Mais qu’est ce qu’il y a donc de « difficile » dans ces cas ?
Pour répondre à cette question, il faut au préalable revenir sur la notion de traumatisme. La conception classique que nous a laissée Freud est celle d’un évènement réel ou fantasmatique vécu dans un premier temps, puis, en raison le plus souvent des désirs inacceptables qui y sont associés, renvoyé dans l’inconscient (refoulé) dont il ressort sous forme de symptômes par exemple. On sait aussi que cette situation conflictuelle refoulée peut se déplacer par transfert sur une situation présentant un lien d’analogie avec la première et se « revivre » ainsi au présent, en toute inconscience. Cette situation actuelle est donc le déclencheur et le siège d’un certain nombre de symptômes qui ne sont que des compromis entre désir (passé) et défense contre le retour à la conscience de ce désir.

Schématiquement, le traitement est alors simple : il suffit de permettre l’accès à la conscience du refoulé pour voir le symptôme disparaitre, bref passer de la « réminiscence » ou action inconsciente d’un souvenir refoulé à la remémoration (du souvenir et de l’émotion qui l’accompagne simultanément).

Or, force est de constater que ce cas de figure, devenu aujourd’hui presque « idéal » ne semble pas forcément marcher pour tous le monde, loin de là ! En tout cas pas pour les « cas difficiles » sur lesquels c’est largement penché l’auteur. Ceux là souffrent bien d’un traumatisme, mais d’un traumatisme qui n’est jamais advenu ! Une formule paradoxale qui signifie simplement que le traumatisme a bel et bien eu lieu mais dans de telles circonstances que le sujet pour y survivre a du se couper de lui-même, de son propre vécu, donc de sa subjectivité, ce qui a eu pour résultat de faire que ce trauma non « psychisé », non intégré par le sujet comme faisant partie de lui-même, est ressenti comme s’il n’existait pas, comme s’il n’était jamais arrivé. Le sujet se voit par là même coupé (clivé) d’une partie de lui-même qu’il ne ressent pas comme lui appartenant. Si l’inconscient reste chez tout un chacun le « grand étranger » en soi, là on touche à l’étrangeté de soi à soi, d’une partie de soi manquante, d’un trou dans l’histoire de sa constitution propre. On est loin de quelques faits écartés parce que trop douloureux ou gênants, en quelque sorte « mis de côté ». Dans ce dernier cas, c’est comme si le sujet disait : « Oui, ceci m’appartient, mais je ne veux pas le savoir ». Chez les cas qui nous intéressent ceci ne leur appartient pas, à la place réside un « trou » dans l’histoire, dans la symbolisation, dans la constitution même de leur être.
Il va de soi que les mêmes techniques curatives ne peuvent s’appliquer : là où il s’agissait de re-trouver quelque chose, ici il s’agit de trouver quelque chose qui se comporte comme si elle n’avait jamais été trouvée, jamais été vécue.

Malheureusement, cette part de soi qui n’est pas soi ne laisse pas vraiment notre sujet en paix, bien au contraire ! Tout d’abord parce que le sujet s’est construit autour de cette béance, de ce « négatif » de soi, dont il ne cesse de redouter malgré tout le retour. Un retour contre lequel il a pu se prémunir par des aménagements défensifs tels que : gel de l’affect, clivages, somatisation, délire, perversion, violence, destructivité, masochisme… autant de « solutions » sensées garantir le non retour de ce non advenu impensé, impensable, mais menaçant encore au travers du temps l’intégrité même du sujet .En clair, il n’a aucune idée de ce que c’est mais il est (inconsciemment) sûr d’en mourir s’il le rencontre !

Au centre de ces pathologies narcissiques identitaires, R Roussillon place cette incapacité à se ressentir soi-même autrement que construit autour d’une béance, un vide qui terrifie et aspire à la fois.

C’est là où le lien avec Winnicott (entre autres) se fait dans la mesure où le traumatisme déclencheur d’une telle construction est une expérience de « terreur agonistique » non vécue, non symbolisée mais qui n’en demeure pas moins au centre de tout le fonctionnement psychique du sujet qui n’a de cesse de s’en défendre. Winnicott parle lui d’ « agonies primitives », Bion de « terreur sans nom », autant de termes pour désigner une expérience de mort psychique qui menace d’anéantissement le sujet qui pour survivre doit se couper de sa propre subjectivité : devoir mourir à soi-même pour survivre est bien là le paradoxe fondamental de tels états.

Pour R. Roussillon, l’ « expérience agonistique » a pour caractéristiques d’être :

- Sans représentation
- Sans issue dans la mesure non seulement elle ne peut trouver d’issue favorable, mais elle ne peut même pas trouver une issue dans la représentation même de l’expérience.
- Sans fin, soit parce que elle a été vécue à une époque où la perception du temps n’était pas suffisamment acquise, soit elle a duré tellement longtemps sans espoir d’y voir mettre un terme qu’elle a conduit le sujet à la vivre ainsi.
En tant que telle, elle menace de faire éclater les limites de l’individu, aboutir à sa totale désorganisation.
Dans une ultime réaction de survie, le sujet s’est alors coupé de lui-même, de son expérience vitale, et est devenu un sujet « clivé », non pas clivé au sens où il a séparé deux expériences incompatibles impossibles à conflictualiser, mais clivé dans son essence même entre une partie de lui représentable, et une qui ne l’est pas.

Malheureusement, on l’a vu, cette partie non représentée est loin d’être silencieuse, dans la mesure où elle va organiser la vie du sujet, qu’elle soit interne ou relationnelle.
Comment se manifeste-t-elle ?

- Essentiellement en suivant le principe de base que ce qui n’est pas symbolisé est agi (dans le sens « passage à l’acte ») et soumis à la contrainte de répétition. Le sujet va donc éternellement remettre en scène le trauma initial dans des scénarii répétitifs qui jamais ne prennent sens pour lui autrement que parfois sous la forme de la contrainte à agir.

- Par retournement : décrit essentiellement par l’auteur en ce qui concerne le cadre analytique, le transfert par retournement consiste à faire vivre à l’analyste ce qui en soi ne peut s’éprouver, une situation qui dépasse de très loin le cadre analytique pour envahir tout le cadre relationnel du sujet qui va ainsi agir de telle sorte que l’autre ressente à sa place ce qui est en lui, mais ne peut s’y inscrire.

- Par évitement : là c’est essentiellement le côté protecteur qui est mis en avant : le sujet va se fermer à toute expérience relationnelle essentiellement bien sûr affective qui le menacerait d’avoir à faire face à nouveau à la situation initiale : ne plus aimer, ne plus jamais avoir besoin de personne…sont autant d’attitudes de repli défensif dans un bunker où l’on se veut hors d’atteinte du retour du clivé.

- Par érotisation : Une érotisation perverse s’entend. Il s’agit là de connoter en plaisir ce qui est à l’origine horreur : masochisme, fétichisme…

- Par le délire : qui serait alors à décrypter comme une tentative de représentation dans le présent de ce qui n’a pu l’être jadis.

- Par le passage par le corps sous forme de troubles psychosomatiques : c’est alors le corps qui se sacrifie pour assumer le travail de liaison que la psyché n’a pu faire.

Nous avons vu l’agonie, le clivage, maintenant quelques mots sur la symbolisation ou plutôt la non symbolisation qui est au cœur même de la difficulté :
Il serait tout aussi fastidieux qu’irréalisable dans le cadre de cet article de faire le tour d’un domaine aussi vaste et des différentes approches qui se sont complétées et succédées de Freud à nos jours. Je me contenterai donc de schématiser à l’extrême en disant qu’à l’origine, ce que l’on peut appeler la « matière première » psychique n’a pas de sens, n’est pas « digestible » pour le psychisme en l’état, voire peut se montrer toxique. Cette matière première est constituée d’un amalgame informe d’expériences somatiques, polysensorielles, indifférenciées, sans limites moi/l’autre, extérieur/intérieur, mélangeant sujet et pulsion, ce qui vient du dehors et ce qui vient du dedans. Seul un processus progressif conduira de ce magma informe à une matière « raffinée » qui pourra alors être représentée, puis au final mise en mots. On passe là par trois étapes, une première purement sensorielle et perceptive, puis une symbolisation « primaire » donnant accès à la représentation de la « chose » qui a affectée le sujet, et enfin la symbolisation secondaire donnant accès à la « représentation de mots » .S’il y a échec à un certain niveau de ce processus, certains contenus resteront « coincés »sous forme de « matière première » à l’état brut, non transformée, non représentée et non représentable car ne pouvant être reprise dans un second temps sur le plan du langage d’où sa propension à la décharge brutale.

Or, il y a une nécessité psychique incontournable : celle de s’auto-représenter. C’est cette fonction réflexive qui va permettre d’accéder à l’appropriation subjective de ses propres productions. Un raté dans ce processus est générateur de souffrance psychique, ce qui amène à dire qu’on souffre plus de la non représentation du traumatisme que du traumatisme lui-même. De plus cette représentation des différences expériences vécues internes et externes permet leur différenciation, et par là même ouvre la voie à la naissance du sujet lui-même, tout en lui donnant la capacité d’autorégulation et d’organisation psychique.

Mais surtout que cette appropriation subjective n’est pas directe mais doit passer par l’environnement : pour se penser, il faut au préalable avoir été pensé par un autre.
Le rôle facilitateur de l’environnement premier dans le devenir du futur sujet a été largement théorisé :

- Fonction de pare-excitation qui vise à faire en sorte que les excitations en question restent en dessous d’un seuil tolérable pour le psychisme de l’enfant

- La « mère suffisamment bonne » (Winnicott) qui va permettre le « trouvé créé » en plaçant l’objet là où il est attendu, concept auquel s’ajoute le « détruit trouvé » pour signifier que l’objet réel ne peut être trouvé qu’en survivant à la destruction (je vous renvoie pour ceci à l’article de novembre sur Winnicott).

- La capacité de rêverie de la mère (Bion) qui va détoxifier justement les éléments psychiques non métabolisables que lui envoie son nourrisson pour lui retourner sous une forme assimilable semant là le germe de la construction de son futur « appareil à penser ».

- L’accordage affectif (Stern)

- Le rôle de miroir de la mère qui renvoie au bébé ses affects en leur donnant un sens..

Autant de concepts qui soulignent à quel point l’environnement est de la plus haute importance dans la constitution d’un narcissisme suffisamment solide garant de la future capacité à accéder à la symbolisation de manière satisfaisante. Son rôle est tout aussi important pour que l’enfant s’approprie lui-même ses propres éprouvés accueillis et signifiés dans un premier temps par l’objet maternel.

Roussillon rajoute un point essentiel : ce lien primaire doit être le lieu d’un « partage de plaisir » suffisant pour que le principe de plaisir s’instaure, permette au bébé d’investir avec plaisir sa propre capacité de représentation, et éviter le piège de la contrainte de répétition.

Cette même contrainte de répétition mise à jour par Freud à propos des névroses traumatiques, qui se situe « au-delà du principe de plaisir », donc sous l’égide de la pulsion de mort et oblige le sujet à revivre éternellement le scénario du traumatisme pour y trouver une issue plus favorable, en retrouver enfin la maîtrise. Une issue qui serait ici de retrouver enfin la possibilité de symboliser, donc de s’approprier le vécu traumatique. Mais les différents symptômes, passages à l’acte et autres manifestations observables seraient aussi à décrypter en eux-mêmes comme des tentatives de symbolisation, de communication préverbale de cet indicible qui hante le sujet et est en attente de symbolisation comme un fantôme ne vous laissera en repos que lorsqu’il aura obtenu sa sépulture.

Nous sommes donc en présence d’une masse d’affects bruts, qui se manifestent sous forme de tension « sans nom », d’ordre quasi physiologique dès que le présent propose une situation présentant un lien d’analogie avec le trauma initial. On peut dès lors considérer que l’immaturité du psychisme et sa faible capacité à mentaliser tout autant qu’à supporter la frustration le pousse à une forme de décharge elle-même brutale dans un but d’évacuation « mécanique » de la tension insupportable…ou bien penser que cette décharge n’est pas aussi insensée qu’elle en a l’air, et doit être plutôt entendue comme tentative de communication afin de faire ce qui n’a pas été fait, intégrer ce qui ne l’a pas été, et pour cela solliciter un environnement plus compétent pour entendre l’appel qui a été dans un premier temps « lettre morte ».

Une fois de plus l’environnement joue un rôle crucial, et on comprend d’emblée le potentiel thérapeutique que cela comporte. Suffirait-il alors d’être le « bon environnement » la « bonne mère » pour créer une atmosphère suffisamment propice au redéploiement des capacités du sujet, entre autres celle de subjectiver ? On retrouve là toute l’approche psychothérapeutique de Winnicott …

Toutefois il semblerait que s’ il y a effectivement appel à l’aide de l’entourage, sur un mode certes très régressif, on ait surtout affaire à un « mix » de répétition, fait d’appel à la subjectivation, mais aussi d’angoisse et de défense contre ce revécu, qui se répètent aussi à l’identique, ce qui donne un des tableaux clinique les plus complexes dans lesquels il est parfois très difficile d’entendre l’appel sous jacent .
Je vous propose pour illustrer ceci de faire un point sur quelques uns des symptômes « classiques » de la pathologie :

-La relation à l’objet : Elle porte les traces de cet environnement premier, oscillant entre appel à cet environnement et défense contre la menace qu’il constitue pour le sujet. En effet, elle ne semble laisser au sujet que deux options : se soumettre ou se demettre.Ce qui veut dire que soit on à affaire à un objet (voire un monde)dangereux auquel il ne faut surtout pas se fier, un objet sur lequel on ne peut pas compter, toujours susceptible de rejet, de défaillance ou de trahison, ce qui implique des angoisses paranoïdes ou un repli schizoïde protecteur face à lui, soit on à affaire à un objet passionnel, idéalisé, addictif, mais ceci dans la mesure où on lui dénie toute altérité. Cet objet là ne devra être qu’un double gémellaire, un « identique dans l’autre » dont aucun écart dans le sens de son individualité propre ne sera supporté, sous peine de renvoyer à ces angoisses archaïques, déstructurantes pour le sujet, d’où les réactions parfois violentes que l’on rencontre dans de tels cas. Il faut comprendre qu’alors l’objet, forcément idéalisé comme le bon environnement idyllique est devenu le garant de la continuité d’être du sujet. En clair soit le sujet se coupe du lien, soit il est sous la menace de l’envahissement d’un objet omnipotent qui possède le pouvoir de vie et mort sur lui. On comprend mieux alors la problématique de la distance impossible entre un trop près étouffant, angoissant, et un trop loin insupportable qui caractérise ces pathologies. L’incapacité d’être sujet autonome, maître de son propre psychisme en présence de l’autre pousse à ces extrêmes entre blocus impénétrable à tout empiètement et reddition totale de son territoire.
Une solution intermédiaire passe par la désobjectalisation : l’autre devient supportable s’il perd son caractère de dangerosité, donc s’il perd son caractère d’altérité. S’il se soumet au rôle dont le sujet a besoin, c'est-à-dire d’être à la fois le double narcissique (le jumeau) et de jouer le rôle de contenant normalement dévolu à l’environnement primaire. Un objet qui susciterait trop d’attraction, trop d’excitation ou de désir se verrait immédiatement provocateur d’un mouvement de terreur, de repli et de gel des affects. Un des moyens de conjurer cette dangerosité , outre le repli complet, est de faire de l’objet un objet d’emprise , entièrement maîtrisable, vidé de sa substance pour ne devenir que le réceptacle des projections du sujet qui le modèlera ainsi selon ses désirs, puissant ou misérable selon ses besoins, sans l’ombre d’une considération pour son existence en tant qu’être humain, de ses besoins et ses ressentis propres. Une sorte de « vache à lait »…ou de mère nourricière dont il est tout attendu sans rien donner en retour. Ceci correspond au fantasme de recréer ce qui n’a jamais eu lieu : un environnement fusionnel, qui permettre l’omnipotence, qui soit en adéquation totale avec soi, et ne laisse demeurer aucun écart entre le désir su sujet et la réponse en « trouvé-créé ». L’inadéquation de l’objet renvoyant forcément à la rage narcissique, si incompréhensible autrement.
Mais ceci explique mal qu’un réel environnement favorable au présent, un environnement qui aurait peut être une chance de faire enfin vivre au sujet des conditions telles qu’elles puissent être « thérapeutiques » est fui comme la peste. Pire qu’on lui préfère un environnement délibérément toxique. Ceci peut être du au fait que le « bon pour soi » n’a jamais été expérimenté, il est devenu inconnu, donc menaçant. Vont alors se déployer à l’encontre du bon environnement actuel et tous les espoirs qu’il porte pour le sujet, les mêmes mécanismes de défense utilisés jadis, qui vont lutter contre ce nouveau « danger » potentiellement traumatique.

La difficulté à mentaliser, élaborer, représenter, la haine du « penser » parfois même, voire du désirer et la fuite concomitante dans le concret, le matériel, voire l’opératoire, peut s’analyser dans ce même ordre idée. Penser, associer, percevoir peuvent ramener la perception de l’expérience traumatisante, tout comme désirer peut ramener l’insupportable déception. Si le « plaisir partagé » peut donner envie d’investir l’appareil perceptif et le monde, l’inverse existe aussi et conduit au désinvestissement de soi et d’un monde vu comme unique source de déplaisir. La pensée n’est pas seulement victime d’une carence (le fameux défaut de mentalisation), elle est aussi attaquée en tant que dangereuse menace. Tout comme le changement est redouté comme la pire chose au monde dans la mesure où il implique de se confronter à nouveau au traumatisme (passage indispensable pour se l’approprier enfin).

L’identification projective quant à elle, consiste à faire vivre à l’autre ce qui n’est pas perçu en soi. A un premier niveau il s’agit de manœuvres visant à susciter chez l’autre des émotions qui ne lui appartiennent pas forcément, en tout cas qui ne se seraient pas manifestées sans ces manœuvres. Il s’agit de fait d’une véritable annexion du psychisme de l’autre auparavant dénié dans son altérité et sa subjectivité. Harold Searles nous a particulièrement bien décrit ce transfert d’une partie de soi déniée chez l’autre et les ressentis contre transfériels suscités à cette occasion.

Là encore, les deux approches restent possibles : est-ce pure évacuation mécanique d’une surcharge d’affects insupportables pour le psychisme ou est-ce une tentative de communication préverbale de ce qui est en soi mais ne peut se transmettre autrement ?

Si on se penche sur les principales caractéristiques du ressenti du « récepteur », en dehors de l’émotion spécifique suscitée, on y trouve :

- La sidération : avec blocage des capacités mentales de représentation, liaison, association, capacité de penser, de ressentir, et même d’agir.

- L’intrusion, l’impression d’être vampirisé.
- Un sentiment d’étrangeté par rapport à son propre vécu et ses propres réactions.
- L’impuissance.
- Le sentiment d’être manipulé, attaqué dans sa subjectivité, ses assises narcissiques, son essence même, une sorte de vidage de sa substance, avec assez rapidement des sentiments d’inutilité, de dépréciation, un vécu dépressif.
- Une réaction défensive employant préférentiellement l’agir brut plutôt que l’élaboration : on a alors souvent un passage à l’acte rétorsif à moins qu’on ne soit coincé dans une relation fusionnelle telle qu’on n’ait d’autre choix que de se soumettre à cette annexion et agir dans le sens que l’autre « impose ».
- L’autre reflexe est la protection qui consiste le plus souvent à se « couper » du vécu actuel pour se replier dans une sorte de bulle autistique et assister en spectateur à ce qui se joue à la fois avec et sans nous
- Une tension indicible, parfois une angoisse déclenchée par la simple présence de l’autre, même s’il ne fait rien de particulier sans qu’on ne puisse l’attribuer à une cause logique et même s’il ne fait rien de spécial. Le soulagement quand il s’en va, l’impression de se « retrouver ».

De fait de tels agirs sont souvent le produit d’une avidité prédatrice qui vise à s’emparer de ce que l’autre a et que le sujet ne se sent pas avoir et dont il se sent spolié par l’autre. Ce sentiment de devoir prendre ou détruire chez l’autre ce qui lui a été « volé » agit conjointement avec celui de détruire toute trace de la dangereuse altérité de l’autre. Le pendant de ce trait est un sentiment perpétuel de honte (parfois vite reprojeté) du à la perception de son inadéquation à la situation par rapport à un autre qui possède des facultés « supérieures » et de ce fait se voit en général idéalisé.

Difficile de ne pas faire le rapprochement et de penser que qui sait décrypter ce langage tient là la voie royale de connaissance de l’histoire du sujet. A réserver toutefois aux professionnels avertis, le jeu est dangereux !

La mise en échec trouve aussi son explication : si l’environnement reste activement sollicité pour son rôle de récepteur et modulateur de ce magma en attente de symbolisation, il ne faut pas oublier que l’environnement premier a été défaillant, n’a pas répondu à cette attente. Les agirs prédateurs, manipulateurs, agressifs font naître dans l’environnement présent des réactions de rejet conformes à la compulsion de répétition. Au-delà beaucoup de comportements vont dans le sens du revécu de ce premier « lâchage ».

Il va de soi que dans un tel contexte la thérapie ne peut que passer par un « autre- bon environnement » qui crée les conditions suffisamment adaptées pour que l’histoire puisse se rejouer et cette fois s’intégrer au sujet. C’est le symptôme qui a valeur de communication, d’où l’intérêt de ne pas se centrer sur lui pour le faire taire, bouchant ainsi la seule voie de communication possible de cet «impensé » en quête de reconnaissance.

Avant de vous quitter et vous donner rendez vous au mois prochain, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2013 !!!
Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com




Envoyé le 28/01/2013

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