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125 : "Un bébé ça n'existe pas"

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Bulletin 125 Novembre 2012
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« Un bébé ça n’existe pas »
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Le titre de ce bulletin est une citation de D.W.Winnicott.

Donald Wood Winnicott était à l'origine un pédiatre, qui exerça à partir de 1923 pendant quarante ans comme chef de service de l’hôpital d’enfants « Paddington Green » à Londres. A cette époque, et selon ses propres dires, il a beaucoup de mal à considérer le bébé comme un être humain. Il n’y parviendra qu’au bout de cinq années d’analyse personnelle, analyse démarrée la même année que sa nomination à Paddington Green et qui durera 15 ans. Devenu pédopsychiatre, psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique Britannique, il exercera en tant que tel et ne cessera d’enrichir sa pratique en puisant à la fois aux deux sources : l’observation directe des enfants et l’enfance reconstruite au cours des psychanalyses d’adulte, en particulier les "cas limites". Ainsi nous dit-il : «  En étendant le travail de Freud au traitement des cas psychotiques limites, il nous est possible de reconstruire la dynamique de la petite enfance et de la dépendance infantile, et des soins maternels qui répondent à cette dépendance. »

Pour lui, le « cas limite » est un « type de cas où le noyau du trouble est de nature psychotique mais où le patient a une organisation psychonévrotique suffisante pour pouvoir toujours présenter une perturbation psychonévrotique ou psychosomatique quand l’angoisse psychotique centrale menace d’éclater sous une forme brutale ».

En effet, à cette époque l’analyse issue des théories freudiennes est presque exclusivement centrée sur le complexe d’Œdipe, soit la relation de l’enfant de 4/5 ans avec ses parents. Winnicott découvre alors que de nombreux cas ne « collent » pas avec ce schéma dans la mesure où on relève chez eux les traces de difficultés rencontrées bien avant l’Œdipe, au cours de la toute première enfance. Dans le cas particulier des patients limites, que l’on a l’ habitude de considérer comme névrosés (donc supposés avoir une problématique œdipienne centrale) dans la mesure où ils ne manifestent pas de troubles résolument psychotiques, l’analyse se passe bien mais.... ne se termine jamais ou se termine par la création d’un faux self analytique (le patient devient superficiellement comme son analyste le souhaite ou le voit sans qu’il n’y ait de changement profond, faute d’avoir traité le problème réel).

Winnicott va donc reconstruire cette dynamique de la petite enfance et même en élaborer une théorie fondamentalement novatrice que je vous propose de découvrir ici.

1) « Un bébé ça n’existe pas » :

Si j’ai choisi d’intituler ainsi ce bulletin c’est qu’on est au fondement même de la pensée de Winnicott, la base sur laquelle tout le reste va s’appuyer. Il faut comprendre par là qu’un bébé ça n’existe pas tout seul, on ne peut dissocier le bébé de son environnement, en particulier la mère qui lui donne les soins. En effet s’il existe dès le départ dans l’enfant toutes les potentialités d’un développement harmonieux qui le conduira de la totale dépendance infantile à la relative indépendance adulte, ces potentialités ont besoin pour se développer d’un environnement "suffisamment bon" et adapté aux besoins du bébé. D’où le concept de « mère suffisamment bonne » (et surtout pas trop !), celle qui saura donner les soins adéquats pour permettre aux potentialités évolutives innées de l’enfant de s’exprimer.
Si le bébé est tellement dépendant et indissociable de son environnement, ceci est du au fait que l’enfant ne perçoit pas sa mère comme un être séparé de lui, mais bien comme faisant partie de lui, de ce fait la manière dont elle se comporte est partie intégrante de lui-même : le comportement extérieur est vécu de l’intérieur. Nous n’avons donc plus un individu isolé, le bébé, en relation avec un autre individu, la mère qui s’occupe de lui, mais (perçu par le bébé) une forme d’amalgame de deux personnes en une. C’est dire l’impact profond que va avoir le comportement de la mère, et même son monde interne à elle et sa manière d’entrer en relation avec son enfant sur le sentiment même d’existence de ce dernier.
Cette absence de sentiment d’existence séparée de l’autre-environnement se double du sentiment de ne pas constituer une entité « groupée » ayant un sentiment global de soi contenu dans une limite qui sépare l'intérieur de l'extérieur, et une continuité d’existence dans le temps. C’est au cours des soins maternels s’ils sont suffisamment adaptés que ce sentiment va naître selon un certain nombre d’étapes à franchir.

Le premier rôle de la mère sera donc un rôle de contenance. Ce sentiment d’existence, d’unité de sa propre personne s’établira progressivement au cours du temps grâce aux expériences régulièrement répétées d’un vécu unifié que le bébé ressentira lors des soins maternels, grâce au contact de la mère qui le « rassemble » par sa manière de le tenir, ses gestes, mais aussi son regard, ses paroles, etc. En l’absence d’un tel environnement contenant le bébé se verra renvoyé à des angoisses qualifiées d’ « «agonistiques » tant elles sont intenses. Ce sont des angoisses d’annihilation, d’anéantissement, le sentiment de tomber à jamais, véritable sentiment d’agonie, contre le retour duquel l’individu devra se prémunir toute sa vie au moyen de défenses parfois extrêmement pathologiques.

Citons pour mémoire quelques aspects de cette fonction contenante :

- Le « holding » ou portage, c'est-à-dire la manière dont la mère porte (soutient) le bébé. C’est une fonction de contenance, de rassemblement des parties du soi, d’unification des différentes parties de lui-même qu’il ne peut seul considérer comme formant une unité. Cette manière d’être porté doit donner une impression de sécurité, sans pour cela être étouffante ou contraignante, le bébé ne doit pas ressentir qu’on risque de le laisser tomber, en clair que le monde risque de s’effondrer sous ses pieds.

- Le « Handling » ou maintenance qui est une fonction « personnalisante ». L’adéquation des soins aux besoins du bébé, leur cohérence, la manière plus ou moins harmonieuse dont le bébé est manipulé, le respect de sa personne qui en émane, va donner l’impression d’être une personne, de posséder une individualité, plutôt que d’être une sorte de « sac de patate » qu’on manipule sans égards.

- L’ « Object presenting » ou présentation de l’objet : on présente à l’enfant l’environnement petit à petit à partir des éléments qui le constituent. Ce qui revient à lui faire intégrer progressivement de plus en plus d’objets du monde réel. Ces objets ne doivent pas être présentés de manière aléatoire, mais justement au moment même où le bébé en a besoin.

2) Une illusion indispensable : le « trouvé créé » :

Si le sein (au sens élargi du terme, pour Winnicott le sein ne représente pas seulement la fonction nourricière mais tous les aspects du maternage) est placé par la mère au moment exact où l’enfant en a besoin, celui-ci va vivre l’illusion d’avoir lui-même créé le sein en question. C’est magiquement qu’il a pu faire apparaître le sein au moment où il en avait besoin, ceci est à la source de l’omnipotence infantile. Bien sûr il est impossible en pratique de présenter le sein au moment exact où nait le besoin, toutefois, du moins au début, il est indispensable que l’écart ne soit pas trop grand afin de permettre l’illusion, de même qu’il est indispensable que ce soit ce dont l’enfant a besoin qui lui soit présenté et non autre chose. Cette adéquation idéale ou presque entre mère et enfant est rendue possible par un état bien particulier que la mère traverse à ce moment là appelé « préoccupation maternelle primaire ». Winnicott nous décrit cet état comme une sorte de « maladie normale », « un repli, une dissociation, presque un état schizoïde ». La mère est en empathie totale avec son enfant ce qui lui permet de comprendre instinctivement ce dont il a besoin et quand il en a besoin, de savoir instinctivement s’il pleure parce qu’il a faim, parce qu’il a mal, parce qu’il a besoin d’être changé ou autre.

Winnicott nous décrit également le visage de la mère comme premier miroir de l’enfant, et ce bien avant le « stade du miroir » de Lacan. Il suffit de regarder un enfant pendant la tétée pour voir avec quelle intensité le bébé s’accroche au regard de sa mère ; ce qu’il voit dans ce miroir n’est pas la mère mais lui-même,sa propre image telle qu'elle la lui renvoie.Pour décrire ce contact de fascination mutuelle entre mère et enfant, yeux dans les yeux, je citerai S. Lebovici : « Le visage maternel est le lieu unique où peuvent s’intégrer en un même espace des états affectifs différents, dissociés les uns des autres. L’observation de la dyade mère-nourrisson montre les changements qui affectent les visages de chacun en fonction des modifications survenant chez l’autre. Il se produit une sorte de modulation permanente du visage de la mère en fonction de ce qu’elle perçoit chez le bébé de telle sorte qu’elle tend à lui communiquer ce qu’elle a perçu de son état affectif »

Bien sûr les sentiments et l’état de la mère quand elle regarde son bébé sont de la plus haute importance dans l’image qu’elle renvoie : il se peut que le bébé ne voit rien se refléter dans ce regard, en cas de dépression de la mère par exemple, et je vous renvoie au bulletin sur « La mère morte » pour en constater les effets. De même on peut constater chez les mères instables aux humeurs imprévisibles, avec quelle anxiété le bébé scrute le visage de la mère pour tenter d’y déceler « le temps qu’il va faire », on appelle d’ailleurs ces enfants des « bébés météo ».

Pour Winnicott les carences maternelles entraînent une hypersensibilité de la part du bébé aux perturbations diverses en provenance de l’extérieur. Ces perturbations vont alors créer une rupture dans son sentiment de continuité d’existence, le renvoyant aux angoisses agonistiques déjà citées.

Cette illusion est indispensable dans un premier temps, mais n’est pas faite pour durer. L’enfant d’un côté va intégrer de mieux en mieux la continuité et la persistance de son être, la mère va sortir de la « préoccupation maternelle primaire » et réinvestir sa vie de femme : l’adéquation va devenir progressivement de moins en moins parfaite. Progressivement est le maître mot, il va sans dire qu’une désillusion brutale équivaudrait à un effondrement de l’environnement contenant et du bébé par la même occasion. C’est le temps de la désillusion, toute aussi importante que l’illusion qui l’a précédée car c’est elle qui va permettre le contact à la réalité et en particulier la réalité de la mère qui va être découverte en temps que personne réelle et non plus fantasmatiquement comme une partie de soi.

Ce contact à la réalité provoque chez l’enfant une réaction violente, faite de rage impuissante et destructrice. De fait il a l’impression d’avoir détruit sa propre capacité à se satisfaire (omnipotence). La réponse de la mère à cette rage est de la plus haute importance : elle doit y survivre, ce qui se manifeste dans un comportement toujours égal envers son enfant : sans répression, ni abdication, ni dépression. Elle reste elle-même, ne se laisse pas détruire par les attaques fantasmatiques de son enfant, ne réagit pas par la répression à ses expressions de colère mais ne s’y soumet pas non plus. Cette expérience est fondamentale dans la découverte de la réalité et de l’altérité de l’autre. Ce que l’enfant a détruit est l’autre-fantasmatique, illusoire, mais si cet autre continue d’exister dans la réalité, indépendamment de son fantasme, il peut être découvert comme réel et indépendant de lui. Il va alors pouvoir découvrir que sa capacité de satisfaction n’est pas détruite, mais simplement qu’elle ne dépend pas de lui, mais de cet autre qui vient d’être découvert. L’objet, confondu avec le sentiment de pouvoir s’auto- satisfaire est bel et bien détruit, mais en revanche l’objet réel lui a survécu. L’objet ayant ainsi survécu à sa destruction se place alors dans la réalité extérieure et à partir de là pourra être utilisé. C’est ce que R. Roussillon appelle par analogie le « détruit-trouvé ».

Winnicott donne ici un aspect positif à la destructivité, dans la mesure où c’est elle qui va ouvrir sur la réalité : l’objet ne devient réel que parce que l’objet fantasmatique a été détruit. Et seul un objet réel peut être utilisé, c'est-à-dire qu’il va alors y avoir accès à une réalité partagée dans laquelle le sujet peut puiser des apports en provenance de l’autre. Winnicott fait bien la différence entre utiliser et exploiter d’une part, mais aussi entre utiliser et « être en relation avec ». On peut en effet être en relation avec un objet qui n’est qu’un faisceau de nos propres projections, cet objet n’est alors pas connu dans sa réalité et ne peut être utilisé. L’objet est alors en général protégé de l’agressivité du sujet mais reste irréel, idéalisé, et rendu de ce fait tellement parfait qu’il est impossible à atteindre.

Découvrir la mère comme objet réel permet l’accès à ce que Winnicott appelle la « sollicitude » (et M Klein « culpabilité »). Quand cette phase de sollicitude est atteinte, l’amour jusqu’alors « sans pitié » (ruthless love) qui n’était qu’amour prédateur se transforme. L’objet est pris en compte, on s’inquiète pour lui, on fait preuve de sollicitude à son égard. C’est ce qui permettra la reconnaissance et le respect de l’autre, stade que malheureusement tout le monde ne semble pas avoir atteint !

3) Vrai self/faux self :

Lorsque la mère accepte le geste spontané de l’enfant et lui donne un sens, elle confirme son « vrai self » (son vrai soi). Mais il arrive que la mère ne réponde pas au geste(ou au besoin) spontané de l’enfant pire y substitue le sien. Dans un tel contexte, l’enfant ne peut que se soumettre et s’adapter à la pathologie de l’environnement. Il va alors créer un « faux self », de nature défensive et qui a pour objectif de protéger le vrai en créant un personnage qui s’adapte (mais en surface) aux exigences de l’autre : il fait siens les besoins de son environnement au détriment des siens propres. Dans les cas extrêmes il se peut même que le faux self se substitue au vrai, l’étouffe, étouffant en même temps toute spontanéité, toute créativité, et même tout sentiment d’existence, laissant subsister un sentiment de vide là où devrait être le sentiment de vie, ce que l’on retrouve chez ces personnalités suradaptées, faisant toujours passer les besoins des autres avant les leurs et calquant leurs comportements sur ce qu’on attend d’eux, tels de vrais caméléons.

4) L’objet transitionnel :

On le connait bien : c’est ce morceau de chiffon, ou le fameux « doudou » auquel l’enfant à un moment donné semble s’attacher de manière quasi toxicomaniaque. A la fois câliné et malmené, l’enfant en fait sa possession et ne peut s’en détacher. L’apparition de cet objet est le signe que l’enfant vient d’entrer dans une expérience qui dépasse de loin l’objet transitionnel : se déploie en effet pour lui l’ « espace transitionnel », « aire intermédiaire » entre le réel et l’imaginaire, la réalité extérieure et la réalité intérieure, le dedans et le dehors tout comme l’objet transitionnel est (pour l’enfant) à la fois externe et interne. Concomitant avec la phase de désillusion et d’abandon de la toute puissance infantile pour aller au contact de la réalité, les « phénomènes transitionnels » sont une sorte d’intermédiaire entre les deux. A la fois réalité interne et externe et ni l’un ni l’autre, c’est une « zone neutre » de passage entre fusion et séparation, narcissisme et relation d’objet. Avec l’apparition de cet espace transitionnel, l’enfant fait l’expérience du jeu, de même qu’il accède à la symbolisation (l’objet est le symbole de l’union du bébé et de la mère). L’ objet transitionnel sera spontanément désinvesti avec le temps alors que les phénomènes transitionnels de même que l’espace personnel qui les accueille va s’élargir à tout le domaine qui concerne la créativité, la culture, les arts, l’imaginaire, etc.…A l’issue d’une transitionnalité bien vécue, l’enfant saura que la vie vaut la peine d’être vécue sur un mode créatif.

5) La capacité d’être seul (en présence de l’autre) :

C’est une expérience qui se passe lorsque la mère ne s’occupe pas de l’enfant mais reste physiquement présente et psychiquement disponible en cas de besoin. L’enfant peut alors avoir lui-même sa propre activité (par exemple jouer) à côté d’elle en se sentant seul sans que cette solitude soit une menace pour sa survie. Cette expérience lui apprend la confiance en l’existence ininterrompue de l’autre même quand il ne s’occupe pas de lui, intérioriser ce sentiment et ultérieurement pouvoir se passer de la présence effective de l’autre sans se sentir menacé de le voir disparaître à jamais. C’est une preuve de maturité affective, l’enfant a intériorisé la mère et n’a donc plus de ce fait besoin de solliciter sa présence à tout bout de champs.

6) Winnicott et les états limites : « la crainte de l’effondrement »

Nous avons vu plus haut la définition. Ces états se caractérisent par une souffrance narcissique-identitaire caractérisée par la mise en place de défenses contre le retour des expériences agonistiques telles que nous les avons précédemment décrites.Ce sont les défenses (clivage, déni, identification projective...) qui créent la pathologie et non le retour des traumatismes en tant que tels.

L’identité en tant que conception psychique de soi par soi n’est pas donnée à priori, il va falloir se l’approprier. Cette appropriation est le fruit d’un processus qui va se dérouler tout au long de la vie et dont nous avons très succinctement tracé quelques étapes, sachant que pour Winnicott cette appropriation est indissociable du lien à un environnement « suffisamment bon ». Les états limites se caractérisent par des « ratés » au niveau de ce processus de subjectivation (devenir sujet) et de symbolisation.

Dans son article « La crainte de l’effondrement », Winicott amène une compréhension nouvelle sur ce point. Partant d’un symptôme tel que la crainte perpétuelle de s’effondrer ressentie par certains patients, il va en arriver à postuler que l’effondrement tant redouté a en fait déjà eu lieu dans le passé. Ce qui est projeté dans le futur est de fait déjà arrivé à l’individu il y a fort longtemps. Il est bien sûr question de cette expérience agonistique dont nous avons déjà parlé.

Dans l’analyse classique des névrosés, nous avons affaire au refoulement : ceci veut dire que l’expérience traumatique a été vécue, et surtout représentée, elle a été consciente avant que d’être renvoyée dans l’inconscient. Or les expériences agonistiques beaucoup plus précoces n’ont pu être représentées à l’époque par un moi beaucoup plus immature qu’elles auraient menacé de destruction. Elles n’ont donc pas été refoulées, mais clivées, séparées du psychisme dans lequel elles n’ont pas pris place, en clair elles n’ont pas été éprouvées par le sujet au moment où elles se sont produites. Le clivage n’a donc pas lieu ici comme séparation entre deux représentations incompatibles qui ne doivent en aucun cas entrer en conflit mais entre une partie du moi, connue, représentée, bâtie sur une histoire intégrée qui le constitue et le structure et une autre partie du moi, étrangère et impossible à représenter.

Le problème c’est que cette partie clivée ne se comporte pas très différemment du refoulé qui n’a de cesse de faire retour dans différents symptômes. Mais ce qu’elle demande elle, c’est à être reconnue, s’intégrer à l’histoire globale du sujet qui n’a lui pas l’ombre d’une idée qu’il puisse contenir un tel « corps étranger » qui ne se relie pour lui à rien de logique ou de familier.

Cette expérience peut se projeter dans l’avenir, c’est alors la crainte de l’effondrement, de la mort, de la catastrophe à venir toujours imminente, catastrophe projetée dans le futur alors qu’elle appartient de fait à un lointain passé. Mais ces représentations non représentées ont aussi toutes les chances de se voir soumises à la contrainte de répétition, en laquelle Winnicott voir un espoir : celui de pouvoir enfin s’approprier cette expérience dans des conditions favorables telles qu’un accompagnement thérapeutique. Sinon, leur caractère non symbolisé les contraindra à être mises en acte, somatisées ou encore constituer tout le cortège de troubles de la destructivité que l’on peut constater dans la clinique borderline.

Pour Winnicott le cadre analytique représente le lieu où la symbolisation en souffrance peut advenir, en raison du lien étroit qui se lie dans le transfert analogue au lien mère-nourrisson. C’est alors à l’analyste de jouer le rôle de la « mère suffisamment bonne ». C’est dans ce cadre là que l’effondrement initial devra s’éprouver. L’analyste devra être averti que le patient fera éprouver cet effondrement à l’analyste tout comme l’enfant projette sur sa mère ses angoisses insoutenables afin qu’elle les détoxifie et les lui renvoie sous une forme assimilable pour lui (Bion). C’est ce qu'on appelle « transfert par retournement ». Ce qui n’a pas été symbolisé et donc n’est pas ressenti par le patient devra faire le détour par l’analyste à qui par certains agir il tentera de le faire éprouver à sa place. A l’analyste-mère de survivre à la destruction pour permettre enfin au développement de reprendre son cours!

Winnicott aura été anticonventionnel jusqu’au bout. Dans ses idées qu’il a obstinément refusé de faire entrer dans le cadre préétabli par l’analyse classique, pensant que si la théorie ne collait pas à la pratique, c’était à la théorie de s’adapter, pensée hautement révolutionnaire dans le milieu analytique de l’époque. Dans sa pratique et les aménagements importants qu’il a fait subir au cadre analytique pour le rendre conforme au lieu essentiellement « maternel » qu’il voulait. La liberté accordée au patient en régression, son implication personnelle bien loin de la traditionnelle « neutralité » mais au plus près de la « bienveillance » en témoignent. Ce qui ne l’empêche pas de faire la quasi unanimité auprès des différents courants analytiques. Bien sûr tout le monde ne s’appelle pas Winnicott et son audace pourrait s’avérer dangereuse si elle n’était pas réellement maîtrisée, mais il n’en demeure pas moins que lorsqu’on parle d’analyse avec les patients borderline, c’est, des années après, d’aménagement du cadre dont il est question !

En vous souhaitant un excellent mois de novembre, je vous dis à très bientôt,
Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com





Envoyé le 28/01/2013

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