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124 : le couple heureux : de l'addiction passionelle à l'amour de l'autre

martine

Bulletin 124 Octobre 2012
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Le couple heureux : De l’addiction passionnelle à l’amour de l’autre.
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Former un couple qui dure semble être à notre époque dite de consommation, un véritable défi, témoin de cela (entre autres) les chiffres sur les taux de divorce, sachant que ces chiffres ne couvrent que les couples officiellement mariés. S’il semble indiscutable que l’ingrédient principal du couple est l’amour entre les deux partenaires, il va être nécessaire pour comprendre cette « crise du couple » de définir justement ce qu’est l’amour. Pour cela je vous propose tout d’abord de faire un petit tour des différents visages qu’il a pris au cours des siècles en m’appuyant pour cela sur l’ouvrage de D .de Rougemont « L’amour et l’Occident ».

On commence à parler d’amour dans la littérature à partir du XVII° siècle. Il est alors question d’ « amour courtois » dont le prototype est l’histoire de Tristan et Iseult. C’est un amour passionnel et malheureux, sa fin est tragique. Plus généralement le modèle de l’amour courtois est celui d’un chevalier pour sa dame, dame généralement de haut rang, soit mariée, soit en passe de l’être …avec un autre bien sûr !C’est donc un amour contrarié qui connaît deux issues : soit le chevalier se fait « chevalier servant » et se met au service de sa dame, dans une relation platonique, soit il y a transgression, inévitablement suivie d’une punition et donc d’une fin malheureuse. Dans cette veine, on trouvera toutes les tragédies classiques de type « Roméo et Juliette », « Le Cid », etc….ou encore, traitées sur un autre ton les comédies de Molière.

C’est avec Mme de Scudéry que va apparaître l’ « amour galant ». Là l’amour se fait raffiné, précieux, élégant, mais la fameuse « carte du tendre » reste le témoin des difficultés et des impasses que les amoureux auront à surmonter, l’amour n’est donc toujours pas une histoire simple.

Au XVIII° siècle apparaît l’ « amour libertin » tel que représenté dans « Les liaisons dangereuses » de Laclos. On ne voit guère en quoi d’ailleurs il peut être question d’amour dans ces jeux de stratégies guerrières, de pouvoir, de manipulation, de trahison, et il faut bien dire… de perversion.

Au XIX ° siècle, l’amour prend le visage du romantisme, du rêve, de l’idéalisation. Teinté de nostalgie pour ne pas dire de dépression, il reste essentiellement amour passion et amour déception.

Au XX° siècle, les mœurs subissent un changement radical, se libéralisent, dans les années 60, c’est la fameuse « libération sexuelle », l’émancipation des femmes, la dé-diabolisation de l’homosexualité, l’union libre, la désacralisation du mariage, etc... Si jusqu’ici l’amour n’avait pu s’épanouir en raison des contraintes morales et sociales, il semblerait que ce problème soit désormais résolu et que plus rien ne s’oppose à l’épanouissement de l’individu et de ses pulsions. Or, que constatons-nous ? Que les mariages ne sont plus arrangés, imposés par les parents, mais basés sur le sentiment amoureux, et qu’ils ne s’en soldent pas moins par des échecs cuisants. Que la libération sexuelle a certes un intérêt évident pour l’épanouissement des individus, mais aussi une méchante tendance à dériver sur une recherche de sensations et d’expériences aux détriments d’une vraie rencontre de l’autre, ou une attitude « consommatrice » pour ne pas dire prédatrice, dans la mesure où l’autre devient objet dont on jouit , objet interchangeable, déshumanisé avec lequel on entretient tout sauf ce qui s’appelle une relation, fût-elle sexuelle, témoin de ceci la pornographie ou l’utilisation faite par certains des sites de rencontre comme d’un catalogue de la Redoute (choix de la couleur, de l’apparence, de la texture photo à l’appui…échange garanti si l’article ne convient pas, le tout garanti par l’illusion que dans le nombre d’articles proposés, il y aura certainement celui qui nous apportera totale satisfaction !). Le sexe est libéré, l’individualisme et l’épanouissement sont prônés, mais la plupart des infidélités se soldent par une séparation, la jalousie est loin d’avoir disparue, la dépendance amoureuse est un motif récurrent de consultation, de même que les séparations malheureuses ou impossibles, les difficultés sexuelles (dont maintenant on ose parler)…bref les plaintes ressemblent étrangement à celles qu’auraient pu exprimer nos ancêtres moins « libres » que nous s’ils avaient eu des psychologues à leur disposition. Sauf que maintenant ceux (nombreux) qui sont nostalgiques de l’Amour avec un grand A, qu’ils situent à l’époque où tendresse, respect de l’autre, fidélité, etc…étaient encore des valeurs communément acceptées se sentent presque obligés de s’excuser d’être quelque peu « vieux jeu ».

Bref, il semblerait que les conseillers conjugaux aient de beaux jours devant eux, de même que les avocats ou les livres de recettes quasi-culinaires qui nous déclinent les ingrédients du couple heureux !

En bref, si la morale et la société ont souvent été longtemps présentées comme l’Obstacle à l’amour, il semblerait que ce dernier se heurte aujourd’hui à sa propre limite, et que celle-ci se situe dans l’individu lui-même. Faut-il alors penser avec Aragon qu’ « il n’y a pas d’amour heureux » ? Ou que le couple de par les habitudes et la sécurité qu’il crée, tue l’amour ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.

Si l’on se réfère à l’analyse qu’en fait Yvon Dallaire, la construction d’un couple se fait en 5 étapes :

- La passion en est généralement l’étape inaugurale, elle découle du fameux « coup de foudre » et débouche sur la non moins fameuse « lune de miel », phase que l’on peut qualifier d’illusoire dans la mesure où l’autre n’est pas reconnu dans la vérité de ce qu’il est mais idéalisé dans le rôle de celui ou celle qui viendra combler tous nos manques. Outre l’intensité de ses éprouvés, cette phase se caractérise donc par un écart significatif entre ce que nous croyons que l’autre est et ce qu’il est réellement. Nous y reviendrons plus en détail dans la suite de cet article. Pour l’instant nous nous contenterons de dire que cette illusion, sorte de « folie normale », n’est pas faite pour durer. Elle sera logiquement suivie d’une phase de retour à la réalité, où l’autre apparaîtra tel qu’il est et non tel qu’on l’a fantasmé, ce qui est inévitablement une source de désillusion que tous ne supportent pas. C’est un premier écueil qui conduit certaines personnes à rechercher immédiatement ailleurs une autre personne susceptible de par sa nouveauté de faire renaître l’illusion, et surtout l’intensité des sensations éprouvées à la faveur de cette illusion. Ne nous y trompons pas, c’est bien dans la quête de cet idéal illusoire, et surtout des sensations tout aussi illusoires qu’il procure que se trouve la source de certaines conduites qui pourraient passer pour un amour effréné des femmes (ou des hommes), voire du sexe lui-même. Mais si cette prise de conscience de l’autre réel est supportée, elle entraînera une seconde étape :

- La lutte pour le pouvoir : les masques sont tombés, l’autre n’est plus celui qui magiquement va combler toutes nos attentes. C’est la friction des narcissismes. Les petites manies de chacun, les traits de caractère qui hier nous paraissaient « attendrissants », voire étaient totalement ignorés, commencent à nous agacer. C’est l’étape où chacun se repositionne et s’affirme dans son désir et sa vision du couple qui n’est pas forcément celle de l’autre. Cette étape est une étape cruciale pour l’avenir du couple dans la mesure où, ( toujours selon Y Dallaire) :

¤ Plus de la moitié des couples potentiels se séparera, la plupart du temps pour recommencer ailleurs…la même chose et retomber sur le même écueil !
¤ 30% se résigneront et formeront alors un couple bancal, déséquilibré, allant de conflit en conflit, ou au contraire évitant le conflit et cherchant ailleurs des compensations (travail, infidélité, etc..)à ce qui n’est plus trouvé dans le couple .
¤ 20% seulement passeront cette étape de manière satisfaisante et pourront accéder à l’étape suivante :

- Le partage de pouvoir : C’est l’étape où l’autre est accepté dans sa différence, on cesse de lui faire porter la responsabilité de notre déception par rapport à nos attentes illusoires (« Tu as changé, tu n’es plus comme avant ! »), on n’espère plus le voir changer pour devenir tel qu’on souhaiterait qu’il soit ,on accepte ce qu’il est réellement et on décide de construire ensemble un projet commun, ce qui débouche sur :

- L’engagement dont on peut dire qu’il est réellement le fondateur du couple. Un engagement fait d’amour réciproque de l’autre réel, un amour qui pour certains peut paraître fade dans la mesure où l’intensité passionnelle fait place à un sentiment plus apaisé et plus stable, garant de la pérennité des couples heureux et que l’on pourrait qualifier d’amour adulte.

- La dernière étape est celle de l’ouverture sur l’autre, le monde en général, qui fait un couple ouvert à la différence de l’enfermement passionnel.

A cette étape de notre réflexion, il devient indispensable de bien redéfinir ce qu’on entend par les mots « couple », « passion », « amour », « désir », et surtout ce qu’ils signifient sur le plan des éprouvés tout autant que de situer leur source dans le psychisme conscient et inconscient.

On ne peut parler du couple sans faire référence au premier couple de notre vie, couple fondamentalement incestueux (ou plutôt incestuel), celui que nous avons très précocement formé avec le premier amour de notre vie, notre mère et qui reste le prototype de la passion amoureuse.

La passion plaît beaucoup aux romanciers comme aux cinéastes, en raison de son caractère intense et dramatique, mais elle n’aurait jamais acquis ses lettres de noblesse si elle n’avait pas eu surtout le don de faire vibrer le public. Pourquoi cette fascination pour les drames passionnels, pourquoi nous identifions nous si facilement aux héros aux destins souvent tragiques, sachant que l’étymologie du mot « passion » est le nom latin « passio » synonyme de souffrance ? Justement parce que nous sommes tous concernés par le drame passionnel, tout autant que par l’exaltation que la passion traîne dans son sillage, parce que nous l’avons tous vécus un jour dans la mesure où c’est l’histoire du premier couple que nous avons formé.

Au risque de paraître peu romantique, il est nécessaire de dire que la passion amoureuse n’existerait pas si nous n’étions pas nés dans un état d’immaturité psychique qui nous empêchait de faire la distinction entre notre propre corps et le corps maternel. Car la symbiose réelle qui existe in utéro se prolonge à la naissance par une symbiose psychologique où mère et enfant sont ressentis par l’enfant comme ne faisant qu’un. Et dans cette symbiose se trouvent d’ores et déjà tous les ingrédients de la passion :

- Les sentiments d’exaltation, de plénitude, de complétude absolue : l’autre est tout pour soi et on est tout pour l’autre, l’autre imaginairement va combler tous nos besoins. Il y a dans cette relation quelque chose d’extatique, sorte d’ivresse de la non séparation, d’extase mystique (qui trouve d’ailleurs elle aussi sa source dans cette première phase de la vie).

- Il y a le sentiment d’omnipotence magique, qui fait croire plus tard que l’amour sera vainqueur de tous les obstacles.

- Il y a le plaisir sensuel, de nature érotique dans le corps à corps, expérience dont le prototype est la tétée.

- Mais il y a aussi le sentiment cruellement ressenti du manque mutilant, un manque physiquement ressenti comme destructeur.

- Il y a cet univers incestuel (normal lorsqu’il ne se prolonge pas au-delà du temps qui lui est imparti), univers à deux qui exclut l’autre, le tiers séparateur, le reste du monde et dans lequel les deux protagonistes restent fascinés dans une contemplation réciproque. Dans les yeux de sa mère vue comme un idéal magnifié, l’enfant cherche au fond sa propre image, son image idéale, la base de la formation de son futur Idéal du Moi. C’est cette projection de son propre Idéal du Moi sur l’autre qui le fait briller de mille feux, alors même que l’exaltation du sujet qui projette est à son comble dans la mesure où il rejoint enfin cet Idéal que d’ordinaire jamais il n’atteint, sorte de dépassement de soi dans la démesure qui permet au sujet de ne pas sombrer dans la dépression alors même qu’il se vide littéralement de son narcissisme au profit de l’autre. Car l’aimant se baigne dans la lumière dont il a lui-même illuminé son objet d’amour. Certains même délèguent à leur partenaire le rôle d’incarner cet idéal et d’être réellement ce qu’eux-mêmes ne parviendront jamais à être.

- Mais il y a aussi l’inévitable déception amoureuse, quand la réalité reprend ses droits et qu’à la faveur de sa maturation psychologique, l’autre jusqu’ici indifférencié de soi est appréhendé en tant qu’autre différent de soi. C’est la fin de l’illusion et son cortège se sentiments d’abandon, d’impuissance, de dépendance, de haine ambivalente, de culpabilité, de dépression, de dévalorisation de soi, etc… dès lors que l’autre vient à manquer ou nous manifeste l’écart qui nous sépare, l’écart irréductible entre deux individualités distinctes. C’est le traumatisme de cette séparation, prototype de tous les deuils à venir, que la passion amoureuse est sensée annuler en permettant de retourner grâce à l’autre à ce sentiment illusoire de complétude fusionnelle. Toute passion amoureuse est donc désir de retourner à cet état primaire de non différenciation, ce Paradis perdu dont nous avons tous gardé la nostalgie, et tout vécu positif ou négatif de sentiments de cet ordre en dit long sur notre première histoire amoureuse, même si nous l’avons oubliée depuis longtemps.

- De ce fait vous l’aurez compris la passion est surtout une affaire narcissique dans la mesure où elle a pour but d’annihiler la différence entre soi et l’autre, de régresser à un stade où cette différence n’existait pas encore.

- Mais c’est aussi une histoire œdipienne quand elle parle de rivalité, d’exclusion, de mise à l’écart, quand l’objet doit se partager, donc ne plus être tout pour soi. Avec là aussi des sentiments d’exclusion, d’abandon, de haine meurtrière envers le rival œdipien écrasant qui nous signifie qu’on n’a pas notre place dans le couple parental. La passion amoureuse et son sentiment annule aussi ces traumatismes œdipiens, dans la mesure où l’autre aimé est enfin à nouveau tout pour nous (et surtout nous tout pour lui). Pour Janine Chasseguet-Smirgel l’infidélité compulsionnelle aurait même pour but d’inverser la situation œdipienne jadis vécue par le sujet.

Quoiqu’il en soit la passion est vécue sur un mode toxicomaniaque : tout se centre autour de l’objet de la passion à qui on ne prête que des qualités , la peur du manque est bien là elle aussi (incertitude quant à l’avenir), et enfin « last but non least » on y retrouve la dépendance à l’objet d’amour dont tout signe d’amour nous exalte alors que tout signe d’écart, vu comme un retrait d’amour nous détruit, nous renvoie à un vide dépressif insupportable. L’agressivité envers l’objet passionnel est exclue dans la mesure où la dépendance affective qui nous habite alors nous renvoie à la relation de l’enfant à sa mère dont il a un besoin vital d’amour et de protection. Dans un tel contexte, l’agressivité devient culpabilisante dans la mesure où elle fait encourir le risque que l’autre nous retire cet amour et cette protection. Vous l’aurez compris, entre passion et dépendance normales qui accompagnent cette première étape amoureuse, et pathologie avérée de la dépendance affective, il n’y a de différence que le la durée : normale dans les premiers temps d’une relation, la passion a pour destin de se tarir ou de se transformer en un amour plus mature où l’autre est reconnu en tant que tel, non se transformer en un mode de relation « adhésive » alors même que souvent l’amour des premiers temps a disparu et que l’autre est devenu source de souffrance. L’idéalisation des premiers temps a souvent disparu elle aussi, même si certains préfèrent l’entretenir par déni d’une réalité trop difficile à supporter. La pathologie de la passion réside de ce fait non pas dans l’intensité de ses sentiments, mais bien dans sa recherche éperdue, son impossibilité à se transformer en amour, sa déception à répétition, l’impossibilité de vivre autre chose vu comme fade et dérisoire, voire insupportable, et l’impossibilité de se débarrasser d’un lien devenu (et parfois même reconnu comme) destructeur, comme s’il était interdit ou dangereux de quitter la symbiose maternelle.

Quant à la désillusion nécessaire, si elle est partie intégrante du processus normal, force est pourtant de constater que les « défauts » auxquels on ne s’attendait pas, ceux dont on dit qu’on ne les aurait jamais imaginés chez l’autre, semblent bizarrement correspondre à ce que nous ne supportons pas, ce que nous avons toujours fui ou attaqué chez les autres. Car l’aveuglement passionnel des premiers temps de la relation semble aussi permettre de ne pas voir qu’inconsciemment nous cherchons souvent à revivre grâce à cet autre aimé, nos anciens traumas. La répétition est souvent de la partie, et cet autre idéalisé se trouve souvent au détour de la désidéalisation être justement celui ou celle qui va réveiller en nous nos failles inconscientes, issues de nos anciens traumatismes. Dans ce cas, ce qui nous attache à l’autre, parfois de façon extrêmement forte, réside bien plus dans ses «  défauts » que dans ses qualités. Nous sommes bien sûr là encore dans le domaine du couple dysfonctionnel.

Mais parlons maintenant un peu de l’amour. Si la passion est essentiellement narcissique, l’amour ne peut exister sans la prise en considération de l’autre en tant que personne entière, à la fois bonne et mauvaise, et surtout personne séparée de soi, autonome. On passe dans l’amour de l’autre et non plus dans l’amour d’un double idéalisé. Et même si on reste de fait dans un subtil mélange des deux, il s’agit essentiellement d’admettre qu’aucun autre réel ne sera le complément idéal qui nous assurera la complétude absolue. Il ne peut s’agir que de complémentarité, une complémentarité qui restera relative et nous laissera une part de solitude que tout un chacun doit pouvoir assumer. Le rêve de ne faire qu’un avec l’autre, est définitivement un rêve, et le complément idéal qui nous permettra de revivre cet état de fusion initial n’existe pas, nul ne peut être le complément idéal, celui qui comblera toutes nos failles. A noter qu’il n’a de toute façon jamais existé dans la réalité, c’est ce que le nourrisson en percevait qui a créé l’illusion, et non le fait que la mère était un être indifférencié. Bien sûr le « deuil originel » et ses aléas sont au premier plan dans les raisons de ne pouvoir renoncer à cette illusion, tout autant que de ne pouvoir accorder à l’autre un espace, une individualité qui lui soit propre. C’est pourtant dans cet espace irréductible entre deux êtres que peut naître le désir qui comme on le sait ne peut se fonder que sur le manque. Y Dallaire en parle très bien dans ce qu’il appelle « le paradoxe de la passion » : le désir de fusion amène à ne plus faire qu’un avec l’autre, de ce fait l’autre assimilé à soi disparaît en tant qu’objet de désir.

Difficile alors de donner une définition de l’amour, sauf peut être à définir ce qu’il n’est pas :

- Il n’est pas fusion, pas plus qu’il n’est dévoration ou assimilation de l’autre, dans la mesure où il respecte la différence de l’autre et les individualités, de ce fait il ouvre sur la différence, l’écart, voire parfois le conflit.

- Il n’est pas besoin mais désir, l’autre n’est ni bouée de sauvetage, ni partie de soi sans laquelle on ne saurait survivre. Ceci ouvre sur la solitude fondamentale de tout un chacun et ses capacités à la surmonter. Il nécessite donc d’être entier, ce qui ne signifie pas vivre non plus dans une autosuffisance illusoire, très souvent essentiellement protectrice. L’autre devient alors un plus, un enrichissement, et non plus une menace, dans la mesure où l’on est aussi capable d’admettre que cet autre peut être amené à manquer, voire à disparaître sans que l’on s’en retrouve mutilé.

- Il est désir de vivre ensemble sur la base d’un projet commun qui s’inscrit dans la durée, il est une association, une complémentarité, un désir, un attachement réciproque qui, de ce fait impliquent automatiquement le respect de l’individualité et du narcissisme de chacun. Il faut admettre pour cela que l’autre sera toujours insaisissable et qu’aimer réellement « c’est donner ce que l’on n’a pas  à quelqu’un qui n’en veut pas» (Lacan), donner ce désir et ce manque à être qu’il est illusoire de chercher à maîtriser en soi comme en l’autre dans lequel intuitivement on le reconnaît. Vous l’aurez compris l’amour est une affaire d’adulte, non un fantasme infantile, y compris quand c’est justement ce fantasme qui lui a donné jour. Mais de cette durée espérée, de même que de l’engagement de fidélité qui normalement accompagne le véritable amour, il faut savoir admettre que nul n’est garant, que les « toujours » sont illusoires, car rien n’est moins assuré que la maîtrise de son propre désir, encore moins celui de l’autre. Certains pervers (narcissiques) le savent bien, eux qui en amour commencent par créer l’espoir fallacieux qu’ils seront tout pour l’autre et que l’autre sera tout pour eux (créant ainsi la dépendance) puis creusent l’écart (infidélité et menace d’abandon étant les atouts gagnants) pour mieux assujettir l’autre à leur désir prédateur.

A l’issue de ce bulletin, peut-être serez vous amenés à penser que je parle peu de sexe, qui pourtant fait partie des « ingrédients » principaux du couple épanoui. Il est bien sûr en filigrane tout au long de cet exposé, mais si je ne lui ai pas fait une place à part, c’est parce que ses apparences sont trompeuses. L’acte est « techniquement » le même, de même que les paroles qui l’accompagnent alors que les fantasmes, les motivations inconscientes, le sens donné à l’acte et sa finalité peuvent être totalement différents. J’ai brièvement évoqué en début de ce bulletin les « séducteurs (ou séductrices) compulsifs » qui vont d’aventure en aventure souvent sous couvert d'"être libérés", ou de besoins sexuels qui seraient supérieurs à la moyenne, ou difficilement maîtrisables, alors qu’en fait ils ne sont qu’en recherche de complétude fusionnelle, et totalement incapables de passer l’étape de la désillusion, encore moins celle de l’engagement. J’ai évoqué le « sexe consommation » ou le partenaire, en général interchangeable, n’est vu qu’en tant qu’objet qui déclenche la jouissance recherchée pour elle-même grâce à l’autre et non avec l’autre. J’aurais pu parler du sexe pervers qui est recherche de pouvoir et négation de l’autre en tant qu’individu. On sait par ailleurs que le sexe peut s’acheter. On sait moins que le sexe peut se mettre au service d’une relation régressive de type dépendance affective où l’intensité des sensations éprouvées n’est déclenchée que par l’illusion de retrouver la fusion originaire, à moins qu’avec le temps la « relation » sexuelle ne devienne que le signe extérieur visible de l’amour de l’autre, de sa possession ou de l’emprise qu’on a sur lui…ou encore un moyen de le garder. De même qu’on sait que la plupart des dysfonctionnements sexuels ont leur source dans la sexualité infantile. Bref sous une apparence unique peuvent se cacher de multiples facettes, raison pour laquelle il peut être trompeur de l’évoquer en tant que tel. Mais je crois que j’ai quand même donné la réponse, en parlant de désir et de l’écart entre deux être qui le permet, de même qu’en disant que le désir ne peut être que le désir de l’Autre. Seul ce désir là peut perdurer, le désir d’un corps se tarit vite, le désir fusionnel est illusion amenée elle aussi à se tarir ou à devenir pathologique, en clair une relation sexuelle vraie est elle aussi une affaire d’adulte, donc une affaire d’amour tel que défini ci-dessus.

En conclusion, on pourrait dire de la passion qu’elle n’est pas comme on pourrait le croire un amour plus fort, plus intense, plus beau qu’un autre mais une illusion qui peut-être un jour se transformera en amour véritable. Ce n’est qu’à ce moment là qu’il sera alors possible de parler de couple, notion qui comme on le sait est intimement liée au chiffre deux.

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 28/01/2013

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