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122.Quand l'amour est pris en otage : le complexe de la mère morte

martine

www.adps-sophrologie.com



Bulletin 122. Août 2012.
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Quand l’amour est pris en otage : le complexe de la « mère morte » 
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Ce complexe, théorisé par A Green (Narcissisme de vie, narcissisme de mort.1983) touche une catégorie particulière d’individus qui semblent irréversiblement conduits à ne jamais connaître de relation satisfaisante, en particulier sur le plan sentimental, ceci étant du au fait qu’ils mettent eux-mêmes en échec toute relation affective naissante. Ceci même étant du à une sorte d’incapacité d’aimer , de s’investir, dont les racines profondes se trouvent au niveau de leur première relation (la mère), première relation dans laquelle l’amour a violement déçu, ce qui a entraîné une forme de défense radicale pour se prémunir contre toute déception ultérieure de ce type.

Le concept jusqu’ici ne parait pas fondamentalement original, dans la mesure où ce que nous sommes est le produit de la sédimentation psychique de nos premières relations, et surtout des défenses contre les angoisses vécues à l’occasion de ces relations. Nous avons déjà été amenés à envisager ce type particulier d’individus tellement blessés qu’ils se protègent à outrance du retour éventuel de ces blessures quitte à se déconnecter de leurs ressentis, de leurs sentiments, des autres, et malheureusement par là même de la vie. Nous avons évoqué la « phobie de l’intimité » des couples à transaction perverse (voir « la haine de l’amour »), les défenses de type schizoïdes contre la dépendance, et bien d’autres encore… Ce que cette approche amène d’original n’est donc pas forcément dans le mécanisme global de défense contre l’amour qui y est développé mais dans la finesse de l’analyse faite par A Green, de cet amour « pris en otage » par une ancienne relation qui ne veut pas mourir.

L’auteur limite cette configuration à un cas bien particulier : dans l’histoire de ces sujets, l’amour heureux a été connu, expérimenté, puis brutalement et violement « trahi » par une mère qui pour des raisons qui lui sont personnelles désinvestit tout d’un coup son enfant. La tentation est forte de généraliser le cas à toutes ces pathologies où la défense contre l’amour est au premier plan, et où le vide intérieur domine. Il semblerait que si l’auteur ne l’a pas fait, ce ne soit pas à nous de le faire, ça semble évident, toutefois il n’est pas interdit de se poser la question…

Avant d’aborder ce complexe tel qu’il nous est décrit par l’auteur, nous allons revenir brièvement sur quelques notions fondamentales du développement psychique de l’enfant. On sait que l’enfant nouveau né a un besoin vital d’étayer son psychisme encore très immature, toujours menacé d’anéantissement sur le psychisme d’un objet externe, en général la mère, qui lui sert à la fois de contenant et de miroir. On sait que cette relation est de type très particulier, dans la mesure où l’altérité n’y a pas de place, que c’est une relation de type fusionnel, moi et l’autre confondu, extérieur et intérieur mal différenciés. Que le bébé est tout autant dépendant de l’environnement pour sa survie psychique que pour sa survie physique et que la qualité des soins maternels dans ce domaine sont déterminants pour le futur équilibre psychologique de l’enfant. Nous n’y reviendrons pas dans le détail, ce sujet ayant déjà largement été traité par ailleurs, si ce n’est pour dire que cette relation dyadique fusionnelle demande dans un premier temps un accordage quasi-total de la mère aux besoins de l’enfant pour préserver son sentiment d’omnipotence auquel il ne saurait renoncer trop vite sous peine d’une grave blessure narcissique. Cet accord parfait, cette totale adéquation de la mère aux besoins de l’enfant sont amenés progressivement à se dissoudre. Cette dissolution doit se faire de manière extrêmement progressive. Elle est le fruit d’une « désillusion » elle aussi progressive de l’enfant sur sa capacité à satisfaire lui-même magiquement tous ses besoins sur le mode « tout, tout de suite, tout ensemble » . Cette désillusion se fait « naturellement » quand la mère sort de ce que Winnicott appelle la « préoccupation maternelle primaire » pour réinvestir ses autres centres d’intérêts et se montre de ce fait de moins en moins disponible pour son enfant. Elle ne s’en désintéresse pas pour autant, mais disons que l’accord qui fait que l’enfant a à sa disposition ce dont il a besoin au moment où il en a besoin (ce qui laisse perdurer l’illusion qu’il a lui-même créé l’objet de sa satisfaction, d’où le sentiment d’omnipotence) n’est plus aussi parfait. L’enfant peut être amené à attendre, à différer sa satisfaction, ce qui va peu à peu l’amener à la prise en compte à la foi de l’altérité de l’autre et de sa dépendance à son égard. Ce moment où prédomine l’angoisse de perdre cet objet autre que soi qui vient d’être découvert dans son altérité est un moment crucial du développement du sujet en voie d’autonomisation qui aura une influence prépondérante sur sa structure psychique , au point que M Klein place dans cette « position dépressive » les potentialités d'une structure psychotique ou névrotique,le concept de borderline n’étant pas encore d’actualité.

Or, il peut arriver que cette désillusion au lieu de se faire progressivement se fasse de manière brutale. C’est le cas par exemple quand la relation mère-enfant se passe bien dans un premier temps, que la mère répond de manière satisfaisante aux besoins de son bébé, puis qu’un évènement extérieur (un deuil, une séparation, une perte, une faille narcissique qui s’ouvre…) vienne plonger la mère dans la dépression. La mère ne meurt donc pas réellement, elle est toujours présente et continue à s’occuper matériellement de son enfant, mais elle devient «  psychiquement morte » ; elle est bien présente, mais « ailleurs », affectivement inaccessible, indisponible dans les échanges, absorbée qu’elle est par sa propre problématique. Ce changement brutal dans une relation qui s’était montrée jusque là gratifiante est vécu par l’enfant comme une catastrophe, à la fois perte d’amour et perte de sens menaçant son intégrité psychique.

Dans un premier temps, il va se défendre contre cette catastrophe par les moyens « classiques » qui consistent à « réparer » la mère, la réanimer, la faire sourire, l’intéresser de telle sorte qu’elle réinvestisse la relation. On connait ce cas de figure où le bébé fait appel à des comportements pouvant passer soit par la gaité, le babillage, les clowneries… ou au contraire, en négatif, l’hyperactivité, l’agitation,les colères, les insomnies…comme autant d’appels visant à rappeler vers lui les investissements d’une mère indifférente ou déprimée. Mais bien sûr, ceci ne peut qu’échouer, dans la mesure où la mère est tout entière absorbée par une perte qui ne concerne en rien la relation à son bébé. Cet échec va alors durement confronter l’enfant à un sentiment de totale impuissance de sa part et d’inaccessibilité de son objet d’amour. On retrouve ces comportements chez les adultes qui semblent sans cesse préoccupés de « réparer » l’autre, de le faire rire, de l’animer, le distraire, l’entraîner, le motiver, sorte de « boute en train » dont l’objectif principal semble moins résider dans une bonne humeur naturelle que dans l’impérieuse nécessité de voir l’autre vivre et s’animer, ressusciter de ce qui est ressenti comme insupportable inertie en quelque sorte .

Suite à l’échec de ces premières tentatives,il va alors devoir déployer une seconde ligne de défenses, plus massives et qui elles, malheureusement vont avoir des conséquences durables. Ces défenses consistent en deux mouvements parallèles :

- Le premier mouvement consiste à désinvestir à son tour cette mère « morte vivante », la désinvestir à la fois sur le plan affectif et sur le plan de la représentation. Puisqu’il n’existe plus pour elle, elle n’existe plus pour lui en quelque sorte. C’est une forme de meurtre psychique, de destruction de l’image maternelle, mais contrairement aux attaques violentes que l’on peut observer dans un cas plus classique où la rage de l’enfant frustré le fait se livrer à des attaques fantasmatiques destructrices à l’encontre de l’objet frustrant, ce meurtre est exempt de tout sentiment de haine, une haine rendue impossible car trop menaçante pour un objet par ailleurs ressenti comme fortement endommagé. Là consiste aussi un premier leurre : si l’enfant retire son amour de la relation, comme il ressent qu’on le lui a retiré, cet amour logiquement devrait se replier sur son moi et y rester disponible pour d’autres investissements, envers d’autres objets d’amour lorsqu’ils se présenteront. Or ce qui se passe en réalité est que l’amour reste indissolublement lié, comme aliéné à la mère morte. Tous se passe comme si la mère morte emportait avec elle dans sa disparition l’amour que l‘enfant avait investi sur elle avant que la relation ne se détériore, cet amour et cette capacité d’aimer ne seront donc plus dès lors à sa disposition, ne pourront plus se reporter ailleurs, sur quelqu’un d’autre.

- Le second mouvement totalement inconscient consiste à s’identifier à cette mère morte. Une identification qui consiste non pas à «  être comme » la mère mais à devenir soi-même la mère, ultime moyen de ne pas la perdre après l’échec de toutes les autres tentatives de réparation. C’est ce côté identificatoire qui est à l’origine des désinvestissements successifs, véritables « sabotages relationnels » auxquels le sujet sera contraint de se livrer dès qu’une relation épanouissante se fera jour, sorte de répétition de son histoire à lui, mais cette fois c’est lui qui est dans le rôle de la « mère morte ».

Un tel sujet, en proie à la compulsion de répétition, n’aura de cesse ultérieurement de désinvestir toute relation d’amour appréhendée comme un risque potentiel de revivre cette catastrophe primaire, avec bien sûr des conséquences lourdes sur le plan de la vie sentimentale, nous y reviendrons.

Ceci est le moyen de traiter en quelque sorte par la « loi du talion » la perte d’amour et la brutale désillusion qu’il vient de subir, reste à gérer la perte de sens qui l’accompagne. Bien sûr le bébé n’a pas accès aux raisons véritables de cette brutale transformation d’une mère aimante en une mère affectivement morte pour lui. Deux « explications » sont alors possibles pour lui :

- La première est de s’attribuer la responsabilité de ce changement. On a vu que dans cette période d’indistinction entre soi et l’environnement gérée par l’omnipotence narcissique, le bébé a classiquement tendance à s’attribuer la responsabilité de tout ce qui arrive et par conséquent, aussi des défaillances de l’environnement. Dans ce cas l’intensité de la destruction maternelle est telle qu’il ne peut l’attribuer à un simple comportement de sa part, par exemple un comportement agressif fantasmatiquement destructeur. Ce qu’il a pu faire ou fantasmer faire ne suffit pas, c’est ce qu’il est, son être tout entier, son essence même, qui doit être responsable de cette catastrophe. Il va résulter de ceci un véritable interdit d’exister, dans la mesure où l’enfant va se ressentir comme d’essence potentiellement mauvaise, nocive, destructrice, avec l’image déplorable de soi qui va avec. On se rapproche ici de la logique du « moi ou l’autre » : si j’existe, je détruis l’autre. Le côté « magique » de ce sentiment diffus peut perdurer longtemps après la période où l’omnipotence est sensée être dépassée. Ceci ne concerne d’ailleurs pas exclusivement le complexe de la mère morte, mais toutes les situations où la mère n’a pas « survécu » aux attaques fantasmatiques de son bébé, nous en parlions lors du dernier bulletin.

- La seconde, lorsque l’enfant est suffisamment mature pour prendre en compte l’existence du père, consiste à se tourner vers lui. Dans un premier temps pour tenter de reporter sur lui son investissement, ce qui le confronte à un autre échec qui accroit encore son sentiment de détresse, le père ne répondant en général pas à cet appel. Dans un second temps pour en faire un bouc émissaire de sa haine, une haine que l’enfant doit impérativement tourner vers l’extérieur pour ne pas être détruit par elle et dont on a vu qu’elle ne pouvait se tourner vers une mère déjà détruite. C’est donc le père qui sera rendu responsable du changement d’état de la mère, et subira à son encontre le développement d’une haine secondaire, fortement handicapante pour le vécu œdipien à venir qui ne pourra se vivre dans une triangulation réelle mais avec des images de mère « phallique » et de père inexistant en tant que tel .

En parallèle se développe une forte excitation auto érotique, mais elle aussi d’une forme très particulière : c’est une pure recherche de sensation, un véritable « plaisir d’organe », sans fantasme, sans tendresse, et surtout sans lien avec un quelconque objet. Il y a très tôt dissociation entre le corps et le psychisme, et entre la sensualité et la tendresse qui elle, est totalement bloquée. Ultérieurement le partenaire sexuel sera traité comme objet déclencheur de jouissance, sans jamais être pris en compte en tant que partenaire d’un plaisir partagé. Ceci donnera lieu à une sexualité « sans âme », purement défensive, pure recherche de sensation, pouvant être très fortement investie, mais dispersée, multiple, fugace, totalement coupée d’un quelconque lien d’investissement affectif ou de partage.

Parallèlement encore à cette quête effrénée de sensation, on assistera à une quête de sens qui peut donner lieu à un surinvestissement imaginaire et intellectuel. Mais là encore, un surinvestissement défensif, « forcé » qui peut donner lieu à un développement précoce de certaines capacités, mais sous l’égide de la contrainte, contrainte à penser, contrainte à imaginer, contrainte à jouer sans le plaisir du jeu. Il peut en résulter quelques capacités sublimatoires pouvant faire illusion, mais elles restent très précaires, toujours menacées du retour de l’identification inconsciente à la mère morte qui viendra tout balayer sur son passage.

Le « retour » de la mère morte se fait dès qu’une relation affective se pointe à l’horizon. De fait le mouvement d’identification à la mère morte peut être lui-même décomposé en deux temps : un premier temps que l’on peut qualifier de « positif » qui est identification à la personne de la mère, un second qui est transformation de cette identification en une identification au vide qu’elle a laissé lors de son désinvestissement. Le sujet est de fait identifié au vide qui l’habite, et c’est quand ce vide menace de se remplir, par exemple par l’entrée en jeu d’un nouvel investissement affectif potentiel, que se déclenche le retour de la mère morte. C’est comme si la mère morte voulait bien laisser survivre son rejeton, à condition qu’elle seule reste dépositaire de son amour et que nul autre ne soit candidat ou candidate à sa succession. Ainsi toute relation amoureuse est fatalement vouée à l’échec par incapacité du sujet à donner un amour qui n’est plus à sa disposition, mais retenu en otage par la mère morte qui l’a emporté avec elle dans sa tombe.

Venons en maintenant au sujet victime de son identification aliénante à une mère morte tel qu’on peut le rencontrer une fois adulte :

S’il est habité par le vide, ce n’est à pas à proprement parler un sujet qu’on peut qualifier de « dépressif » dans la mesure où il ne manifeste ni tristesse, ni ralentissement psychomoteur, ni symptôme d’ailleurs à proprement parler qui puisse expliquer son état. Sa vie peut être qualifiée de « normale », il peut avoir ou avoir eu une belle réussite professionnelle, être marié, avoir des enfants… Sa plainte essentielle pourrait se résumer au mot impuissance, impuissance à aimer essentiellement, impuissance à réussir ou à profiter de ses réussites, impuissance à exploiter ses capacités, qui bien que présentes sont comme « gelées », impuissance à gérer les conflits, impuissance sur le plan relationnel, etc.

Derrière ce sentiment d’échec et d’impuissance, on peut toutefois lire en filigrane les exigences tyranniques d’un Idéal du Moi très élevé qui signent indiscutablement la pathologie narcissique, tout autant qu’elles potentialisent le sentiment d’échec selon le principe que plus on place la barre haut, moins on a de chance de réussir à la franchir.

La déception touche parfois la vie professionnelle, qui a toutes chances, même très investie de se révéler au bout du compte décevante, mais elle touche essentiellement la vie relationnelle et plus particulièrement sentimentale qui se révèle une suite d’échecs consécutifs. L’amour est toujours décevant : soit totalement impossible, soit à minima inhibé comme s’il ne fallait pas qu’il y en ait trop, comme si trop d’amour était dangereux. La communication affective est quant à elle le plus souvent totalement bloquée, source de fortes perturbations relationnelles. La sexualité peut être préservée un certain temps, voire même surinvestie de manière défensive, tant qu’elle n’est pas source d’investissement affectif menaçant, signant le retour de la mère morte qui viendra tout araser sur son passage. La fonction parentale est en général surinvestie également, mais sur un mode narcissique où les enfants sont aimés dans la mesure où ils comblent les lacunes narcissiques des parents et ont pour mission d’atteindre les objectifs que ces derniers ont été incapables d’atteindre.

On l’a vu, le Moi est aliéné, pris en otage par la mère morte, son rôle se restreint à être le gardien de son tombeau, sorte de « noyau froid » au cœur même du sujet, un froid qu’il lui arrive même de ressentir physiquement, un froid qui gèle jusqu’à l’os, y compris en pleine chaleur.

On l’a vu également, le sujet est otage d’une mère morte qui veut bien le laisser en paix à condition qu’il n’envisage pas de lui retirer l’amour qu’il a préalablement investi sur elle, au profit de quelqu’un d’autre. Si c’est le cas, elle « sort de sa tombe » et vient tout ravager sur son passage : l’investissement affectif potentiel, bien sûr, qui se voit l’objet d’un désinvestissement aussi brutal que radical, mais aussi parfois même la sexualité jusque là préservée et qui se voit alors « éteinte ». C’est la mort même du désir que plus personne ne peut éveiller, sauf parfois si ce désir n’est pas payé en retour (pas de risque de partage affectif). On a alors de fortes chances de voir le sujet se replier dans la solitude, cette même solitude hier tant redoutée, fuie dans une quête effrénée d’objets inaccessibles, et qui devient un refuge, le sujet se repliant sur lui-même devenu sa propre mère.

Le sujet se défend aussi de son désarroi par une « accroche à la réalité » qui peut faire penser à la vie opératoire des psychosomatiques. L’inconscient est vécu comme dangereux, à l’instar de la vie psychique qui peut être radicalement niée. Seul existe le réel perceptible et concret qui défend contre le fantasme. Si par hasard, la réalité vient à se rapprocher trop du fantasme (ce qui arrive quand une gratification amoureuse effective se présente) , loin d’être vécu comme une gratification, un plaisir, ceci est vécu comme une intense angoisse de l’ordre de la désintégration psychotique. Il est alors urgent de « remettre de l’ordre », de séparer par clivage réel concret et vie intérieure fantasmatique…au détriment des deux  !

Cette phobie de la vie psychique se voit parfois en analyse, chez un sujet assidu mais qui intellectualise à outrance le processus, fait preuve d’une excellente capacité d’auto-analyse mais jamais ne s’implique vraiment, de fait s’analyse comme s’il analysait une tierce personne ,ne se sent concerné en rien,peut faire preuve de clairvoyance tant que « ce n’est pas son problème ».De même aura-t-il un don particulier pour voir la paille dans l’œil du voisin au détriment de la poutre qui crève le sien. De fait, ce qu’il a pu comprendre dans « son » analyse bénéficiera essentiellement à l’analyse des autres.

De même le sujet peut être amené à lutter contre le vide par le vide, défense paradoxale par excellence qui consiste à « geler » ses processus internes, essentiellement ses capacités de ressentir et de penser, pour ne jamais se confronter au vide qui l’habite et au désespoir que cette perception pourrait entraîner. Ainsi une pensée « blanche » qui ne pense pas, qui n’associe pas, peut s’avérer une excellente défense contre la perception d’un vide qui risquerait de l’absorber tout entier. La vie psychique s’éteint…au risque bien sûr de la somatisation !

Pour ce type d’individu, la thérapie analytique est vécue comme une menace, en cela qu’elle touche les deux points les plus sensibles : l’investigation hautement redoutée de la vie psychique inconsciente d’une part, le risque tout autant redouté d’investissement affectif dans le transfert qui menace du retour de la mère morte d’autre part. On a vu que la défense essentielle se fera par la distance au travers d’un processus intellectualisé d’une part, l’accrochage au réel pour ne pas investir le transfert de l’autre. Avec tous les risques d’échec et d’ « analyse interminable » en finale, si l’analyste ne sait pas repérer à temps la présence de la mère morte, et tenter de lui substituer une mère bien vivante, sachant que le patient résistera corps et âme, car très inconsciemment il tient plus que tout à cette tombe dont il est le gardien dévoué, et à cette relation dans laquelle il s’est jadis passionnément investi.
Quant à une approche non analytique, il est à craindre qu’en cas d’apparent succès, elle n’amène qu’à la constitution d’un « faux self », une personnalité factice qui mime la relation sans s’y impliquer, chose que beaucoup d’ailleurs ont appris à faire tout seuls, et qui consiste à créer une sorte d’ersatz relationnel vide de sens, qui n’entame en rien le désinvestissement de fond. L’individu alors dira et fera ce qu’il a compris qu’il est d’usage de dire et de faire, comme un acteur récite un texte, mais ce ne seront que des paroles vides de sens, vides de ressenti, ce qui ne manquera pas de se voir dans une totale absence de comportement approprié et spontané qui normalement devrait être automatiquement entraîné si les sentiments étaient réels : ce sera l’homme ou la femme qui se déclare éperdument amoureux, parfois avec emphase, et ne cesse de mettre son objet d’amour à distance par exemple.

La question qui reste ouverte est celle-ci : Si A Green théorise ce complexe dans un contexte bien particulier qui présuppose dans un premier temps l’existence d’une relation satisfaisante, suivie d’un désinvestissement brutal de la mère, dans quelle mesure peut-on élargir ce concept à des défauts d’investissements maternels qui ne présupposent pas un évènement extérieur affectant la mère, mais plutôt une incapacité de base de cette dernière qui semble parfois donner des résultats assez similaires qu’on peut retrouver dans certaines formes de « pathologies du vide » présentes par exemple dans les pathologies narcissiques-identitaires où nul évènement extérieur connu ne semble avoir interféré avec la relation mère-enfant. A moins qu’il ne faille supposer que la mère porteuse d’une potentialité dépressive jusque là silencieuse vive un «  état de grâce » au moment de la naissance de l’enfant pour être reprise quelques temps après par ses vieux démons…..peut-être justement au moment où l’enfant grandit et s’autonomise…..à moins encore, que justement elle ne puisse supporter l’intimité de cette relation mère enfant sur le long terme, relation qui réveillerait chez elle des manques dans sa propre relation à sa mère…

N’ayant ni les capacités, ni les moyens de répondre à cette question, je me contenterai de vous souhaiter un excellent mois d’août, que vous soyez ou non en vacances, et de vous donner rendez vous en septembre.

Très cordialement

Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 01/08/2012

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