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118. Refus de grandir, refus de guérir

martine

www.adps-sophrologie.com

Bulletin 118 avril 2012
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Refus de grandir, refus de guérir
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« Mon papa est plus fort que le tien et ma maman est la plus belle…. ». Réflexions enfantines attendrissantes et qui portent à sourire, surtout quand de la hauteur que nous confère notre statut d’adulte, nous avons surtout tendance à penser que «  papa » est plutôt gringalet et « maman » pas forcément promise au concours de top model.

Des réflexions qui nous en disent toutefois long sur la manière dont l’enfant voit les figures qui l’entourent, en l’occurrence les adultes dont il dépend : ses parents.

Et si notre sourire est tellement attendri, pour ne pas dire complice face à la naïveté enfantine de cette idéalisation, c’est bien qu’elle nous est familière, qu’inconsciemment on sait qu’on a tous eu ce regard émerveillé et crédule sur les personnes qui pendant longtemps ont fait le jour et la nuit sur notre monde, dont la parole tenait lieu de vérité, quelles que soient les balivernes qu’ils pouvaient nous raconter, qui détenaient le savoir du Bien et du Mal, et dont on redoutait le courroux lorsqu’on avait désobéi. Autrement dit à qui on donnait toutes les prérogatives que le croyant donne d’ordinaire au Dieu en qui il met sa foi ! On peut pousser l’analogie plus loin. Que fait d’ordinaire le croyant ? Il implore la protection de son Dieu contre les forces hostiles de la nature, se soumet à sa Loi, redoute sa punition et cherche à l’influencer favorablement afin d’attirer sa bienveillance et son amour. Que fait l’enfant envers ses parents ? La même chose ! Car il a impérieusement besoin de leur bienveillance protectrice. Dans « Inhibition, symptôme et angoisse » Freud postule qu’en dernière analyse l’angoisse se dégage face au risque de punition de la part d’une figure parentale, même intériorisée, dont on a transgressé les interdits, la nature de cette punition étant le retrait d’amour du parent, qui renvoie l’enfant à sa situation de détresse et d’impuissance face au monde hostile due à son immaturité et sa dépendance extrême. Et l’affect d’angoisse est l’expression de cette détresse. Ne pas perdre l’amour parental se révèle donc le leitmotiv de l’enfant, et pour cela il va s’agir de les séduire, de leur plaire. Et leur plaire c’est avant tout faire ce qu’ils nous demandent, obéir, être gentil, ne pas se mettre en colère, avoir de bonnes notes, etc, etc…bref se
soumettre à ce qu’ils attendent de nous.

Et puis le temps a passé, nous avons grandi, sommes devenus adultes et peut-être même parents à notre tour. La maturité aidant, notre regard sur le monde, donc sur nos parents, a changé et parfois même, nous avons du revenir sur nos premières opinions, et même constater avec amertume que  « nos Dieux étaient tombés sur la tête ». Parfois le choc a été si rude que nous avons préféré oublier qu’à un moment de notre vie, ces individus ont représenté l’Univers pour nous, que nous les avons adorés, et ce, même si aujourd’hui nous les critiquons vertement et jugeons après coup leur conduite inadmissible, même si nous nous sommes fâchés ! Toutefois quel que soit le jugement qu’on porte aujourd’hui sur nos parents, il ne faut jamais oublier que ce jugement est un jugement d’adulte porté après coup, il est le fruit d’une maturité et d’un esprit critique que nous sommes loin d’avoir toujours possédé et que
cette phase d’idéalisation a bel et bien existé un jour.

On a souvent parlé dans la pathologie borderline de la relation qui se fait à l’autre sur le mode Grand/petit. C’est la reproduction exacte du mode Parent/enfant et le rapport d’inégalité que celle-ci comporte. Mais il est important je pense de mettre l’accent sur le fait que ce n’est pas le « grand » réel dont il s’agit, mais justement ce grand idéalisé, inaccessible, omnipotent et omniscient, ce grand qui incarne le parent tel que le voit le tout jeune enfant. Et ce regard permet d’expliquer bien des comportements qui sans cela resteraient extrêmement complexes, en particulier chez le type de personnalité dont il va être question aujourd’hui.

Qu’en est-il vraiment de ce regard ? L’adulte est (très) grand, l’enfant est tout petit, l’adulte est (très) fort,
l’enfant est faible, l’adulte sait des tas de choses (il sait tout pense l’enfant) que l’enfant ignore, l’adulte
semble n’avoir besoin de personne, l’enfant ne peut se passer de l’adulte, l’adulte se meut avec aisance dans un monde qui vu avec des yeux d’enfant est immense et terrifiant, inaccessible, hors de sa portée….L’écart est réellement immense, vu avec des yeux d’enfants, il est infini ! Alors l’enfant rêve à « quand il sera grand » et à tout ce qu’un jour il pourra enfin faire, c’est à peu près la seule chose qui reste à sa portée. Il rêve certes, il joue parfois, mais il se garde bien de se frotter réellement à cette réalité inaccessible : s’il joue avec ses
petites voitures en s’imaginant qu’il conduit, il va très rarement jusqu’à prendre les clefs de la vraie voiture pour tenter de la conduire, çà n’est pas à sa portée, c’est évident. Ajoutons à cela la vision du temps telle que la conçoit l’enfant, le temps est bien plus long à cet âge, et « quand je serai grand » fait référence à un futur tellement lointain qu’il en devient irréel et participe au caractère de rêve de cette projection dans l‘avenir.

Toutefois le temps a bel et bien passé et les actions que nous trouvions hier héroïques sont devenues nos banalités quotidiennes. C’est nous qui maintenant conduisons les voitures alors que parfois même nos parents ont du y renoncer, ces mêmes parents avec qui peut-être aujourd’hui on a inversé les rôles, et que maintenant nous prenons en charge. Et si hier leur désapprobation nous anéantissait, car elle signifiait la perte d’amour et de protection, véritable danger pour notre survie, aujourd’hui, si parfois ils nous critiquent, on se contente au
pire de les laisser « radoter », au mieux de prendre en compte leur avis sans jamais remettre en cause le fait que la décision nous appartient. Certes la réalité n’est pas si simple, et c’est moi maintenant qui présente un tableau idyllique, celui du parfait adulte autonome alors qu’on sait à quel point nos premières relations marquent à jamais notre vie d’adulte, mais disons qu’on tend à se rapprocher de ce tableau. Et ceci pour une raison simple qui ne dépend que du point de vue selon lequel on se situe : on est passé du rapport enfant impuissant/ adulte parfait et tout puissant au rapport adulte /adulte, un rapport beaucoup plus conforme à la réalité, autonome, et surtout nuancé. Au fur et à mesure que notre confiance en nous grandissait, on avait de moins en moins un besoin vital de
cette approbation, ce qui nous permettait de nous affirmer dans notre singularité, même si cette singularité reste très relative dans la mesure où on s’est quand même construit par identification, principalement aux figures parentales, et introjection de nos premières relations. Que même inconsciemment ceci nous conditionne largement, reste incontestable, mais ce n’est pas sur ceci que je mettrai l’accent aujourd’hui. Nous nous contenterons de dire que normalement, aujourd’hui, la désapprobation des parents ou plus largement des figures d’autorité, voire même tout simplement de l’autre, si elle n’est pas forcément agréable, n’est plus un danger mortel.

Imaginons maintenant que notre corps se soit développé jusqu’à sa taille adulte et ait acquis les potentialités d’un adulte, que nous ayons fait des études et appris des choses qui nous rendent au moins égaux, souvent supérieurs sur ce plan à nos parents, que nous ayons acquis notre autonomie sociale, fondé une famille trouvé un travail, etc…..mais que notre développement affectif ait été gelé au point que nous ayons gardé au plus profond de nous notre vision du monde enfantine. Imaginons que notre peau d’adulte, et le rôle qui va avec ne soit pour nous qu’un déguisement, et qui plus est, compte tenu de la terreur que nous inspire le monde des « grands » et les
« grands » eux-mêmes , un déguisement qui ne doit surtout pas dévoiler l’infinie faiblesse qui se cache derrière.

Imaginons que nous soyons porteur d’un lourd secret, celui d’être un enfant immature égaré dans un monde d’adultes
qui par une cruelle méprise nous prennent pour un des leurs. Imaginons que nous soyons persuadés que si ce terrible
secret était découvert, tout le monde nous cracherait au visage tant ce que nous sommes réellement est une honte ! Imaginons que notre honteuse impuissance nous fasse idéaliser les « vrais adultes » tout autant que nous les idéalisions hier, et que nous tenions l’écart qui nous sépare d’eux comme infranchissable, alors même que dans la réalité nous sommes leur égal et tout aussi capable qu’eux, voire même plus capables. Imaginons que notre besoin de protection soit resté intact dans la mesure où notre sécurité intérieure n’a pas évoluée, mais que nous devions faire semblant de n’avoir besoin de personne (là où quelqu’un de plus mature admet volontiers son besoin de l’autre). Imaginons enfin la somme d’angoisse et la dépense d’énergie liée à cette position insoutenable, et nous serons dans le monde de la pathologie narcissique, plus précisément dans une frange de la pathologie borderline qui
n’est pas la frange « bruyante » de ceux qui se caractérisent par les passages à l’acte, la dépendance ouvertement quérulente ou déviée sur une quelconque substance, l’instabilité affective marquée, les passages réguliers en HP…mais la frange silencieuse qui « joue à la normalité » tend à se fondre dans la masse, et dont le conformisme et la maturité de surface laissent transparaitre parfois la structure beaucoup plus régressive qui est la leur. On pense bien sûr au « faux self » de Winnicott ou à la « personnalité as if » d’Hélène Deutsch, je pense surtout aux échecs thérapeutiques patents que l’on risque de rencontrer si on ne s’attache pas à certains « petits détails » qui les trahissent , en sachant qu’on ne sait pas forcément tout et que le masque ne tombe pas forcément comme il serait logique de le penser dans le cadre d’une demande d’aide.

Le sentiment d’infériorité, la dévalorisation tout autant que l’idéalisation parfois quasi délirante de telle ou telle image parentale protectrice, l’avidité affective souvent non avouée, qui se retrouve de manière incontournable chez ce type de personne prend sa source dans ce qui articule la totalité de la pathologie, à savoir la blessure narcissique.

Pour Hartmann et ses successeurs, le narcissisme est l’investissement libidinal du soi (self) qui est une partie du
moi où résident les images, les perceptions qu’on a de soi même et les affects qui y correspondent. Une intégration des images de soi bonnes et mauvaise conduisant à une perception de soi réaliste serait alors la condition sine qua non d’un investissement normal du soi donc d’un narcissisme sain.

Pour la construction d’un narcissisme sain, le lien à la mère en tout début de vie est fondamental. Il semble que les borderline, ceux dont nous parlons aujourd’hui et les autres en général, n’aient pu développer un sentiment de sécurité suffisant au tout début de leur vie. Deux raisons principales se font jour, soit la mère a donné des réponses inappropriées ou instables face aux demandes de l’enfant, soit la mère a annexé le narcissisme de l’enfant pour soutenir le sien propre. De cette carence initiale résulte une avidité affective qui prédomine et donne la tonalité à tout le vécu psychique. Chercher des perturbations dans le développement psychosexuel comme on le fait d’ordinaire avec les névrosés n’est que chercher les circonstances aggravantes et non le fondement de la pathologie, et revient à se fixer sur la peinture écaillée des murs en ignorant que les fondations menacent sans
cesse de s’effondrer.

Le point de vue original sous lequel je vous propose de voir les choses aujourd’hui est celui du refus inconscient de grandir, donc de guérir, et ceci est totalement corrélé à la manière idéalisée dont ces personnes voient les autres (les "grands"), donc surestiment un objectif qui devient de ce fait totalement hors de leur portée. Quels que soient les sentiments qui sont perçus en ce qui les concerne, les autres sont toujours placés sur un piédestal qui les rend à la fois extrêmement puissants et totalement inaccessibles, en tout cas très supérieurs à ce qu’ils sont réellement, ce qui en fait des personnages soit très dangereux, soit très adulés, mais dans tous les cas supérieurs. Alors bien sur l’envie est là, l’envie de leur ressembler, de devenir leur égal, de les imiter, mais le fossé qui sépare ce que ces personnes se sentent être (incapables, fragiles, impuissants….) et ce qu’ils perçoivent
de ces autres surdimensionnés, est aussi immense que celui que verrait un enfant de quatre ans à qui on demanderait d’assumer une vie d’adulte. Bien sûr cette vision est totalement irréaliste et en particulier dans les cas dont je parle, la vie adulte est assumée en apparence, du moins sur le plan matériel, mais avec en toile de fond, toujours ce sentiment d’infériorité quelles que soient les réussites effectives, et ce sentiment quoiqu’il arrive de n’être pas à la hauteur, porté comme un secret honteux.

Devant le défi extrême qui consiste à « égaler le grand », l’angoisse se lève et les fait reculer dans un sentiment
d’impuissance et d’échec qui aggrave un peu plus à chaque fois la blessure narcissique initiale. Et ceci n’a pas grand-chose à voir avec une problématique œdipienne. D’ailleurs c’est en cas de tentative échouée qu’on l’observe le mieux : ces personnes ne « rebondissent » pas sur un échec, ils s’effondrent. Ils ne rivalisent pas, ils s’effacent. Ne possédant pas une confiance en eux établie une bonne fois pour toute (même si elle fluctue chez tout un chacun), ce sont leurs succès et leurs échecs qui les font et les défont. Les échecs, on l’a vu, provoquent
l’effondrement de la personnalité toute entière, car ils ne sont pas dus à une erreur ou une maladresse de leur part dans telle ou telle action, voire un manque de chance, ils sont confirmation de leur nullité et de leur impuissance effective, et les renvoient à ce douloureux sentiment qui les fait se replier sur eux-mêmes, se paralyser , dans la mesure où ils sont la preuve qu’ils ne sont décidemment pas à la hauteur. D’ailleurs ils évitent soigneusement de se confronter à l’échec pressenti comme inévitable, en ne s’engageant pas dans des actions qui leur apparaissent toujours comme surdimensionnées par rapport à leurs faibles moyens. Quant aux succès, s’ils
provoquent de manière très temporaire un sentiment de survalorisation (ils ont accompli un exploit !) voire de
mégalomanie, il semble qu’ils ne participent en rien sur le long terme à la reconstruction d’une estime de soi suffisante.

L’angoisse d’agir les paralyse et s’oppose bien entendu au changement quel qu’il soit. Il ne faut pas non plus oublier que derrière l’échec se profile aussi le regard désapprobateur de l’autre, qui reste le danger le plus extrême pour eux. On est bien moins dans le sentiment d’échec en tant que frustration personnelle, que dans l’affirmation éclatante aux yeux de tous de leur nullité, et le rejet que cela risque d’entrainer.

Toutefois cette angoisse n’est pas forcément ressentie. La plupart du temps même, ils affichent une sérénité de surface que rien ne semble perturber ou presque. Cette fausse sérénité est le fruit d’un système de défense très élaboré et très rigide, à la hauteur de l’hypersensibilité qui se cache derrière. Car derrière le masque impassible, il ne faut pas croire qu’il ne se passe rien. Il ne faut pas oublier que ces personnes se perçoivent sans cesse comme en danger et sont de ce fait sans cesse à l’affut. Ils « scannent » leur environnement pour y détecter le moindre signe de danger. Mais si leur radar hypersensible peut effectivement leur donner une grande intuition sur les dangers potentiels, la plupart du temps, le signal que donne le radar est erroné du fait de son
hypersensibilité même qui fait redouter un tsunami à la moindre brise, et du fait de son orientation uniquement centrée sur la réaction de l’autre à leur encontre. Car de fait ils scannent tout signe de désapprobation qui signerait la fin de leur environnement protecteur, toute baisse de bienveillance de la part de l’autre qui les menace d’effondrement, tout changement qui menace leur sécurité en les confrontant à une nouveauté qu’ils ne se sentent pas de gérer. Et bien sûr toute situation qui potentiellement les confronterait à leur angoisse ultime :
devoir se comporter en adulte !

Ce système de défense les rend extrêmement rigides, cimentés dans des positions qu’il n’est pas question de discuter, des principes établis une bonne fois pour toutes et auxquels il n’est pas question de déroger, principes qui ne sont en général que le copier-coller de ceux de leurs parents. Ils les appliquent sans nuance et sans raisonnement, bien incapables qu’ils sont d’en expliquer la validité, sans comprendre la valeur défensive qu’ils ont pour eux, dans la mesure où ces principes constituent les limites, le cadre sécurisant qu’ils n’ont pas intégré en eux, chose qui leur permettrait une plus grande souplesse d’attitude : quand la sécurité n’est pas à
l’intérieur, il faut bien la trouver à l’extérieur.

Parmi leurs certitudes inadaptées, on trouve bien sûr ce sentiment d’infériorité, de nullité qui est à la base de
tout. Rares sont ceux qui lui donnent une origine pathologique ce qui les obligerait à essayer de le transcender. Mieux vaut y voir une évidence contre laquelle on ne peut rien.

Mais c’est dans la relation amoureuse qu’ils se révèlent le plus souvent tels qu’ils sont vraiment, même si leur
manière d’entrer en relation avec l’autre est toujours plus ou moins teintée de ce modèle. La personne aimée concentre en effet sur elle toutes les qualités attribuées au « grand », au parent, ainsi que toutes les demandes qui en découlent. A ce niveau l’épreuve de réalité est particulièrement mise à mal. On assiste alors au tableau infantile caractéristique de la dépendance, de la demande d’approbation, de la séduction infantile par soumission avec répression totale de toute agressivité,du besoin de plaire à tout prix pour recueillir un regard approbateur ou bienveillant, de la crédulité infantile et bien sur de l’idéalisation absolue. Ils donnent l'impression d'être sans cesse préoccupés parle bien être de l'autre alors qu'ils ne font que vérifier que l'autre ne donne pas de
signe de mécontentement anonciateur d'un rejet à venir (l'égocentrisme infantile étant à l'oeuvre, l'autre ne peut
bien sûr pas avoir ses propres problèmes, c'est forcément eux qui ont fait quelque chose de "mal", tout comme à
l'inverse d'ailleurs si l'autre est de bonne humeur, c'est qu'il les approuve !)

L’esprit critique est totalement hors circuit, ils n’envisagent pas un instant que l’absence totale de défauts, les qualités surhumaines, l’omniscience et l’omnipotence attribuées à l’autre sont proprement délirantes. L’être aimé fait le jour et la nuit, son approbation est indispensable, quel que soit le prix à payer pour çà, sa désapprobation est danger mortel. Ils en redoutent la « punition » (le retrait d’amour) plus que tout, tout ce qu’il fait est fait à la perfection, tout ce qu’il dit ne peut qu’être vrai. Bien sur sans lui, ils ne sont plus rien, ils retournent à leur impuissance et au désarroi qui l’accompagne, ils demandent avant tout amour et protection dont il est évident que les deux sont confondus.

En résulte une relation soumise et « adhésive » qui ne supporte pas le moindre écart. La relation est bien sûr extrêmement dépendante, mais cette dépendance n’est pas reconnue comme telle en général et l’idéalisation a là aussi son rôle à jouer : ce n’est pas parce qu’ils sont dépendants qu’ils manifestent ces sentiments, c’est parce qu’ils ont la chance d’être tombés sur quelqu’un de vraiment exceptionnel ou qui les aime de façon exceptionnelle ! Il est évident qu’ils ont projeté sur l’être aimé leur idéal et « qu’aimés de leur idéal ils redeviennent eux-mêmes idéal » ce qui peut donner un sentiment d’ivresse narcissique, de remontée d’estime de soi qui masque l’appauvrissement réel de leur moi qui de fait transfère tout le bon sur l’autre et ne s’en trouve que plus mauvais ce dont ils n’ont pas vraiment besoin !

Auprès de cet être aimé tout le système devient évident, le radar fonctionne sans cesse, réglé sur sensibilité maximum : le moindre signe de fatigue ou d’indifférence, la moindre opinion qui pourrait passer pour critique, le moindre signe qu’ « on n’a pas été assez gentil » donne lieu à des préoccupations démesurées seul endroit où parfois on peut détecter l’angoisse de fond qui les habite. Ils vous diront vouloir le bonheur de l’autre à tout prix, voire même vouloir « protéger » l’autre, de fait ce ne sont que des enfants soumis qui se protègent avant tout eux-mêmes de l’anéantissement qui serait le leur si l’autre se détournait un tant soit peu. L’idéalisation
protège aussi l’être aimé de la rage destructrice dont il serait l’objet en raison même de la frustration qu’il
impose, car pour eux il est hors de question de « mordre la main qui les nourrit ». Mais au-delà du souci empathique pour l’autre qui n’est pas vraiment acquis malgré les apparences, c’est surtout la peur des représailles qui est le moteur de l’extrême prohibition de l’agressivité régulièrement constatée chez eux. Des représailles qui les anéantiraient !

Quand c’est le thérapeute qui est mis dans le rôle du parent, la susceptibilité extrême aux propos de l’autre toujours suspectés être désapprobateurs est une gêne énorme au travail thérapeutique : révéler un comportement pathologique est en effet vécu comme désapprobation, un rejet de ce qu’ils sont au nom de leur honteux secret découvert, et au lieu de conduire à la réflexion, conduit bien souvent à l’effondrement et la paralysie dans un retrait défensif.

Pourtant l’appel à l’aide est bien là, mais il y a « confusion des langues ».Cet appel, c’est bien souvent dans la plainte qu’il se manifeste : ils nous présentent le tableau de leur souffrance et de leur impuissance à en sortir,laissant aussi parfois sous-entendre que nous sommes tout aussi impuissants qu’eux à faire quelque chose contre ce qui les accable. De fait leurs plaintes lancinantes et réitérées sont bien souvent appel à la bienveillance et la protection, peut-être parfois aussi au miracle, mais certainement pas appel au changement qui les terrorise. Ils veulent être aimés, compris, protégés, défendus, mais jamais confronté à ce défi du changement. Ce qui explique ces réactions thérapeutiques négatives incompréhensibles autrement de la part de personnes qui semblent développer un
transfert des plus positifs si on n’a pas repéré dans ce « positif » la séduction infantile qui y réside faite de
docilité et désir de plaire. Vu sous cet angle, l’assiduité, la participation, le fait de sembler vouloir avancer, ne sont que tentatives de plaire au thérapeute et certainement pas preuve de leur investissement dans la thérapie.

Il a souvent été question dans ces bulletins de résistance au changement et les motifs en ont été largement évoqués
et s’appliquent également aux personnes dont je parle aujourd’hui. Si j’ai choisi aujourd’hui d’évoquer leur cas,
c’est qu’ils mettent en évidence un aspect supplémentaire de cette résistance et non qu’ils sont les seuls à en
souffrir. Il s’agit bien sur de cette vision infantile du monde des « grands » vu comme inaccessible par définition. Ce n’est plus alors seulement les résistances et peurs « classiques » qui sont à l’œuvre, mais en deçà de tout, le fait que le changement assimilé au fait de devenir adulte est postulé à priori comme impossible et totalement inenvisageable. Et il y a fort à parier que si on ne commence pas par s’attaquer à ça, les autres interventions risquent fort de briller par leur inefficacité !

A vous tous un excellent mois d’avril
Très cordialement
Martine Massacrier
Martine@adps-sophrologie.com





Envoyé le 29/03/2012

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