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117 Mens sana in corpore sano...

martine

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Bulletin 117 Mars 2012


Mens sana in corpore sano….ou l’inverse ?


Si une chose est incontestable, c’est bien que nous sommes en tant qu’être humain, à la fois corps et esprit. Les choses se compliquent toutefois lorsqu’on envisage quels peuvent être les rapports entre les deux. Faut-il considérer qu’on possède d’un côté un corps purement biologique, exclusivement du ressort de la médecine lorsqu’il dysfonctionne, et de l’autre un esprit menant sa propre vie de manière plus ou moins réussie et relevant au pire du psychologue ou du psychiatre lorsqu’ « il ne tourne pas rond » ? Ou tout au contraire doit-on considérer que les deux sont étroitement liés et interdépendants de telle sorte que tout dysfonctionnement de l’un entraine immanquablement un dysfonctionnement de l’autre ? Entre les tenants du « tout est somatique » et ceux du « tout est dans la tête », ceux qui analysent un peu vite tout trouble physique comme correspondant à une émotion en général réprimée( « ah oui, tu as mal à la gorge, c’est quelque chose que tu as du mal à avaler ! ») et ceux qui systématiquement nient toute influence psychique, peut-on essayer de trouver une espèce de « voie du milieu » qui penserait le lien psycho-soma comme existant sans le voir systématique, universel, et tout puissant ? C’est ce que de nombreux chercheurs se sont employés à faire, et c’est cette petite histoire de la psychosomatique que je me propose de revisiter dans ses grandes lignes aujourd’hui.

Une histoire très ancienne dont on peut trouver la trace déjà dans l’Antiquité grecque. Pour Hippocrate, Platon,Aristote, etc…corps et esprit ne font qu’un et la maladie est rupture d’équilibre de l’individu pris dans sa globalité, le seul soin envisageable étant par conséquent de rétablir l’équilibre rompu. Une pensée reprise tout au long des siècles tant sur le plan médical que philosophique, avec bien sûr ses partisans et ses détracteurs, mais il faudra attendre le XIX° siècle pour que le terme « psychosomatique » voit le jour, employé pour la première fois par le psychiatre allemand HEINROTH.

Freud quant à lui ne s’est pas réellement penché sur le problème psychosomatique, bien qu’au travers de ses écrits, on soit régulièrement amenés à retrouver cet étrange saut de l’esprit vers le corps (et inversement) où la répercussion de ce qui se passe d’un côté se retrouve de l’autre. Citons pour mémoire :

* Le concept de pulsion à la limite psyché-soma dans la mesure où sa source est biologique mais son expression (sa représentation) ne peut être que mentale.

* Le concept de « névrose actuelle » dans laquelle il inclut la névrose d’angoisse (ne pas confondre avec névrose phobique), la neurasthénie et l’hypocondrie. Ces névroses ne sont en rien l’expression d’un conflit psychique mais bien la conséquence d’une situation présente, plus particulièrement un dérèglement de la vie libidinale. Ainsi l’absence de décharge sexuelle et de plaisir psychique qui l’accompagne est présentée par lui comme la source d’une certaine angoisse, l’accumulation d’excitation impossible à évacuer et élaborer psychiquement se retrouvant déversée dans le corps sous forme d’angoisse.

* Le concept d’ « hystérie de conversion » (paralysies hystériques, cécités, etc..) qui s’oppose au modèle précédent dans la mesure où le symptôme est traduction symbolique sur le plan sensori-moteur d’un conflit psychique inconscient d’origine sexuelle.
Contemporain de Freud, Groddeck affirme quant à lui que le Cà (notre monde pulsionnel inconscient) peut tout aussi bien produire un symptôme névrotique, un trait de caractère ou une maladie.

Dans les années 1920-1940, Frantz Alexander apporte sa contribution avec le concept de « névrose d’organe ». Pour lui, les émotions durablement réprimées sur le plan psychique créent un état de tension perpétuelle dont l’excès est véhiculé par le système nerveux autonome vers les organes. On constate alors dans un premier temps des troubles fonctionnels, c'est-à-dire un dysfonctionnement sans que l’organe ne soit lésé (comme par exemple dans le cas d’une colite ou de brulures gastriques sans atteinte de la muqueuse), le passage au somatique se faisant quand l’organe est effectivement lésé. Conformément à sa « théorie de la spécificité », il établit un lien direct entre la nature de l’émotion ou du conflit ainsi évacué et le syndrome physiopathologique qui en découle. Ainsi l’ulcère
se voit relié au besoin d’amour, les colites à la dépendance vécue dans l’agressivité, l’asthme à la dépendance et au vécu de séparation, l’hypertension à l’inhibition de l’agressivité, etc…

Dans les années 1950, P Marty, fondateur de l’Ecole Psychosomatique de Paris, s’intéresse aux céphalées et aux
rachialgies qu’il voit très vite comme des défenses somatiques venant prendre le relais de défenses névrotiques insuffisantes. C’est en 1962 qu’il publie « L’investigation psychosomatique » où l’on découvre dans son ensemble un système complexe aboutissant à la somatisation dont je me contenterai de survoler les principaux concepts :

- La mentalisation est l’activité représentative et fantasmatique de l’individu, c’est la mentalisation qui permet
de se faire une représentation psychique des événements, personnes, relations, de sorte d’établir des liens et
donner du sens. C’est cette activité qui permet également d’intégrer les tensions et excitations pulsionnelles
(donc d’origine somatique) en les transformant en activité mentale. En cas de carence de cette activité, ce sera
au corps d’assumer le désordre pulsionnel. Une personne victime d’une telle carence se repère à ce qu’il appelle la « pensée opératoire » qui est une pensée qui accompagne, décrit les faits plutôt qu’elle ne les représente. Elle se traduit par un langage lui-même opératoire, purement descriptif, technique, factuel, utilitaire, exempt d’affect, on pourrait même dire exempt de vie. Seule la concrétude des faits est envisagée, ni leur valeur affective, ni leur sens symbolique. On retrouve d’ailleurs très souvent en parallèle une véritable phobie des émotions et de la vie psychique en général, de la vie relationnelle en particulier. On peut citer comme exemple typique de ce type de pensée l’exemple présenté par Hurni et Stoll (« La haine de l’amour ») : « J’ai vu que j’étais excité car j’ai eu une érection » , le corps lui-même étant traité en objet fonctionnel , coupé des affects. P Marty observe en
parallèle à cette pensée, une dégradation du Surmoi au profit d’un puissant système idéalisant source d’exigences inépuisables autant qu’irréalistes du sujet tant envers lui-même qu’envers son entourage, de même que ce qu’il
appelle la « réduplication projective » ou incapacité à considérer la singularité de l’autre, sa différence par
rapport à lui, devenu sa seule référence.

- Cette pensée opératoire s’accompagne le plus souvent chez ces personnes candidates à la somatisation de la « dépression essentielle », forme de dépression sans objet, sans tristesse, sans culpabilité, ni auto-accusations.

Elle est simple perte de tonus vital dans la sphère psychique où tout semble arasé : l’imaginaire, les émotions, la capacité associative, etc, etc… La parole, totalement coupée de sa source instinctuelle et de l’inconscient devient de ce fait parole vide, réduite à sa plus simple expression de description factuelle du réel concret.

- La doctrine de P Marty s’appuie sur une conception évolutionniste du psychisme consistant en la coexistence et
l’alternance de deux types de mouvements :

o Les mouvements de vie qui travaillent à une organisation du psychisme hiérarchisée en paliers successifs qui sont autant de points de fixation/régression envisagés comme des points de résistance à la désorganisation.

o Les mouvements de mort qui travaillent à la désorganisation.

On admet actuellement que le processus de somatisation aboutissant au développement d’une maladie se fait sous deux
formes :

- Par régression ce qui aboutit à des « crises » bénignes et réversibles (mal de dos, colites, migraines..)

- Par déliaison pulsionnelle, ce qui entraine des maladies évolutives et beaucoup plus graves telles que le cancer
ou les maladies auto immunes. On retrouve toujours à l’origine du trouble de la mentalisation et de la déliaison
pulsionnelle, une perte narcissique réactivant des blessures narcissiques graves et précoces. Dans un premier
temps, ce sont les transformations psychiques qui sont au premier plan : dépression essentielle, vie opératoire….puis viennent les atteintes somatiques.

Dans les années 1980, Joyce Mac Dougall élabore le concept d’ « hystérie archaïque » dans laquelle l’interdit n’est
pas sexuel, mais interdit d’exister en tant qu’entité propre, autonome et séparée (on ne peut pas ne pas faire le
rapprochement avec le concept d’ « incestualité » de Racamier). Elle retrouve d’ailleurs à l’origine des somatisations la « passion de la non séparation » et envisage la somatisation comme la mise en acte du fantasme de « corps pour deux » en référence à l’époque primitive de la vie où le nourrisson fusionnait avec la « Mère Univers », cette indistinction se complétant par l’indistinction psyché-soma, le soma étant le lieu d’expression des angoisses archaïques. La décharge de l’affect impossible à élaborer par voie corporelle serait alors régression à cette époque et ses modes de défense, et l’impossibilité d’entrer en contact avec ses propres affects serait de même régression à un niveau préverbal où les états de tension étaient indifférenciés.

Elle évoque ces mères qui utilisent leurs bébés comme complément narcissique, leur interdisant la position de sujet
individualisé, possédant sa propre identité et les condamnant à une position d’ « enfant-bouchon » partie intégrante de la Mère Univers symbole de l’Idéal impossible à atteindre.

Face à la réactivation de ces traumas précoces, le psychisme mis à mal ne peut traiter les affects qui le débordent
, et le danger de mort psychique est évité par le recours à la voie corporelle ; elle élabore le concept de « psychose actuelle » comparant la somatisation, véritable délire du corps au délire mental dans la psychose.

Nous pouvons citer également le point de vue de Sami-Ali. Pour lui, la somatisation se manifesterait dans la double optique d’une situation d’impasse et d’un refoulement de l’imaginaire. La situation d’impasse est due au fait que

le sujet face à une situation problématique est dans l’impossibilité de conflictualiser la relation. Sans conflit,
pas de résolution possible du problème, pas de négociation possible, de ce fait toute relation prend un caractère
duel : Moi ou l’autre. Le conflit est synonyme de rupture, de perte d’amour, l’absence synonyme de vide. On peut évoquer le livre « Mars » de Fritz Zorn et la description du narrateur mourant d’un lymphome malin, de l’ambiance aseptisée de son enfance où « ses parents avaient créé l’illusion d’un monde sans conflit ». Pour Sami Ali la projection est inversement proportionnelle à la somatisation, et il attribue la somatisation à un « défaut de projection » : les psychotiques qui délirent en utilisant massivement la projection se voient ainsi à l’abri de la somatisation, cette dernière protégerait en retour du délire.

D’autres études sont à citer pour mémoire :

- Freedman et Rosenman

Ils différencient les personnes en typologies distinctes susceptibles de porésenter une vulnérabilité à des maladies spécifiques. Ainsi le « type A » qu’on peut qualifier de « carburant à l’adrénaline », correspond à des personnes compétitives, combatives, actives, en recherche de stress, qui seraient plus vulnérables aux maladies coronariennes et aux infarctus, alors que le « type C », correspondrait à des personnes introverties, soumises,conciliantes, évitant les conflits, réprimant leur agressivité, très dépendantes du regard des autres et allant de ce fait jusqu’à renoncer à leurs besoins personnels pour plaire, qui seraient plus susceptibles de développer des cancers ou des maladies auto immunes.

- Sifneos et le concept d’ « alexithymie »

L’alexithymie se manifeste par l’incapacité à exprimer ses sentiments et ses émotions que les personnes qui en sont
affectées ont du mal à reconnaître, identifier et différencier de leurs sensations corporelles (elles seront mal, tendues…mais pas tristes ou en colère). Lorsque par hasard les émotions sont tout de même reconnues, elles ne peuvent être conçues que comme réactionnelles à un évènement extérieur, jamais en provenance de leur monde intérieur et de leur vie psychique. La vie imaginaire est très limitée, et ils privilégient l’action concrète comme solution plutôt que l’élaboration mentale du problème. S’ils sont incapables de contact avec le monde des émotions et des fantasmes, ils peuvent par contre se montrer intarissables dans la description détaillée d’évènements
concrets ou de symptômes physiques, le corps étant alors traité comme objet matériel coupé de la sphère émotionnelle et mentale. Là encore lorsqu’elle n’est pas d’origine physiologique, l’alexithymie serait imputable à une expérience traumatique vécue à l’âge préverbal.

Au moment de clore ce petit tour d’horizon, je m’aperçois des immenses lacunes qu’il comporte tant il est difficile
dans un cadre aussi restreint de cerner un domaine aussi vaste. Toutefois, quelles que soient les études, psychanalytiques ou non psychanalytiques, étiologiques ou descriptives, les points communs se regroupent avec une évidence frappante quand au « profil type » du sujet susceptible d’être un somatisant potentiel :

- Une étiologie précoce remontant à une époque préverbale, où on repère la présence d’un trauma impossible à élaborer, trauma éventuellement réactivé par un évènement de la vie présente (deuil, séparation ou autre).

- De cette précocité découlent : une confusion psyché/soma, un besoin fusionnel, une mauvaise intégration de la séparation et de la différence soi/l’autre, une régression au « Moi Idéal » (selon Marty) éventuellement porté par la Mère Univers (Mac Dougall)

- Un défaut de mentalisation, une insuffisance de la fonction fantasmatique, avec prééminence d’un lien purement concret aux évènements

- L’inhibition de l’agressivité entrainant soumission et passivité face à l’autre, impossibilité d’élaborer les
conflits et de manière plus globale une coupure radicale avec ses affects.

Mais ce qui apparait également aux vues de ce petit bilan, c’est que nous sommes en présence de tout ce qui caractérise aussi les pathologies narcissiques, borderline, faux self, toxico, etc….sans pour cela que ces personnalités soient forcément des personnalités psychosomatiques. Faut-il en conclure que ces personnalités sont plus vulnérables que les autres à la somatisation ?Ou au contraire penser que la somatisation est une des formes possibles parmi d’autres dans la polysymptomatologie qui caractérise ces organisations (passage à l’acte, toxicomanie, etc…), étant alors une forme de passage à l’acte dirigée non vers l’extérieur mais vers le corps propre ?. A moins que la somatisation ne soit solution ultime, quand tout le reste a échoué, sorte de sacrifice
somatique défensif qui épargnerait la mort psychique ? Comme le disait Mac Dougall, la folie du corps à la place de
la folie tout court ?

Une réponse est peut être apportée par les travaux de Dejour sur la troisième topique dite «  topique du clivage » comme explication tant à la somatisation qu’à toutes ces pathologies où la violence de l’Inconscient semble plus ou moins incontrôlable (psychopathe, borderline, psychotique, névroses de caractère et de comportement…).

Si nous nous référons à la 1° topique freudienne, le psychisme s’étage schématiquement en 3 zones de cette manière :

Conscient
------------------------------
Préconscient (zone « tampon »)
--------------------------------
Inconscient


Il postule l’existence d’un deuxième inconscient, à côté de l’inconscient classique que nous appellerons inconscient II et qui lui est fait de refoulé. Ce deuxième inconscient (Inconscient I) est un inconscient beaucoup plus violent, brutal, instinctuel, au service de l’autoconservation exclusivement. Les lignes de séparation entre
les instances se voient modifiées ainsi :

Préconscient / Conscient
--------------------------------------------
Inconscient II / Inconscient I


On peut voir ici comment le conscient, séparé de l’inconscient II, source de richesse fantasmatique, du préconscient et de son rôle de « filtre », donc le conscient appauvri, opératoire, se voit confronté directement à la violence de l’inconscient I qu’il n’est pas en mesure de maîtriser. On peut y voir l’explication de la brutalité explosive des manifestations soudaines et violentes, irrépressibles, tout autant que celle de la phobie des « émotions » et de la vie psychique qui ne peuvent alors être conçues que comme dévastatrices. . L’Inconscient I serait également le lieu de la fameuse « rage narcissique » subséquente aux séparations/abandons, qui expliquerait la survenue des somatisations suite à des pertes, deuils, abandons,et de manière plus large tout ce qui est
susceptible de réactiver la situation traumatique précoce.
La somatisation viendrait alors dans ce cadre effectivement sauver le conscient de l’envahissement par ces instincts violents et destructeurs qui menacent de le submerger et réellement le « rendre fou ».

Quoiqu’il en soit le problème de la somatisation risque de faire couler encore beaucoup d’encre….

Et c’est sur cette question ouverte que je vous donne rendez vous au mois prochain….

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 29/03/2012

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