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116.Quand le symptôme résiste à toute approche thérapeutique

martine



Bulletin 116 Février 2012
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Quand le symptôme résiste à toute approche thérapeutique
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La psychothérapie, lorsqu’on l’entreprend est porteuse de l’espoir de voir ses symptômes disparaître, sa souffrance diminuer, et sa capacité de profiter la vie se rétablir. Et
heureusement la plupart du temps les résultats sont là ! Les résultats sont positifs dans la mesure où bien sûr l’investissement est suffisant, où on ne fait pas çà en
dilettante , quand on a le temps, mais qu’on comprend que pour un temps du moins, ce travail doit devenir une priorité. Ce qui veut dire aussi que les séances ne doivent pas être des sortes de parenthèses dans sa « vraie vie », totalement séparées du quotidien, mais bien s’intégrer de plus en plus à ce quotidien où leur effet se fait sentir, où un changement se perçoit. Il est également nécessaire de comprendre qu’il faut du temps, qu’on ne démonte pas des mécanismes psychiques en place depuis de nombreuses années comme on démonte le moteur d’une voiture, pour en changer les pièces défectueuses et hop…ça repart ! Comprendre également que le thérapeute n’a pas la solution miracle, la petite pilule magique qui va guérir aussi surement que le paracétamol guérit le mal de tête. En clair, on vous accompagne, on vous soutient, mais personne n’a le pouvoir de faire le travail de changement à votre place. Car même si le changement est essentiellement intérieur de sorte qu’on a l’impression que les choses se font toutes seules parfois, il est évident que lorsque certaines « mauvaises habitudes » se sont installées, il faut parfois un minimum d’effort pour les modifier.

Mais il faut bien admettre que même quand tout ceci est compris et accepté, même quand le patient manifeste un investissement suffisant, fait des efforts sincères, parfois « ça ne marche pas », et parfois même on a l’impression d’assister impuissants à une pathologie qui s’aggrave inéluctablement, alors que la grande majorité des autres patients, souffrant de pathologies équivalentes, et qu’on traite exactement de la même manière, vont eux, de mieux en mieux.

La peur du changement, les résistances, les bénéfices secondaires de la maladie font pourtant partie de toute démarche de ce type et se retrouvent peu ou prou chez tout le monde. On pourrait presque dire qu’on reçoit non pas une mais deux personnes : celle qui a pris a décision de consulter, de se rendre régulièrement aux séances et qui elle, est sincèrement motivée pour guérir, et l’autre, tapie dans l’ombre de l’inconscient, bien déterminée à saboter cette guérison par tous les moyens. Ca fait partie du jeu et ces résistances devront être elles-mêmes démontées et analysées pour être dépassées.

Mais dans ces cas dont je veux vous parler aujourd’hui, ceux où rien ni personne ne semble avoir de prise sur le système, ces mécanismes de défense semblent avoir une telle puissance, une telle immuabilité que rien ne semble pouvoir en venir à bout.

On pourrait incriminer la « méthode » ou le thérapeute qui ne conviennent pas au patient, malheureusement l’expérience montre que souvent les patients n’en sont pas à leur première démarche, loin s’en faut ! Ils ont souvent derrière eux un long parcours thérapeutique dans lequel rien ni personne n’a semblé réussir à les aider de manière durable et significative. Le risque majeur est alors bien entendu de rejeter en bloc thérapie(s) et thérapeute(s), interrompre le traitement pour aller tenter sa chance ailleurs, sans plus de résultat, ou se dire tout simplement que tout ça ne sert à rien et retourner à son marasme.

On trouve ce problème décrit pour la première fois sous la plume de Freud dans « Le Moi et le Ca », puis repris dans « Le problème économique du masochisme ». Il y décrit des patients chez qui il observe le phénomène suivant :

- Dans un premier temps, tout semble se dérouler pour le mieux, le patient fait des progrès notables.
- Le thérapeute lui fait part de sa satisfaction de le voir ainsi progresser.
- On assiste alors à une aggravation aussi brutale qu’inattendue de ses symptômes comme si le patient ne supportait pas d’aller mieux et dès lors s’accrochait littéralement à sa maladie.

Dans ce lien indissoluble qui lie le patient à sa maladie, Freud voit dans un premier temps l’effet d’une culpabilité inconsciente. C’est ce sentiment de culpabilité qui conduirait le patient à préférer la souffrance de la maladie à la guérison, la souffrance satisfaisant alors son besoin d’autopunition.
Ce processus de résistance particulièrement acharnée à la guérison, qu’il appelle « réaction thérapeutique négative » (RTN) serait alors à comprendre comme le résultat du
masochisme du Moi, renforcé par le sadisme du Surmoi. Bien sûr le patient, totalement inconscient de cette culpabilité qui le pousse à s’attacher à une souffrance qu’il est loin d’apprécier consciemment, ne peut admettre une telle interprétation, lui se sent malade, un point c’est tout ! Difficile à admettre qu’il puisse prendre un plaisir, même inconscient à ses symptômes…ça se comprend ! Mais rend très difficile la compréhension et l’analyse du processus …

C’est dans « Au delà du principe de plaisir » que Freud donne une ouverture nouvelle à ce problème. Se basant sur les névroses traumatiques d’après guerre dans lesquelles les personnes ne cessent de revivre inlassablement les traumatismes vécus, il en vient à conclure que dans certaines situations, le sujet, au lieu de rechercher le plaisir, semble se complaire dans la répétition de ce qui le fait souffrir.

Il en déduit, que, comme l’enfant qui dans ses jeux remet en scène les choses qui lui font peur dans le but de maîtriser et apprivoiser cette peur, si la souffrance est ainsi répétée, c’est aussi dans le but de la maîtriser, de l’intégrer, chose qui n’a pu être faite sur le moment en raison de la violence du traumatisme qui a débordé les capacités d’intégration du psychisme.

Dans le transfert, il y a justement répétition d’une situation traumatique du passé qui se rejoue entre patient et thérapeute, le travail de l’analyse étant de prendre conscience de cette situation et élaborer enfin le traumatisme. Or, il est évident que parfois cette élaboration est impossible. C’est alors le phénomène de répétition qui s’installe et la « compulsion de répétition » prend le pas sur le principe de plaisir qui normalement pousse l’individu à rechercher le plaisir et éviter la souffrance.

Il pose alors l’hypothèse d’une pulsion de mort (Thanatos) qui s’opposerait aux pulsions de vie (Eros) qui sont les pulsions sexuelles et les pulsions d’autoconservation. La pulsion de mort a pour but ultime le retour au zéro absolu, équivalent de l’état inorganique initial. Dès lors deux principes animent le vivant, Eros et Thanatos, le premier construit, le second détruit, le premier relie, assemble, le second désunit, détruit les liens. Il attribue alors la RTN à l’action de la pulsion de mort qui a pris le pas sur la pulsion de vie. Les résultats positifs ou négatifs d’une thérapie dépendent alors du rapport de force entre ces deux tendances.

René Roussillon reprendra et complètera ces vues : Partant du principe que la première nécessité face à un traumatisme est de s’en rendre maître, il note que le premier mode de traitement allant dans ce sens est de se poser en tant qu’auteur du traumatisme plutôt qu’en tant que victime impuissante et passive d’une souffrance infligée par l’autre : agir plutôt que subir. Ce qui conduit l’enfant à préférer prendre la responsabilité de la souffrance qu’il subit, qui ne vient donc plus de l’environnement mais de lui-même, processus rendu d’autant plus facile que la différenciation moi/autre n’est pas encore très bien établie. Il pourra donc à partir de là, soit s’infliger à lui-même cette souffrance, soit la faire subir à quelqu’un d’autre à sa place (perversion).

Un autre point de vue très intéressant sur la RTN est celui de D. Anzieu qui lie la RTN à la communication paradoxale. Pour rappel, la communication paradoxale a pour but de plonger celui qui la subit dans un dilemme insoluble, où quoiqu’il fasse, il sera sanctionné. Le cas typique est celui de l’enfant puni parce qu’il n’a pas de bons résultats en classe, et traité de prétentieux quand il en ramène des bons ! Pour lui, les patients victimes de RTN sont des patients qui ont été victimes d’une telle communication de façon répétée et prolongée. Il est à noter tout de même que cette communication paradoxale est un outil de choix pour exercer une emprise sur quelqu’un, et si elle n’aboutit pas de manière systématique comme le pensait l’école de Palo Alto à la schizophrénie, elle reste très fortement destructrice pour le narcissisme du sujet.

Si l’on reprend les trois critères fondamentaux que Dorey attribue à la relation d’emprise :

- Dépossession de l’autre par empiètement sur son domaine privé
- Domination
- Attaque de la liberté d’être et du désir du sujet

Trois critères auxquels on peut ajouter l’attaque de la pensée, on voit à quel point ces situations sont beaucoup moins rares qu’on pourrait le penser dans l’enfance. Il suffit :

- De priver l’enfant d’intimité, soit physiquement (pas d’espace à lui, pas de possibilité de fermer sa porte, traitements intrusifs sous prétexte médical, etc…), soit psychologiquement (vouloir ou pire affirmer tout savoir de lui, ne lui laissant aucun espace d’intimité psychique par exemple)
- D’abuser de la domination inhérente à la nature de la relation parent/enfant
- D’attaquer sa liberté d’être, son désir et sa pensée, ce qu’on retrouve en particulier chez ces parents qui affirment mieux connaître que l’enfant lui-même ses sentiments, ses ressentis, ses pensées et de fait lui imposent les leurs à la place. L’enfant reçoit le message « Tu ne penses pas ce que tu penses, tu ne ressens pas ce que tu ressens, voilà ce que tu penses (doit penser), voilà ce que tu ressens (doit ressentir), voilà ce que tu désires (doit désirer) » ; La disqualification des émotions fait partie du même registre « mais non, tu n’as pas mal, mais non tu n’es pas triste, en colère… ». Ceci constitue un véritable lavage de cerveau et une atteinte grave au sentiment  d’existence et d’individualité de l’enfant, d’où de graves séquelles ultérieures sur son narcissisme.

Si la relation d’emprise attaque ainsi l’individualité de l’autre au travers de ce qui la constitue (désir, pensée), c’est qu’elle a pour but ultime l’annihilation de toute différence.

L’autre doit devenir un objet entièrement « assimilable », afin qu’ « assimilé », il devienne partie de celui ou celle qui exerce l’emprise, et de ce fait vienne colmater l’immense vide qui réside en lui. On ne saurait mieux définir la relation d’emprise qu’en citant J.B. Pontalis « Il n’est pas sûr que la haine veuille tuer, elle risquerait alors de s’éteindre. Ce qu’elle veut d’abord, c’est immobiliser et mieux encore contraindre l’autre à vouloir cette immobilité, celle d’une proie captive qui consacre sa déchéance et signe sa reddition ».

En effet, il se crée entre l’initiateur de l’emprise et celui qui la subit une forme d’alliance où la pulsion de mort de l’émetteur éveille en écho la pulsion d’autodestruction de
celui qui subit l’emprise.

Chez les patients ayant été victimes d’une emprise parentale, on observe deux types de phénomènes :

- D’une part le patient va avoir tendance à faire subir au thérapeute ce dont lui-même jadis a été victime, le plaçant dans une situation où quoiqu’il dise ou quoiqu’il fasse, il sera mis en échec, lui faisant ressentir la paralysie et l’impuissance qui était celle du patient à l’époque (entre autres !).

- D’autre part, le patient lui même revit cette relation d’emprise à son encontre de la part du thérapeute. En effet lorsqu’on lui interprète un fonctionnement inconscient, donc
qu’il ne ressent pas, forcément, n’est-on pas en train de lui dire qu’on sait mieux que lui ce qu’il sent ? N’est-on pas en train de lui dire qu’il ne pense pas ce qu’il croit penser, bref qu’on sait mieux que lui ce qu’il pense et ce qu’il désire, ou pire qu’il DOIT abdiquer sa pensée et son désir pour le remplacer par ce que nous voulons qu’il soit !

Ceci explique l’acharnement que mettent ces patients à nous convaincre à tout prix de ce qu’ils vivent et ce qu’ils éprouvent , comme si, si on leur répond comme on le fait,
c’est qu’on ne les croit pas ou qu’on ne les comprend pas. Ainsi pourront-ils répéter en boucle leur souffrance ou leurs griefs, accumulant les détails, les preuves, comme s’ils voulaient nous faire admettre une évidence qu’on n’arrive pas à entendre. La RTN serait alors défense contre ce qui est ressenti comme une deuxième tentative d’emprise sur sa personne, exercée par le thérapeute et contre laquelle il se défend avec acharnement, inconsciemment bien sûr, bien que dans des ruptures brutales de
thérapie, le reproche émis directement se fasse parfois jour.

Je terminerai ce petit tour, très loin d’être exhaustif, des théories autour de la RTN, par l’approche d’André Green, qui vient malheureusement de nous quitter récemment. Et plus particulièrement parler de ces patients qui eux aussi sont très souvent victimes de la RTN, ces patients qui sont animés par ce qu’il appelle « la logique du désespoir » :

- Chez eux, comme l’avait constaté Freud, le principe de plaisir semble s’être inversé : loin de rechercher le plaisir et éviter la souffrance, ils évitent le plaisir et « recherchent » la souffrance, non dans leur intention consciente bien sûr, mais leurs actes et leurs choix de relations vont tous dans ce sens. Une fois l’échec advenu, où le symptôme établi, la souffrance devient le centre de tout, et ils semblent dans la totale impossibilité de faire quoi que ce soit pour en sortir, comme si elle les paralysait,leur enlevait la capacité même de penser à tenter de changer les choses. La souffrance revient en boucle infernale, obnubilant leur pensée, répétitive, envahissante, et
apparemment pour eux invincible. Lorsqu’on tente de proposer des solutions (que par ailleurs ils viennent chercher), aucune de ces solutions ne semble leur convenir, soit qu’elle leur paraisse inadaptée, soit trop difficile, soit simplement impensable, même s’il ne s’agit que de tout petits changements à apporter à leur vie. Et ce sans qu’on ne puisse trouver de « bénéfice secondaire » suffisant pour expliquer la recherche d’une souffrance réellement parfois extrêmement dure à supporter. Je rajouterai que la « compulsion de répétition » est systématique et omniprésente. Ils semblent qu’ils ne puissent se sentir vivre un peu que dans la souffrance, qui n’est en dernière analyse qu’une accusation implicite envers ceux qui les ont mis au monde.

- Pour eux, les objets semblent n’avoir d’existence que par la déception et le déplaisir qu’ils procurent. D’où une recherche de relations décevantes et la fuite de toute relation qui pourrait leur apporter épanouissement et bonheur. Il semble que dès qu’un espoir se profile à l’horizon, cela leur soit inconsciemment insupportable, et une mise en échec immédiate s’ensuit, on abandonne l’activité épanouissante, on rompt une relation prometteuse, etc.…

- Ces sujets semblent éprouver, au delà d’une mauvaise estime d’eux-mêmes, une véritable haine d’eux-mêmes. Selon A Green, cette haine serait le résultat d’un compromis entre un inextinguible désir de vengeance contre un objet qui les a frustrés et le souci de protéger l’objet de leur hostilité. Ces deux composantes se retrouvent toujours, parfois c’est le désir de vengeance qui prend le pas et l’hostilité est alors marquée, parfois c’est le désir de protection, l’hostilité pouvant être alors totalement déniée. Ce désir de vengeance prend sa racine dans une blessure narcissique que l’objet leur a infligée et qui a durablement invalidé leur narcissisme. Ils ne pardonnent à
l’objet ni sa carence, ni la blessure infligée. Parallèlement ils ne supportent pas que l’objet puisse avoir d’autres sources de satisfaction qu’eux-mêmes, bien que cette profonde jalousie soit le plus souvent totalement inconsciente. Il est à noter que de manière générale le bonheur des autres leur est tout aussi insupportable que le leur, et leur envie se transforme en une critique et une attaque acharnée de quiconque semble s’épanouir un tant soit peu.

- On pourrait penser que la haine éprouvée pour l’objet retournée contre eux est la source des souffrances qu’ils s’infligent. Il semblerait toujours selon l’auteur, que ce soit
surtout le fait d’une indifférenciation sujet/objet dans laquelle ils confondent le mal qu’ils souhaitent se faire et le mal qu’en réalité ils souhaitent faire à l’objet.

- Cette logique du désespoir semble avoir pour but de prouver à tout prix que l’objet est mauvais, qu’il ne peut être animé de bonnes intentions à leur égard. Soit ils font en sorte d’être abandonnés , soit ils cherchent un partenaire décevant , voire toxique, avec lequel ils établissent une relation de tonalité sadomasochiste, soit ils cherchent systématiquement la faille chez l’autre pour prouver qu’il est réellement insuffisant ou malveillant, soit, si l’autre les satisfait, ils éprouveront de la méfiance, comme si ce n’était pas possible, comme s’il était impossible qu’on les aime et soupçonneront des intentions malveillantes cachées derrière le masque de l’amour. En clair, si tout va bien, ce n’est pas normal, ça cache quelque chose, ça ne va pas durer.

- S’ils sont capables d’établir quand même des liens, c’est à l’unique condition que le lien ait un résultat négatif, que les choses se passent mal. Mais attention, si l’union heureuse à l’objet est impossible, ce n’est pas tant en raison d’un interdit qu’en raison du fait qu’ils sont tout autant incapable d’aimer que d’envisager qu’ils puissent l’être.

- Le conflit amour/haine est central, mais la fixation porte essentiellement sur la haine, même lorsqu’elle est masquée. L’ambivalence est tout aussi extrême que leur totale incapacité à la supporter. L’objet ne peut en aucun cas être aimé et haï à la fois, en général il est haï, mais lorsqu’il est aimé, il est vu comme objet absolument parfait,donc finalement ne pourra bien sûr que devenir décevant ! Cet objet idéal , parfait, qu’ils recherchent en vain parmi les êtres humains est le symétrique de leur image d’eux-mêmes extrêmement idéalisée, fut elle négative : faute d’avoir des qualités extraordinaires, ils auront des défauts hors du commun !

- Si la ténacité de cette haine, qui s’oppose à la guérison, est si intense, c’est qu’ils ne peuvent accepter de la lâcher sans avoir au préalable reçu ce qu’ils estiment être leur dû, au moins une réparation, une vengeance du préjudice subi (préjudice réel dans l’enfance, projeté dans toutes les situations du présent). Mais c’est également parce que cette haine s’accompagne d’une culpabilité bien particulière : non la culpabilité de haïr car soit ils n’en sont pas conscients, soit ils trouvent cette haine totalement justifiée, mais la culpabilité d’abandonner l’objet de leur haine. En effet, le laisser tomber pour aller vivre une relation heureuse avec un autre objet revient à le faire disparaître et bien sûr surtout faire disparaître l’objet originel, l’objet parental, à l’intérieur de soi, l’anéantir. Ceci leur est insupportable et leur fait préférer un mauvais objet qu’un objet disparu pour toujours, y compris si leur bonheur est à ce prix.

Ce type de patient peut se présenter sous deux facettes : soit on assiste à une plainte dépressive, un ton accablé et une description inlassable de leurs échecs et leurs symptômes, décrits avec une quantité impressionnante de détails, sur un ton accablé, soit le côté quérulent , critique, accusateur et revendicateur est mis en avant, soit c’est une alternance des deux. Leur insatisfaction est chronique, nul ne peut les satisfaire sur le long terme, toute relation positive est vouée à l’échec. La recherche des liens insatisfaisants est primordiale, ceux là seuls les intéressent, tout lien « menaçant » d’être heureux est immédiatement sabordé. Perpétuellement dans la souffrance,attribuée aux conditions de vie qu’ils ont eux-mêmes largement contribué à créer, au fond, ces personnes en veulent à tout le monde, sauf parfois à l’objet parfait provisoirement élu et idéalisé . Sans cesse lésés, leur hypersensibilité et leur intolérance à la critique les font réagir à toute remarque, jugement, réflexion, vécus comme
des attaques personnelles. Ils sont d’ailleurs extrêmement curieux de savoir ce que l’autre pense d’eux et lui attribuent des pensées à leur sujet loin d’être toujours réalistes, mais le plus souvent bien sûr, très négatives.

Leurs entretiens thérapeutiques tournent autour de leurs griefs dont le thérapeute est fait témoin, sans qu’il ne soit pour cela question d’y changer quoi que ce soit. Figés dans des relations ressenties comme insatisfaisantes, ces patients semblent pourtant s’y accrocher avec l’énergie du désespoir alors même qu’on sent bien que l’amour n’est plus de la partie (si tant est qu’il y ait été un jour). La conscience de la haine diffère d’un individu à l’autre : certains l’assument sans culpabilité apparente, d’autres la dénient totalement et mettent alors en avant le souci qu’ils ont de protéger l’objet de tout ce qui pourrait lui advenir de mauvais. Il est probable que dans le conflit désir de vengeance/ désir de protéger l’objet, les rapports de force soient différents d’un individu à l’autre, parfois l’un s’impose, le plus souvent l’un est affiché en paroles, l’autre agi (par exemple on affirme haut et fort vouloir protéger et en fait on fait tout son possible pour nuire à l’objet). Mais quand un terme du conflit est là, l’autre n’est pas loin, et un désir extrême de protection de l’autre masque difficilement ce de quoi on veut le protéger, à savoir sa propre haine !

Quoiqu’il en soit, c’est en raison de cette fixation haineuse tenace, que la RTN se fait jour, au nom, cette fois du refus d’abandonner l’objet de sa haine.

Après ces quelques pistes de réflexion sur les causes présumées d’échecs thérapeutiques, je vous souhaite un excellent mois de février et vous donne rendez vous au mois prochain.

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com


Envoyé le 29/01/2012

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