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107. Identification à l'agresseur (symptôme de Stokholm)

martine

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Bulletin 107 Mai 2011
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L’identification à l’agresseur (syndrome de Stockholm)
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Le 23 août 1973, un évadé de prison, Jan Erik Olsson tente de braquer une banque à Stokholm. Le braquage échoue et les forces de l’ordre interviennent. Pris au piège, Olsson se retranche dans la banque et prend en otage quatre employés dont il négocie la libération en échange de celle de son compagnon de cellule, libération qu’il finit par obtenir. En échange les otages sont libérés, comme promis. On assiste alors à un événement étonnant : les otages prennent la défense du ravisseur, s’interposent entre lui et les forces de l’ordre, témoignent en sa faveur , lui rendent visite en prison, et l’une des otages prénommée Kristin va même entretenir une relation amoureuse avec lui.

Un peu moins d’un an après, aux Etats Unis, Patricia Hearst, riche héritière d’une famille aisée propriétaire du groupe Hearst Corporation, est enlevée sur le campus de l’université de Berkeley où elle fait ses études par l’ALS un groupe activiste d’extrême gauche fort connu à l‘époque par les médias américains pour ses faits de violence. Là encore il y a demande de rançon. De fait les ravisseurs attendent de la famille Hearst qu’elle débloque des fonds pour fournir de la nourriture aux quartiers pauvres de Los Angeles. Dans un premier temps la famille accepte, mais pour des raisons de mauvaise organisation la nourriture ne peut être distribuée. Les ravisseurs demandent alors le double, ce à quoi la famille se refuse, alléguant leur impossibilité à faire face à une telle dépense. Les forces de l’ordre interviennent alors , mais la tentative de libération de Patricia Hearst échoue et les ravisseurs arrivent à s’enfuir, emmenant avec eux leur prisonnière qui devra alors subir à partir de ce moment de la part de ses ravisseurs un certain nombre de maltraitances. On la retrouve peu de temps après sous le pseudonyme de Tania. Elle est devenue militante active du groupe, entretient même une relation amoureuse avec un des activistes et passe plusieurs fois dans les médias pour parler de son histoire. Elle vilipende alors la bourgeoisie, dont ses parents, le sexisme de son ancien compagnon, etc, etc…bref elle a radicalement changé de bord et se bat maintenant pour la cause de ses anciens ravisseurs dont elle est devenue l'alliée. Elle participe même à plusieurs attaques à main armée aux cours desquelles une femme est tuée. Lorsque l’ALS finit par être démantelée et les derniers membres dont elle fait partie arrêtés, il y a un procès. P Hearst est condamnée à sept ans de prison mais voit sa peine réduite à deux car elle aurait agi sous la contrainte. Or, tout nous démontre qu’elle aurait tout à fait pu à de nombreuses reprises quitter le groupe, le fait que ses ravisseurs lui ait confié des armes, il y a même des témoignages de membres de l’ancienne ALS qui ont affirmé lui avoir laissé le choix de partir. On sait aussi qu’elle s’est livrée de son propre chef à des humiliations gratuites, hors toute contrainte, à l’encontre d’autres otages pris par l’’ALS au cours de leurs différentes actions, ce qui tend à prouver qu’elle agissait alors de son propre chef et par conviction personnelle..

Ce comportement paradoxal qui fait que la victime prend fait et cause pour son agresseur, adopte ses idées, développe des sentiments positifs à son égard, et prend sa défense en développant des sentiments hostiles envers ceux qui l’attaquent, justice y compris, , a été décrit par le psychiatre F Ochberg sous le nom de « syndrome de Stockholm ».

Ce mécanisme, totalement inconscient n’a rien à voir avec une quelconque « persuasion » où la victime se laisserait convaincre par le bien fondé des idées du ravisseur, ni même de sentiments qui naîtraient de la cohabitation prolongée avec les agresseurs. Car dans la plupart des cas, il y a maltraitance de la part des ravisseurs envers les victimes et cette cohabitation forcée devrait de ce fait se montrer extrêmement angoissante plutôt que cordiale. On peut alléguer un certain masochisme qui pousserait à prendre plaisir à la maltraitance, mais il semble bien plutôt que dans ce cas on ait en fait affaire à un mécanisme inconscient de survie.

En effet il y a traumatisme : l’individu se voit privé de sa liberté , il lui est fait violence, une violence parfois physique, une violence morale toujours car il est insupportable au Moi d’être piégé, à la merci de l’autre. Ajoutons à çà l’angoisse de mort qui découle du fait d’’être au pouvoir d’un autre tout puissant et pas forcément bien intentionné qui prend droit de vie et de mort sur soi. La seule logique qui puisse exister alors est celle de la terreur. Une terreur qui met en danger le sentiment d’existence du Moi, un Moi par ailleurs maltraité par les éventuelles humiliations subies, surtout si elles se prolongent dans le temps, ce qui est le cas dans la prise d’otage. Menacé de mort physique et/ou psychique, le Moi (qui est en grande partie inconscient je le rappelle) va alors élaborer un système complexe pour se défendre de cette réalité insupportable, cette stratégie consiste essentiellement à ne plus faire qu’un avec l’agresseur, de ce fait il n’y a plus d’agression. Se crée alors:

- Un mouvement tendant à la fusion avec l’agresseur qui se manifeste par des sentiments positifs de sympathie, d’empathie, voire de tendresse et d’amour, et sur le plan intellectuel une adhésion à ses idées qui justifie entièrement un comportement qui d’abusif devient juste, voire positif.

- C’est cette tendance à la fusion, à ne faire plus qu’un qui déclenche les sentiments amoureux régulièrement relatés dans ces cas. On peut aussi voir un phénomène de ce type dans l’idolâtrie que peuvent déclencher certains tyrans de la part d’un peuple que de fait ils oppriment. N’oublions pas que fusion et passion vont de pair !

- Les actions qui en découlent obéissent à cette nouvelle « logique ». Quand les forces de l’ordre et la justice interviennent, l’agresseur se transforme en victime à défendre, et ceux qui représentent la justice deviennent agresseurs à combattre. Dans le cas de Patricia Hearst ses nouvelles « convictions » politiques font d’elle une activiste anti bourgeoisie très active contre cette même bourgeoisie dont elle est issue et qu’elle n’a jamais jusque là remise en cause.

On ne peut s’empêcher de faire le lien avec ce que Anna Freud décrivait en 1946 dans « Le Moi et les mécanismes de défense » sous le nom d’ « identification à l’agresseur ».

Pour introduire ce concept elle commence par nous citer le cas d’un écolier qui lorsqu’il est réprimandé par son instituteur se livre à des grimaces telles qu’il déclenche l’hilarité de toute la classe. Deux solutions se font jour : soit l’écolier se moque ouvertement de son instituteur, soit il est pris de tics nerveux. L’observation de l’enfant démontre qu’en fait lorsqu’il écoute son instituteur le réprimander, pour ne pas subir l’angoisse que déclenche cette réprimande, il s’identifie à lui, fait sienne sa colère, et inconsciemment s’attribue les expressions de son visage. Les « grimaces » sont de fait une caricature involontaire des expressions du visage de l’instituteur en colère.

De même cette petite fille qui a peur de traverser un corridor, persuadée qu’il y a des fantômes. Elle finit par dominer son angoisse et réussir à traverser le corridor, mais au prix d’une attitude très bizarre au cours de cette traversée. De fait elle gesticule très bizarrement tout le temps de la traversée puis expliquera à son petit frère « qu’il ne faut pas avoir peur de l’antichambre….tu n’as qu’à jouer à être toi-même le fantôme qui pourrait venir ». C’est d’ailleurs un fait commun dans les jeux des enfants de les voir ainsi exorciser leurs peurs en prenant la place du monstre qui les terrorise. Il y a de ce fait un passage de la position passive d’agressé à la position active d’agresseur comme on peut le voir dans certains comportements où la peur de l’agression de l’autre déclenche un phénomène d’agressivité préventif et que résume bien le dicton : « La meilleure défense c’est l’attaque ».

Cette identification à l’agresseur joue un rôle essentiel dans la formation du Surmoi de l’enfant, cette instance psychique morale qui intériorise les interdits parentaux : l’enfant puni au préalable pour certains comportements va désormais s’auto-punir pour ces mêmes comportements, ou du moins se les interdire lui-même.

Nous retrouvons bien là toutes les caractéristiques du syndrome de Stockholm tel que décrit précédemment, mais en dehors de tout traumatisme violent tel que peut constituer un rapt ou une prise en otage où la survie est effectivement menacée.

A moins que…..

Rappelons nous tout de même que le Moi d’un enfant est particulièrement sensible, fragile et immature. Ce qui fait que ce qui est considéré comme une agression violente est très différent de ce que nous comprenons nous, adultes comme agression violente. Rappelons nous aussi que l’enfant est en quelque sorte « pris en otage » dans le milieu dans lequel il est né. Que peut-il faire d’autre que rester et supporter ? Peut-il déclarer son milieu familial « toxique » et faire sa valise ? Rappelons nous aussi que l’identification est à la base de la constitution de l’individu, et que les premières identifications ne peuvent se faire qu’avec les parents. Et que, pour aggraver le tout, l’enfant doit impérieusement se sentir aimé sous peine de sentir sa survie menacée. Alors on comprend mieux que l’enfance réunit toutes les conditions pour l’établissement d’un syndrome de Stockholm pour peu que l’enfant se sente menacé dans son intégrité. Et on comprend mieux d’un coup la transmission transgénérationnelle de la violence.

Nous nous constituons sur la base d’identifications, par contre on ne choisit pas les personnes à qui on va devoir s’identifier. Ce sont nos parents, et ils sont ce qu’ils sont, c’est notre lot et nous ne pouvons y échapper. Le fait que le processus soit inconscient fait en outre que même des années après, devenus adultes , et même si nous avons compris beaucoup de choses et sommes amenés à critiquer le système dont nous sommes issus, même si nous voulons radicalement changer les choses, le processus reste plus ou moins actif à notre insu.

Je vous propose de suivre quelques instants le cas de Marie, un cas exemplaire en ce qui concerne la transmission intergénérationnelle de la violence  et surtout les voies détournées qu’elle peut prendre:

Marie a été élevée dans un milieu extrêmement violent entre un père fou et sadique qui terrorisait toute la famille et une mère impuissante et dépressive, elle même victime de la terreur ambiante. Marie a du faire face à une angoisse terrible face à la menace permanente que constituait ce père et ses réactions tant violentes qu’imprévisibles. Puis l’angoisse a peu à peu fait place à des sentiments très positifs et très tendres envers ce père qu’elle a appris à charmer par sa gentillesse et sa soumission, ce point est essentiel pour la compréhension de la suite. Elle savait que c’était le seul moyen qui pouvait la protéger de sa maltraitance ainsi détournée sur le reste de la fratrie, certes, mais Marie s’est aussi prise à son jeu et a fini par éprouver une tendresse réelle pour ce père incompris de sa femme qui au fond pour elle, n’avait que ce qu’elle méritait. Elle avait pris fait et cause pour son agresseur et ainsi son angoisse s’est estompée et a fait place à des sentiments positifs. La survenue d’un inceste , fréquent dans ce type de configuration est venue sceller ce couple indissociable formé par le père et la fille. Elle avait bel et bien pris la place de sa mère et défendait jalousement ses privilèges contre toute rivale potentielle (la mère, les sœurs sur qui le père bien sûr avait des vues).

Devenue adulte Marie a changé d’avis et a compris à quel point son enfance avait été ravagée par cette violence et cette perversion. Elle s’est donc élevée avec indignation contre ce qui s’était passé et en a même nourri une violente haine tant contre le père abuseur que contre la mère complice. Elle s’est alors apparemment reconstruite en réaction contre ce qu’elle avait connu : à la violence elle a opposé la non violence, à la non considération de l’autre, un dévouement à toute épreuve, et ainsi de suite….

Toutefois Marie ne peut que très rapidement constater qu’elle ne déclenche auprès des autres que 3 types de réaction, toujours les mêmes :

- Le rejet : on la fuit comme la peste, on la trouve envahissante, étouffante, intrusive, autoritaire, parfois même elle se heurte à un rejet plus agressif incompréhensible pour elle qui n’est que gentillesse et serviabilité.

- L’exploitation : certains comprennent vite que Marie est la « bonne poire » qui ne leur dira jamais non, et exploitent cet aspect d’elle sans vergogne et surtout sans jamais lui renvoyer l’ascenseur.

- Une troisième catégorie de personnes semble avoir une réaction diamétralement opposée : ils la portent aux nues, ne vivent plus qu’à travers elle, mais ils sont tous sans exception victimes de pathologies lourdes et s’accrochent à elle comme à une bouée de sauvetage et constituent très vite pour elle une charge aussi pénible que peu gratifiante. Là encore on semble tout exiger d’elle sans jamais rien donner en retour.

Au fil du temps, face à ces réactions, Marie va devenir amère, misanthrope, désabusée et se trouve renvoyée à un douloureux sentiment d’injustice et de solitude. Elle sent qu’elle ne peut compter sur personne, devient méfiante à l’extrême, et ne tarde pas à considérer l’autre comme un exploiteur potentiel ou un individu hostile. Marie se sent exploitée comme au fond elle l’a toujours été. Mais Marie se rebelle, décide qu’elle ne se laissera plus faire, les abuseurs, elle connaît, et elle n’a aucune envie de s’y soumettre comme elle a du se soumettre à son père. La voilà de retour à la case zéro, elle qui a tant et si bien réussi à s’en sortir malgré une enfance des plus difficiles se voit à nouveau confrontée à voir ce sentiment de solitude, d’injustice et de désarroi refaire surface, comme si le passé ne voulait pas mourir et que tout le monde se mettait d’accord pour faire d’elle une victime, comme si son père avait écrit ce nom à l’encre indélébile sur son front.

C’est alors la rage qui s’empare de Marie, la haine l’envahit, une haine qui à l’origine est tournée contre son père mais va très vite faire boule de neige et se projeter sur l’humanité toute entière. Marie ne supporte pas de perdre le contrôle et d’être exploitée , se rebelle contre la manière dont elle est traitée, toutes choses qui la renvoient à des sentiments insupportables, qu’elle ne veut surtout pas voir revenir. Et puisque il semble que ça soit son lot, les autres n’ont qu’à bien se tenir, ils vont voir ce qu’ils vont voir ! Marie persuadée maintenant d’être victime d’un monde peuplé de gens hostiles et abusifs va se défendre, hors de question qu’elle se fasse avoir une seconde fois ! Les exploiteurs, elle va les exploiter, les abuseurs, elle va les abuser, les manipulateurs, elle va les manipuler !

A partir de là Marie va se couper de ses sentiments, ne va plus vivre que pour la lutte pour le pouvoir, dépourvue de la moindre empathie pour quiconque, vu d’emblée comme un abuseur potentiel dont elle doit se défendre. Et Marie est très douée pour renverser la vapeur : car une enfance vécue dans de telles conditions laisse souvent une très grande intuition en ce qui concerne la psychologie de l’autre et une hypervigilance au moindre détail : lorsque la survie est en jeu, toutes les antennes se déploient et l’intellect fonctionne à plein pot, lorsqu’on a vécu en situation de danger pendant des années, on en retire une redoutable efficacité pour survivre à tout prix. Revenue dans le même monde hostile qu’elle a déjà connu, Marie peut aujourd’hui se défendre avec les armes (supposées) de l’adversaire, et de fait Marie va devenir comme son père, haineuse, rageuse, avec une volonté de détruire au delà du commun. Mais pas gratuitement, comme lui, sous le coup du débordement de l’impulsion haineuse, elle, elle ne détruit de fait que ceux à qui elle attribue le pouvoir de la détruire, c’est donc pour elle de la légitime défense, de la survie. Très rapidement elle a du succès, et remporte quelques victoires éclatantes sur ses « ennemis ». Elle en retire un sentiment d’extrême jouissance, elle se sent toute puissance, exaltée par le sentiment que rien ni personne ne pourra lui résister, qu’elle est invincible. Marie prend dès lors un intense plaisir à exploiter, spolier, abuser l’autre, manipuler ses sentiments, et réduire en esclavage ceux qui ont le malheur de s’attacher à elle. Surtout ceux là d’ailleurs car rien ne constitue pour elle un plus grand danger que la promiscuité affective, on comprend pourquoi ! Son exigence envers l’autre, infiltrée de son insatiable revendication affective aujourd’hui déniée, est devenue démesurée, il n’a plus le droit d’exister en dehors d’elle et elle sait s’en donner les moyens !

Une analyse en profondeur montre vite que Marie est devenue la réplique exacte de son père, qu’elle est mue par la même haine et la même volonté de pouvoir, le même refus de l’altérité de l’autre vécu comme objet utile qui ne doit jamais exister en dehors de son désir tout puissant. Mais là où chez son père il ne subsistait aucun doute, chez Marie le système est beaucoup plus vicieux. Car Marie l’a modulé en fonction de ses propres convictions, ses propres apprentissages et sa propre personnalité. Des apprentissages qui peuvent se résumer ainsi :

- La violence est mauvaise, dangereuse, jamais je ne serai comme mon père.
- Douceur et gentillesse sont le meilleur moyen de mener l’autre là où on veut le mener, l’arme fatale de la manipulation, puisque même mon père n’y a pas résisté.
- Les gens sont animés des pires intentions, la vie n’est qu’une lutte de pouvoir dans laquelle il est hors de question que je sois encore une fois perdante.

Marie doit donc faire un compromis entre son avidité affective, sa terreur de l’intimité, sa terreur de la violence, sa haine et sa volonté d’emprise sur l’autre héritée de son père et la menace dépressive qui se pointe dès qu'elle se retrouve confrontée à son impuissance infantile. Elle remplace donc la violence physique par la violence morale cachée sous le masque d’une extrême gentillesse, la tyrannie ouverte par le chantage affectif et la manipulation, et pour couronner le tout persuade l’autre et elle-même qu’il a bien mérité ce qui lui arrive, le culpabilisant tout autant qu’elle s’est sentie elle coupable enfant, et qu’elle est intimement persuadée que l’agressée, c’est elle et que ses actes sont donc purement légitimes.

Le système s’est raffiné, mais reste au fond identique à lui même. Les émotions sont sous contrôle, mais les intentions sont les mêmes, la haine est le moteur, la destruction de l’autre le moyen de survivre. Mais Marie reste persuadée qu’elle est définitivement hostile à toute forme de violence et très différente de son père qu’elle continue de condamner et serait très surprise d’apprendre qu’elle lui ressemble tant ! Pour garder ces convictions morales et donc préserver l’image qu’elle a d’elle même, elle a du faire subir à la réalité une déformation significative, qui lui a donné une vision du monde teintée de paranoïa, dans laquelle ses actes ne sont que légitime défense. Un monde conforme toutefois à celui qu'elle a connu jadis.


Nous voyons donc se dessiner la pathologie en quatre temps :
- Un premier temps d’identification à l’agresseur directe, dans l’enfance
- Un deuxième temps de prise de distance critique et de volonté consciente de se construire en réaction au modèle subi
- Un troisième temps d’échec cuisant qui la renvoie à sa position d’enfant impuissante victime d’un monde hostile
- Un dernier temps de défense contre cette position de victime qui la fait prendre le contre pied en une seconde identification à l’agresseur beaucoup plus subtile et détournée que la première du fait de son statut d’adulte ayant un pouvoir sur le monde, et de ses convictions non violentes auxquelles elle doit se conformer pour justifier ses actes qui de fait le sont.

Contrairement aux apparences, il n’y a pas eu tant d’évolution que ça, et tout est toujours resté latent en Marie, tant son identification à l’agresseur que la répétition de sa position de victime. Le choix de la douceur contre la violence justifié par des valeurs morales et l’expérience douloureuse de son passé est aussi et surtout une répétition de la séduction infantile visant à se faire aimer de l’autre (le père terrible qui l’a « aimée » grâce à sa docilité et sa gentillesse). Et l’échec de ses « bonnes intentions » n’est pas non plus du au hasard. Le mot-clef est « emprise », la même volonté d’emprise que son père auquel elle s’est tant identifiée. Et si Marie a appris à passer maître dans l’art de la maîtrise émotionnelle, elle ne peut toutefois pas échapper à la règle que dans la communication on transmet plus ce que l’on est que ce que l’on montre. La gentillesse de Marie a un effet paradoxal qui tend à mettre mal à l’aise beaucoup plus qu’à attirer la gratitude.

Un exemple parmi les multiples signaux non verbaux qu’elle « envoie » : Marie prononce toujours ses phrases, en particulier les phrases à visée de message positif en deux temps : un premier temps qui correspond à l’attaque de la phrase totalement discordant entre ce qui est dit, en général gentil ou neutre et un ton empreint d’agressivité, de mépris et d’autoritarisme qui inflige un incontrôlable mouvement de recul comme si on était agressé. Suivi d’un brusque changement de ton, sans transition où la voix se fait doucereuse, câline, une voix de petite fille plaintive et/ou séductrice Marie dévoile ainsi à son insu, chaque fois qu’elle ouvre la bouche les deux aspects de sa personnalité, celle identifiée à son père et celle de l’enfant victime, assoiffée d’amour tentant de charmer le parent hostile. Le tout est d’ailleurs en accord avec sa présentation physique de femme mûre se voulant résolument moderne et dynamique, mais que trahissent quelques détails dans la coiffure ou les accessoires qui conviendraient mieux à une enfant de dix ans qu’à une femme de son âge. Quant au regard, il est fait d’un mélange de prédation, d’attente et de d’angoisse qui ne peut qu’interpeller. Face à un tel paradoxe vivant, on est quasiment obligé de définir Marie l’indéfinissable : qui y verra l’autoritariste la rejettera, qui y verra la petite fille en plein désarroi aura la volonté de la protéger, qui verra la séductrice se laissera aller au chant des sirènes, qui a besoin de sécurité demandera à la femme volontariste et responsable prise en charge et protection, mais qui pourra se vanter de rencontrer la vraie Marie si composite et si disparate ? Et qui de ce fait pourrait ne pas décevoir le besoin d’amour authentique que comme tout être humain ( plus que tout autre vu les carences) elle recherche ? On ne peut pas aimer Marie, on ne peut aimer qu'une partie de Marie...celle dont on a besoin ! Elle n'a donc pas forcément tort de se sentir exploitée...

Le destin de Marie était donc en partie écrit dès le départ dans la manière dont elle s’est construite, quelle que soit sa volonté consciente de prendre une autre voie. Replonger dans une nouvelle identification à l’agresseur était un des choix de survie possible (elle aurait tout aussi bien pu replonger dans l’état douloureux de victime impuissante), un choix dont la voie était également tracée dès l’enfance….
A vous tous un excellent mois de mai et rendez vous au mois prochain pour un nouveau thème
Cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 03/05/2011

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