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106. Ces enfants qui nous tyrannisent

martine

BULLETIN 106 Avril 2011
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Ces enfants qui nous tyrannisent
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Si on n’en héberge pas un chez soi, on en connaît au moins un dans l’entourage ! Ils ont trois ans, dix ans, quinze ans, ou même plus ( lorsqu’on a affaire à des adultes dépendants qui parfois fonctionnent sur le même registre de base, seules les modalités d’expression changent pour s’adapter au monde adulte) et font le désespoir de leurs parents qui ne savent plus comment faire pour mettre des limites à ces démons incarnés qui les harcèlent de leurs cris ou de leurs crises, font régner violence et confusion autour d’eux et semblent trouver normal qu’on n’ait d’autre occupation qu’être au service de leurs volontés. Pour les professeurs, c’est le cauchemar, celui qui perturbe le bon déroulement de la classe , frappe les autres, provoque retenues et punition sans qu’aucune mesure ne semble avoir la moindre prise sur lui. Et lorsque à bout de force ils convoquent les parents, c’est souvent pour se confronter à la démission de ces derniers, eux-mêmes depuis longtemps épuisés , ayant renoncé à venir à bout de ce « caractère » colérique, indiscipliné et tyrannique à la fois. Alors de guerre lasse, ils cèdent, ou punissent selon les jours, et surtout selon leur état d’humeur et leur capacité du moment à supporter l’éternel recommencement de cet enfer quotidien, faisant ainsi monter d’un degré, par leur manque de stabilité, la confusion ambiante.

Sont-ils des parents incompétents ? Y-a-t-il eu de graves fautes d’éducation, des traumatismes ? Trop ou pas assez de rigueur ? Ou encore est-ce que simplement ils ont tiré le « mauvais numéro » avec cet enfant constitutionnellement différent des autres ? C’est à ces questions que beaucoup de monde se pose que ce bulletin va tenter de répondre.

D’abord nous allons tenter de dresser un portrait type de l’enfant-tyran. Selon l’âge les modalités d’expression changent , toutefois les caractéristiques restent les mêmes :

- Ils ne supportent absolument pas la moindre frustration qui déclenche chez eux de véritables accès de rage.
- Ils sont provocateurs, sans cesse dans le défi, et semblent n’avoir peur de rien
- Ils posent des actes de violence caractérisée parfois sur les autres, parfois sur eux-mêmes. Ces comportements violents pouvant alterner avec d’autres comportements plus câlins où la dépendance et le manque de maturité se fait jour selon l’âge. On a ainsi l’impression d’être alternativement face à un gros bébé immature , et à un tyran omnipotent qui impose sa loi à tout le monde.
- Ce qu’ils font le mieux : vous pousser à bout. Toucher la limite de ce qui est supportable, déclenchant bien sûr des comportements violents en retour : coups, punitions drastiques, à moins que d’épuisement vous ne sombriez dans un abattement dépressif et le plus pur laxisme.
- D’ailleurs les punitions et les mouvements de rejet, ils semblent carrément les chercher, tellement parfois qu’on se demande si ce n’est pas leur unique but.
- Mais ce qui est sans doute le plus exaspérant, c’est ce sentiment jubilatoire qui émane d’eux quand ils ont atteint vos limites, quand ils ont réussi à vous faire sortir de vos gonds.
- Parfois leur attitude est destinée à un seul des deux parents, en général la mère, et parfois même c’est uniquement à elle qu’ils réservent leurs crises, adoptant un comportement adorable avec les étrangers au point qu’en plus ils vous font passer pour une menteuse !
- Ils semblent trouver totalement normal que l’entourage soit à leur disposition pour satisfaire leurs moindres désirs et leurs moindres besoins, et ne lèvent même pas le petit doigt pour participer à la vie familiale quand ils sont en âge de le faire. Pire, ce sera à vous de débarrasser la chambre des verres sales accumulés, et des piles de linge attendant négligemment de passer au lavage.

On a coutume de dire que ce sont des enfants à qui on n’a pas mis suffisamment de limites, qu’on a « pourri » ou au contraire qui se révoltent contre une éducation abusive qui les empêche de s’épanouir. C’est parfois le cas, mais pourtant on rencontre aussi des parents qui donnent une éducation équilibrée, qui se font conseiller et n’obtiennent pourtant pas de meilleurs résultats.

Mais pourquoi donc se comportent-ils ainsi ?
Et bien parce qu’ils sont exactement ce paradoxe qu’ils ont l’air d’être, mélange de gros bébé immature et de tyran omnipotent. Et ils essayent désespérément de se défaire du gros bébé immature. Et lorsqu’ils frappent les autres enfants, ils s’en prennent de fait à cette part immature et infantile en eux projetée sur l’autre.
Et quand ils vous provoquent leur but est bien ce qu’il semble être : vous faire réagir. Car seule cette réaction les rassure sur le fait que leur hostilité ne vous a pas détruit, que vous êtes bien vivant. Car l’enfant est omnipotent, par conséquent il s’attribue le pouvoir et la responsabilité absolue de faire advenir les choses. Tout est de son fait, et si l’environnement sécuritaire qui l’entoure s’effondre, c’est forcément parce qu’il l’a détruit.

Et lorsqu’ils cherchent la punition , car ils la cherchent vraiment, c’est pour se soulager de leur culpabilité. Ce sont des « criminels par sentiment de culpabilité » (Klein,1927), ce qui veut dire que ce ne sont pas leurs méfaits qui provoquent un sentiment de culpabilité, mais la culpabilité préexistante en eux qui les pousse à commettre ces méfaits à la fois pour se justifier et se faire punir.
Quant à la jouissance qu’ils éprouvent à vous voir craquer, elle est aussi bien réelle. Elle est due au sentiment de triomphe qu’ils éprouvent quand ils sont venus à bout de vous, au plaisir qu’ils ont à être devenu le centre de l’attention, et la vengeance pour le mal que vous leur avez fait en les privant de cette attention. Parfois ils retournent la violence contre eux (on pense aux actes auto agressifs ou aux prises de risque des adolescents), mais la jouissance devant le désarroi provoqué par leurs actes reste la même et est suffisamment intense pour prendre le pas sur les désagréments et les souffrances provoquées sur eux par leurs actes.

Ils sont de fait sans cesse en quête d’un réceptacle à leurs angoisses, leur désespoir et leur confusion, qu’ils induisent en vous par leurs actes . Malheureusement ces attitudes entrainent encore plus de confusion et de désespoir, ce qui fait que le soulagement qu’ils éprouvent à vous « refiler la patate chaude » est de très courte durée et demande un perpétuel renouvellement dans une spirale ascendante que parfois rien ne semble pouvoir arrêter.

Qu’est-ce qui a pu induire en eux cette crainte d’avoir détruit l’autre qui les conduit ainsi à se rassurer de cette étrange manière sur le fait que l’autre est bien vivant ?
La réponse est bien sûr à chercher du côté de l’histoire familiale. L’ambiance familiale est souvent marquée par trois caractéristiques principales :
- Le lien à la mère est fusionnel
- Le père est démissionnaire ou exclu
- L’incestuel est la conséquence de la relation fusionnelle. Je rappelle brièvement que l’incestuel est un concept élaboré par Racamier. Ce n’est pas l’inceste, mais une atmosphère fusionnelle à tonalité incestueuse mais où de fait règne essentiellement la confusion des limites entre individus et l’interdiction de se séparer. Pour plus de détails sur ce concept je vous renvoie au bulletin 90 « Inceste et incestuel », disponible dans la rubrique archive du site http://www.adps-sophrologie.com.

Très souvent le parent, en général la mère, a elle même vécu une enfance carencée affectivement, et même si elle a pris le dessus, elle porte en elle les traces d’un sentiment d’abandon, de manque d’amour, de non reconnaissance. Ce sentiment va être actif dans la relation parent/enfant sous différentes formes :
- Elle peut projeter son sentiment d’abandon sur son enfant. Elle aura donc tendance à le voir perpétuellement en souffrance, la souffrance des frustrations dont de fait elle a été victime elle. Ceci lui rendra très difficile le fait de devoir le frustrer, le faire souffrir, voire le faire pleurer. Ces inévitables pleurs de frustration, la renvoyant à sa souffrance à elle, elle aura les plus grande difficultés à se comporter de manière telle que l’enfant puisse acquérir des limites.
- Elle peut également chercher à réparer ce sentiment d’abandon en quémandant auprès de son enfant l’amour et la consolation dont elle a manqué. L’enfant devra dès lors être une mère pour elle, celle qui lui a manquée, et de ce fait ne pourra exprimer les besoins qui sont les siens.
- Elle peut porter en elle une composante dépressive qui soit demeure une constante de sa personnalité et la coupe de toute communication vraie et spontanée avec son enfant, soit se voit réactivée par un deuil, une séparation, ou autre. Une telle mère est l’image de la « mère détruite » par excellence. 
- Mais ça peut tout aussi bien être une « mère-robot » prodiguant des soins peut-être techniquement parfaits, mais sans affectivité. C’est une mère indifférente, incapable d’exprimer un sentiment d’amour, tant le fait de devoir aimer cet enfant la ramènerait au douloureux sentiment de manque d’amour qu’elle porte en elle.
- Enfin, tout parent a au sujet de son enfant un certain nombre de fantasmes. Les fantasmes de cette mère là seront marqués par ses propres traumas infantiles. L’enfant sera donc inscrit dans ce scénario fantasmatique parental où il aura un rôle à tenir, une histoire à rejouer, une histoire qui n’est pas la sienne, où de fait il ne trouve pas sa vraie place. Cette demande implicite passe par les comportements non verbaux de la mère , en particulier par les messages paradoxaux. Un message paradoxal demande à la fois deux choses incompatibles : Par exemple une mère envahie par la rébellion contre ses propres parents peut interdire à son enfant d’avoir des comportements agressifs envers elle, mais avoir une attitude non verbale qui démontre qu’au fond elle apprécie cette rébellion qui est la sienne (ou aurait du être la sienne). Face à un tel message, l’enfant, soit se paralyse, soit va suivre de préférence le message inconscient et se rebeller à la place de sa mère, même si cette rébellion n’a pas forcément de sens dans sa situation à lui. A moins que l’enfant ne développe un symptôme, sorte de compromis entre la mission qui lui est attribuée et sa révolte contre cette mission.

Tous ces comportements parentaux ont pour conséquence que l’enfant ne peut trouver ni sa place, ni ses limites , et par conséquent est victime d’une grande insécurité et d’une grande carence affective dans la mesure où ce n’est pas l’enfant réel qui est aimé mais ce qu’on projette sur lui. Donc l’environnement ne joue plus son rôle, et il s’en attribue la responsabilité , c’est lui qui l’a détruit.

Qu’est ce qui déclenche les crises ?
C’est toujours une blessure narcissique. Un rien, quelque chose de totalement anodin, qui peut passer totalement inaperçu pour l’observateur mais prend pour l’enfant une connotation dramatique. Un regard de travers, ou plutôt jugé tel, une réflexion maladroite qui n’aurait touché personne d’autre mais a blessé l’extrême sensibilité de l’enfant, une mauvaise note jugée injuste, un sentiment d’échec, une comparaison à son désavantage, ou même simplement un compliment adressé à un autre, et c’est le drame ! Il se sent déprécié, rejeté, méprisé, agressé, et c’est insupportable.
Il est particulièrement victime d’une rage envieuse, prédatrice, l’envie des qualités qu’il voit chez les autres et qu’il ne pense pas posséder, mais aussi bien sûr, l’envie douloureuse de l’amour et de l’attention que reçoivent les autres et dont lui manque cruellement. Alors faute de mériter cette attention, il va l’exiger, la provoquer quel que soit le moyen. Le moyen c’est le comportement destructeur qui est là pour le mettre à l‘abri du débordement émotionnel qu’il ressent et menace de le détruire. Malheureusement ces conduites défensives amènent encore plus de confusion et d’émotion… Mais aussi ces agirs ont pour mission de chercher à l’extérieur une contenance qui lui manque à l’intérieur.
Il est intéressant à ce stade de l’exposé de faire un détour par la « tendance antisociale » vue par Winnicott. L’enfant au départ aurait été gratifié par une bonne relation qu’il aurait brutalement perdue. Il pense que cette perte est due au fait que ses pulsions agressives ont détruit l’autre. Il devient donc vital pour lui de se prouver que l’autre a survécu à sa destructivité, lui a survécu. De fait il cherche l’objet capable de survivre à sa destructivité.

On me reproche souvent d’insister sur les causes au détriment des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre les problèmes. J’ai souvent répondu que je ne pouvait pas donner de « recettes miracles » qui ne remplaceraient en rien un travail personnel de fond sur soi pour éradiquer ces causes souvent inconscientes et par là même inaccessibles à la bonne volonté et même à la volonté tout court.   Ici je ferai une petite exception en donnant quelques pistes à suivre.
Si l’enfant cherche quelqu’un capable de résister à sa destructivité, et bien, il faut résister à sa destructivité. Il faut survivre à ses attaques. C’est à dire déjà ne pas s’effondrer, et se laisser aller au sentiment dépressif de totale impuissance qui nous conduirait à baisser les bras et à tout laisser tomber, démissionner. Là ce serait la preuve absolue qu’il nous a bel et bien détruit.
Mais l’interprétation serait la même si en retour, on faisait preuve d’agressivité, ou on se livrait à la rétorsion, la dureté, histoire de « lui faire voir ce que c’est que des limites ». Il faut donc beaucoup de tolérance, mais pas de permissivité. J’espère que ce bulletin permettant de comprendre la nature des actes apparemment gratuits voire sadiques auxquels se livre l’enfant ira dans ce sens.
Résister à la destructivité c’est avant tout rester soi-même. Continuer à s’occuper de soi, avoir ses propres préoccupations, ses propres occupations, et surtout ne pas tout lâcher pour se centrer sur l’enfant, même s’il le cherche. C’est aussi bien sûr ne pas se laisser envahir par les émotions dont il veut nous faire le réceptacle : l’angoisse, la colère…bref ne pas répondre à la provocation. C’est rester ferme et cohérent quelles que soient les tentatives faites pour nous déstabiliser, ne pas changer d’avis selon son humeur, un jour l’amour, un jour la haine et l’exaspération. Et c’est aussi se faire aider !!! Aider par un professionnel, mais aussi aider par la famille, les éducateurs…bref déléguer à d’autres la responsabilité de notre chère tête blonde pour qui on n’est pas tout et qui n’est pas tout pour nous. Car tant que la relation restera fusionnelle il y a peu de chances que les choses s’arrangent. Mais attention, pas de rejet, il s’agit de rester là, pas de « refiler le bébé » à quelqu’un d’autre ce dont on a parfois peut-être envie mais qui ne serait ni plus ni moins qu’un deuxième abandon. Et puis bien sûr tâcher de lui faire confiance, lui montrer que vous croyez en lui, ce qui peut être très dur car en général le mensonge et la manipulation sont de la partie. Il faut savoir oser faire confiance malgré tout, et oser s’exposer à la déception, donc pouvoir la supporter sans s’effondrer ni être pris d’un accès de rage. C’est montrer que vous êtes toujours là et que ses conduites ne peuvent détruire l’amour que vous lui portez.

Dans un premier temps attendez vous au résultat inverse. Il se peut que les enchères montent, juste pour voir si c’est bien vrai que vous pouvez résister ! Mais si vous résistez vraiment cette conduite n’aura plus de raison d’être et l’enfant pourra cesser de se protéger pour vivre enfin ses vraies émotions. Il devra malheureusement passer par les vécus d’angoisse, de désespoir et de confusion qui sous tendent ses conduites, sinon il ne les dépassera jamais. Et il est de votre devoir de lui laisser éprouver ce qui lui appartient, sans culpabiliser et sans vous effondrer !

C’est sur ces mots pleins d’espoir que je vous souhaite un excellent mois d’avril et vous donne rendez vous au mois prochain pour un nouveau thème.

Très cordialement
Martine Massacrier
martine@adps-sophrologie.com

Envoyé le 02/04/2011

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