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104 systémique volet 2 :pathologie de la communication

martine

www.adps-sophrologie.com


Bulletin 104 Février 2011
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Approche systémique des relations

Volet 2 : Pathologie de la communication.
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Nous avons abordé le mois dernier quelques notions générales sur la communication vu par les systémistes. Je vous rappelle à ce propos que tous les anciens bulletins sont consultables dans la rubrique archives du site http://www.adps-sophrologie.com.

Ce second volet a pour objectif de se pencher plus spécifiquement sur les déviances qui peuvent être observées dans la communication, et toutes les mésententes qui en résultent, l’impossibilité aussi parfois de sortir des schémas relationnels quand l’interaction est serrée et se révèle être le ciment de la pathologie des deux partenaires , voire la seule expression de cette pathologie. Chaque « déviance »  dans la communication a un sens et nous parle de la relation, mais la plus grave et la plus paralysante de toute les déviances est bien la communication paradoxale. L’école de Palo Alto a vu dans la fameuse « injonction paradoxale » le moyen de « fabriquer » un schizophrène dans certaines circonstances. La théorie est aujourd’hui largement contestée , en particulier le portrait de la mère schizophrénogène. Il n’en demeure pas moins que dans toute famille où les liens peuvent être taxés de « fous », la communication paradoxale n’est pas loin, qu’elle soit considérée comme source ou conséquence du problème . Nous allons donc ici survoler ces déviances et leurs effets, déviances pathologiques dans la mesure où elles deviennent un mode de communication à part entière et se rigidifient à l’extrême, bien sûr, car il est bien entendu que ce type de déviance fait aussi partie de la communication quotidienne de tout un chacun… donc, pas de chasse aux sorcières !

1. Pathologie des modèles de communication :

Nous avons vu qu’il y a deux modèles : le modèle complémentaire où l’un détient la « position haute » et l’autre la « position basse » et le modèle symétrique où c’est l’égalité qui prédomine. Aucun des modèles n’est mauvais en soi, dans la mesure où il y a accord des protagonistes sur ce modèle, mais les deux peuvent être sujets à des dérives. Comme très souvent la pathologie vient non pas du schéma mis en place mais de son emploi abusif et systématique, et surtout sa rigidité qui exclut toute autre alternative , toute évolution et même toute possibilité de nuance.

1.1 La relation symétrique rigidifiée à l’extrême peut virer à la rivalité et la surenchère. On peut rivaliser aussi bien selon le principe « œil pour œil dent pour dent » : tu m’as frustré, je te frustres ; tu m’as menti, je te ment ; tu m’as déçu, je te déçois, etc, etc… (la relation prend alors la tournure d’une succession de vengeances mutuelles où on ne laisse rien passer à l’autre sans lui rendre la pareille dans un duel interminable ) que (moins visible) dans la soumission au désir de l’autre. Ce dernier cas de figure pourrait ressembler au premier abord à une lutte pour obtenir la position basse de la relation ou un concours de masochisme où chacun fait le maximum pour se sacrifier pour l’autre… En réalité, c’est simplement du au fait que toute inégalité fait référence à un rapport de pouvoir et devient de fait insupportable. Et que ce soit celui qui se sacrifie le plus qui ait la position haute (donc le pouvoir) l’est tout autant. Ici la notion de position haute fait référence à la quantité et non la qualité. On pourrait en effet aisément penser que celui qui est dévoué est au service de l’autre donc en « position basse ». Il est important encore une fois , et j’insiste parce que ça va à l’encontre des clichés auxquels on est habitués, de ne pas voir la lutte de pouvoir uniquement dans un sens de gain positif pour l’individu, mais dans le sens d’un « plus que l’autre », y compris plus malade, plus exploité, plus sacrifié, etc, etc…
On observe de manière plus comique ce type de compétition où le pire gagne dans les salles d’attente des médecins, quand chacun y va de sa pathologie (ou celle de ses proches) forcément plus pénible et plus grave que celle de l’autre…
Dans une relation complémentaire, il sera admis qu’un des deux est totalement dévoué à l’autre  ; dans une relation symétrique on assistera à une compétition de dévouement qui marque le refus de départager les concurrents.

1.2 La relation complémentaire rigidifiée peut virer bien sûr à l’exploitation et l’oppression de celui qui est en position basse (ce qui n’exclue pas son accord tacite dans une relation de type sadomasochiste) ou alors cette extrême rigidification ne laissera plus aucune place au changement et à l’évolution . On peut observer ce schéma dans le lien mère/enfant (et par extension parent/enfant) quand la relation naturellement complémentaire du début n’évolue pas et bloque l’autonomisation de l’enfant. Là aussi on peut observer par exemple dans le portrait caricatural de la mère abusive comment la position haute est maintenue à force de pseudo dévouement !

2. Pathologie des niveaux de communication :

Rappelons que la communication se fait à deux niveaux, le contenu énoncé et le deuxième niveau appelé « relation » qui sert à confirmer ou disconfirmer la relation existante entre les deux interlocuteurs. Il arrive que ces deux niveaux se mélangent entre eux.

Un exemple pourrait être celui ci : prenons un couple où la relation est définie de manière complémentaire, la position haute étant le fait de Monsieur. Pour une quelconque raison, Madame ne conteste pas ouvertement cette définition, mais au fond d’elle même n’admet pas cette répartition des rôles. Rien ne sera dit mais son discours sera totalement imprégné de cette contestation : par exemple, elle peut s’acharner, à grands coups d’arguments logiques qu’elle veut incontestables, à prouver qu’elle a raison et que son mari a tort sur un sujet totalement anodin : que la vieille tante Marie ait 88 ans et non pas 87, que la voiture ait été achetée en 1999 et non pas de 2000…et autres sujets dont au fond tout le monde se moque mais où elle déploiera une énergie folle pour prouver qu’elle a raison, même si elle a tort, histoire de prendre le dessus et renverser ainsi l’ordre des choses qu’elle ne peut renverser autrement, de manière plus consciente.

L’exemple inverse pourrait être celui ci : Monsieur peut se mettre à systématiquement contester les initiatives de Madame, alors qu’objectivement c’est exactement ce qu’il aurait fait lui-même s’il avait été à sa place. Ce n’est pas ce qu’elle a fait qui est important, mais le fait que ce soit elle qui l’ai fait donc ait « volé » même de manière très temporaire la position haute !
Mais la contestation de la relation peut aussi se faire au niveau d’un symptôme physique (n’oublions pas que tout sert à communiquer) et la relecture des symptômes sexuels tels que frigidité ou impuissance à la lumière de cette lutte de pouvoir qui infiltre la communication ne manque pas d’intérêt !

3. Les erreurs d’interprétation des messages

Elles ont principalement deux sources :

3.1 Les erreurs dues à une ponctuation différente dont nous avons déjà parlé dans le premier volet. Nous en prendrons ici un autre exemple avec la fameuse « crise abandonnique » dont j’ai été souvent amenée à parler. Une personnalité dépendante se sent souvent abandonnée dès que l’autre s’éloigne ou s’occupe d’autre chose (pire de quelqu’un d’autre !) qu’elle. Or l’abandon n’en est un que dans sa tête, et souvent l’autre a une vision des choses très différente. Donc tel homme va partir en voyage professionnel. Sa compagne qui ne supporte pas ses absences va se sentir abandonnée et « ruminer » son angoisse et sa hargne tout le temps que l’autre (qui ne se doute de rien, du moins au début) n’est pas là. C’est dire que lorsqu’il va arriver, la scène de ménage est prête à éclater. Mais pour elle, l’incident a démarré il y a déjà un certain temps, quand l’autre est parti, et cette scène n’est que la suite logique d’une histoire qui s’est aggravée tout au long de son absence. Au moment où il revient elle s’est intimement persuadée qu’elle a été grièvement lésée par ce qui est devenu incontestablement un abandon qui s’inscrit dans la lignée des nombreux autres qu’elle a subi et que ses ruminations ont largement réactivés et amplifiés. Elle est donc en proie à une juste colère sauf que son compagnon, lui est sur un tout autre registre, vu qu’il n’a à aucun moment eu l’idée d’abandonner sa compagne et est très loin de se douter du cinéma qui s’est passé dans la tête de l’autre. Pour lui il est allé travailler, tout simplement et est bien content de rentrer chez lui…où il se fait accueillir par une violente scène qui lui tombe dessus sans préavis ! Nous voyons bien là le décalage entre l’histoire vécue par la femme en question et l’histoire vécue par l’homme.

La séquence pour elle est :

Abandon – souffrance-angoisse-soupçons- colère- scène de ménage.

Pour lui :

Routine/boulot- retour- crise injustifiée et inattendue.

Cet exemple présente de plus l’intérêt de nous montrer que pour la femme, la quasi totalité de la séquence est fantasmatique, l’abandon, l’angoisse, les soupçons ne sont en rien réels. Ceci est important car souvent ainsi une partie de la séquence se passe dans la tête de l’autre et on assiste parfois éberlué au résultat d’une construction mentale dont on ne se doute même pas et à mille lieu de notre réalité à nous ! Je vous laisse imaginer quand les deux font pareil chacun de leur côté !

3.2 Les autres erreurs d’interprétation sont essentiellement dues à la traduction du message analogique en digital par celui qui le reçoit. Ceci fait bien sûr jouer la subjectivité et le regard posé sur la relation. Un homme offre des fleurs à sa femme ; si elle se sent aimée, elle y verra une preuve d’amour supplémentaire. Si elle le soupçonne de la tromper, elle n’y verra qu’hypocrisie ou besoin de se faire pardonner. L’image qu’on se fait de l’autre conditionne le sens qu’on attribue à chacun de ses actes, ce qui implique que bien des conflits s’enlisent et s’aggravent au lieu de se résoudre quand l’autre a été classé ennemi (dont rien de bon ne peut venir) alors qu’on peut faire preuve d’une affligeante naïveté face aux méfaits de quelqu’un qu’on a subjectivement classé « bon », et que le proverbe « on n’est jamais trahi que par les siens » prend toute sa signification !

4. Impossibilité de métacommuniquer

Si vous doutez encore après çà de la nécessité de métacommuniquer pour se comprendre, c’est que vous êtes durs à convaincre ! Et pourtant certaines personnes ne peuvent pas discuter de leur relation simplement et franchement, dans le but de la clarifier et mieux se comprendre mutuellement. Ceci arrive surtout quand les personnes ont trop de sujets tabous ou veulent éviter le conflit à tout prix (et de ce fait ont accumulé les griefs depuis la nuit des temps ce qui fait qu’ils sont assis sur une poudrière qu’un simple mot risquerait de faire exploser !) , ce qui bien sûr les empêche de parler ouvertement de leurs ressentis. Le symptôme peut alors être envisagé comme substitut de la métacommunication impossible. Imaginons un couple où la peur de la séparation prédomine. Il est alors hors de question de parler de ce qui ne va pas entre eux car ce serait risquer le conflit potentiellement séparateur. Et pourtant ça ne va pas et ce n’est certes pas le silence qui aidera à résoudre les problèmes. Le malaise est prégnant, l’atmosphère malsaine, d’une manière ou d’une autre il faut que ça se communique. Je vous rappelle qu’ « on ne peut pas ne pas communiquer » ! Il va alors être fait appel à une communication « dérivée », faite de passages à l’acte, d’accidents ou de symptômes somatiques ayant valeur de message à l’attention de l’autre.

5. Rejet, disqualification.

Dans la définition de la relation, il y a également la définition de l’image de soi dans la relation, c’est à dire la manière dont chacun veut être vu par l’autre et le comportement qu’il attend de l’autre à son égard. Le partenaire peut accepter (confirmer) cette image ou la refuser. Le rejet est un simple refus de cette définition mais ne ferme pas le dialogue, il est appel au réajustement, à la correction . Ce n’est pas l’autre en tant qu’individu qui est rejeté mais la définition qu’il propose de lui. Imaginons que Monsieur estime qu’il doit prendre toutes les décisions et que sa femme n’a qu’à obéir, Madame peut tout à fait refuser cette vision de la relation, ce qui peut aboutir après négociation à une redéfinition de la relation telle que par exemple les décisions soient prises en commun ou qu’au moins Madame soit consultée. Chacun fait des concessions, se réajuste et une redéfinition commune acceptée par les deux est possible.

La disqualification est beaucoup plus grave dans la mesure où elle s’adresse à l’existence même de l’autre, qu’elle dénie. Elle est une manière de faire comme si l’autre n’existait pas, comme si ce qu’il disait n’avait aucune valeur, aucune importance, pire encore, que les propos qu’il a tenu n’avaient jamais été prononcés. Ce mépris de l’autre se décline sur différentes modalités : ouvert ce sera « tu dis n’importe quoi, tu es fou », ou encore une forme d’ironie qui ridiculise la valeur du propos de l’autre. Agi, ce sera continuer à faire comme avant, comme si l’autre n’avait rien dit, ne pas lui répondre, l’ignorer, changer de sujet, quitter la pièce au milieu de son discours, etc, etc… Mais il peut aussi se masquer derrière le compliment qui ne veut rien dire tant il est employé systématiquement et à tout propos. Si quoi qu’on fasse , le meilleur comme le pire on est systématiquement loué, peut être que les louanges en question ne sont pas à prendre comme telles ! En bref le déni de l’autre n’est pas désaccord avec l’autre, il est mépris de l’existence de l’autre et de son ressenti, ce qui n’est pas du tout la même chose ! Dénier l’autre c’est lui dire « tu n’existes pas, tu es transparent, je ne tiens absolument pas compte de toi ». C’est l’essence même de l’être de l’autre qui est attaquée, pas uniquement ses propos ou ses opinions.

La disqualification des affects et sensations de l’autre se fait malheureusement trop souvent avec les enfants dont on disqualifie les sentiments, voire les sensations physiques : « non tu n’es pas triste », « non tu n’as pas mal », « oui tu aimes ta sœur », « non tu n’as pas vu ton père mettre les jouets au pied du sapin, c’était le Père Noël », et il y a bien pire…. De tels propos sont dévastateurs pour la confiance de l’enfant en sa réalité intérieure qu’il peut être totalement amené à renier pour se rendre conforme aux assignations de l’autre. Il est carrément monstrueux de ne pouvoir être reconnu que si l’on n’est pas ce que l’on est !

6 Injonction paradoxale, usage du paradoxe « décervelant », mystification

L’injonction paradoxale, la fameuse « injonction qui rend fou » a fait couler beaucoup d’encre! Nous allons à notre tour nous pencher dessus.
Prenons le célèbre exemple du barbier soldat à qui son capitaine donne l’ordre de raser tous les soldats qui ne se rasent pas eux même et seulement ceux là. Que va faire le barbier en ce qui le concerne ? S’il se rase il rasera quelqu’un qui se rase lui-même donc désobéira, s’il ne se rase pas, il ne rasera pas quelqu’un qui ne se rase pas lui-même , donc désobéira aussi. Il n’y a pas d’alternative satisfaisante, notre barbier-soldat est coincé sans action possible. Coincé, paralysé, figé tels sont bien en effet les effets d’une injonction paradoxale qui paralyse le psychisme dont elle déborde les capacités de liaison.
Examinons de plus près la structure d’une injonction paradoxale et au delà la structure d’un paradoxe dans la relation: l’injonction paradoxale se compose de 3 termes : les deux premiers sont constitués de deux affirmations qui s’excluent mutuellement, jusqu’ici on est dans le simple paradoxe, plus une troisième injonction qui est un interdit de reconnaître le côté illogique des deux premières. C’est cette troisième injonction qui constitue le piège toxique en empêchant de sortir de la paralysie due au choc des contraires.

Mais le paradoxe n’est pas forcément dévastateur à ce point, certains paradoxes peuvent même jouer un rôle positif, on peut penser par exemple aux paradoxes largement utilisés dans l’humour (à condition que cet humour ne soit pas systématiquement employé au détriment de quelqu’un), aux paradoxes employés dans la Grèce Antique par les philosophes ou encore où à certains paradoxes moteurs d’évolution (voir Winnicott).

Pour que le paradoxe soit destructeur il faut que certaines conditions soient réunies. Une d’entre elles nous l‘avons vu est que le paradoxe ne puisse être dénoncé, l’autre , qui la rejoint souvent, tient à la relation qui unit celui qui émet et celui qui subit le paradoxe. Il est nécessaire que ce soit une relation forte, souvent une relation de dépendance telle que l’enfant peut la vivre par rapport à ses parents, en tout cas un lien affectif très fort. Et bien entendu au plus le psychisme est immature , au plus le paradoxe aura un effet toxique  dans la mesure où il est omniprésent et durable !

On pourrait donner une multiplicité d’exemples ; je me contenterai pour ma part de faire ressentir l’ambiance qui résulte de l’emploi de ces paradoxes et vous laisser imaginer le résultat sur l’enfant : imaginez une mère qui incite son enfant à venir la câliner, puis a un mouvement de rejet lorsqu’il s’approche, vous mettre quelques instants à la place de l’enfant est certainement plus instructif qu’un long discours sur les effets toxiques du paradoxe..l’enfant face à un discours émis positif , face à son ressenti (être repoussé, désagréable à sa mère), et face à l’impossibilité de comprendre , et parler de son expérience se voit ainsi plongé dans la plus grande confusion.

Une forme des plus ravageuse est le paradoxe qui touche les ressentis physiques ou émotionnels de l’enfant que le paradoxe disqualifie.  Didier Anzieu ( 1981) rapporte le cas suivant : « ainsi cet enfant que sa mère plongeait régulièrement dans un bain trop chaud afin que l'eau soit à point pour baigner ensuite la petite , qui tentait de faire état de la sensation physique douloureuse et insupportable qui l'envahissait et qui s'entendait répondre que l'eau n'était pas trop chaude, qu'il faisait là un caprice, que ce n'était pas vrai qu'il se sente échaudé et mal à l'aise - et qui finit par se taire jusqu'au jour où il fut victime d'une syncope.» Un tel enfant ne pourra plus jamais faire confiance à ses ressentis, et plus généralement à son monde intérieur, il sera condamné alors à se mettre tel un objet inanimé à la place de l’objet du désir de l’autre, penser ce que l’autre pense, désirer ce que l’autre désire dans une transparence complète de son vécu personnel rendu inexistant. Ce type de déni du ressenti (ou de la pensée) de l’autre à laquelle un des membres de la famille substitue sa pensée propre est appelé « mystification ».

S.Decobert parle de « famille à transactions paradoxales » pour désigner le type de familles dans lesquelles ce mode de communication est prédominant. Ce sont des familles où les liens sont narcissiques , et la communication est mise au service de la non séparation, du déni de l’altérité de l’autre, de l’emprise qui remplace l’échange, bref du climat incestuel décrit dans le bulletin 90 « inceste et incestuel ». Un tel climat a pour mission de liguer les membres de la famille contre toute velléité d’individuation ou de séparation d’un de ses membres , tout autant que contre l’intrusion de l’extérieur dans le sanctuaire inviolable que constitue la famille et son lien tout aussi pathologique que secret ; la résistance à la guérison devient donc à ce niveau non plus individuelle mais groupale, ce qui me faisait dire en début de ce bulletin que plus que l’individu, la relation (donc le lien familial) devait être traité. Il ne faut pas penser que ces familles sont ouvertement hostiles au changement ou à la thérapie, ni refusent d’aller mieux, simplement, dès qu’on s’approche un tant soit peu de ce qui est hautement tabou (leur façon de fonctionner et leurs relatons), on les sent se refermer comme une huitre et se replier sur eux dans un silence courtois qui cache une fin de non recevoir effective ; ce qu’on leur demande ou ce qu’on leur dit est tout simplement impossible à concevoir, ça ne pénètre pas dans leur psychisme, ça ne se critique même pas, ça n’existe pas, tout simplement, ça ne prend pas sens.

7 Le patient désigné

Ce type de famille où ce qui prédomine est l’angoisse devant la différenciation de l’autre, une volonté de symbiose aconflictuelle, le déni de la différence, et pour résumer le climat incestuel est réputé schizophrénogène. A minima, les relations entre les individus marquées par l’indifférenciation sont démentalisées et les passages . à l’acte parfois violents se substituent à la pensée . Un processus de disqualificaton mutuelle est à l’œuvre qui a pour but d’empêcher l’autre d’être sujet, de posséder désir et pensée propre, pour le réduire au statut d’objet narcissique. L’identification projective (voir bulletin 95) règne en maître absolu permettant le mélange des psychismes qui deviennent un tout indifférencié où personne ne sait plus ni qui il est ni quelle est sa place. Ces familles sont telles une pieuvre dont chaque membre n’est qu’une tentacule d’un grand tout indifférencié, interdit de se différencier. Dans ces familles il arrive qu’un des membres (souvent un enfant ou un ado) tombe malade, ça peut être la schizophrénie, l’anorexie, la toxicomanie, les tentative de suicide, divers passages à l’acte délictueux, auto ou hétéro agressif, etc…. Ce type de patient est appelé patient désigné ou encore « figurant prédestiné » (Racamier, « le génie des origines »). Pour résumer, le patient ne porte pas sa pathologie individuelle, mais serait porteur de la pathologie familiale dont le symptôme est la manifestation. En clair il tombe malade pour que l’équilibre pathologique puisse perdurer dans la famille. Il est celui qui est désigné pour devenir le malade, le patient déclaré, celui qui consulte, en fait celui qui manifeste le symptôme de la pathologie du groupe. Il va de soi qu’il devient de ce fait extrêmement difficile de traiter l’individu dans la mesure où il n’est finalement que l’émanation visible de la pathologie larvée dans la famille, une famille étroitement soudée autour de et par sa pathologie.

Lorsque l’enfant élevé dans une telle famille grandit, s’il échappe au rôle de patient désigné, il va reproduire bien entendu les relations à l’identique, on connaît les potentialités de l’incestuel de traverser et unir les générations... .Il est rare, bien que ça puisse arriver, qu’une telle personne vienne consulter, l’interdit de remettre en cause la loi incestuelle et le mythe familial sont bien trop puissants ! Dès qu’on touchera ce mythe, on verra la personne prendre la fuite ou la thérapie se bloquer. Mais de fait, on a plus souvent l’occasion de voir, soit le patient désigné, soit encore un enfant ou souvent un conjoint pris dans le système et qui en souffre, veut s’en libérer, mais dont les liens tissés avec l’autre sont impossibles à défaire, au nom d’une puissance que n’explique ni la raison, ni l’expérience de ce type de cas. Simplement, le vécu présent a pour rôle de verrouiller le vécu passé et le rendre incurable si on ne tient pas suffisamment compte du rôle du présent comme ciment de la pathologie. Pour un conjoint, il peut ainsi pérenniser sa relation première avec ses parents et la rendre définitivement inviolable, pour un enfant, c’est souvent un des parents qui pérennise au travers de lui sa relation avec ses propres parents .

C’est ainsi que je conclurai ce petit tour d’horizon malheureusement bien trop superficiel des relations humaines et de leur pathologie, en vous donnant rendez vous au mois prochain…

Très cordialement,
MartineMassacrier
martine@adps-sophrologie.com




Envoyé le 28/01/2011

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